Cet article a été traduit automatiquement par une IA.
Au Schauspielhaus de Graz, des bestioles menaçantes piétinent la scène. Les « Rhinocéros » d’Eugène Ionesco, mis en scène par Ulrike Arnold, ne sont certes reconnaissables comme tels que de loin. Leur menace et leur pouvoir de séduction, en revanche, franchissent nettement la rampe et étouffent dans l’œuf toute envie de rire.
Eugène Ionesco était un observateur aigu de la société et percevait, tel un sismographe, les bouleversements sociaux avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. On colle souvent à son « Rhinocéros » l’étiquette de « théâtre de l’absurde ». En réalité, le sous-texte de la pièce est tout sauf absurde.

Les textes de théâtre qui paraissent à première vue simples et superficiels ont le plus souvent, chez les bons auteurs et autrices, un double fond. La pièce de Ionesco, pour laquelle Franziska Bornkamm a conçu la scénographie et Anna Lechner les costumes au Schauspielhaus de Graz, possède un tel double fond. Reste à vérifier s’il existe dans cette pièce une seule phrase qui ne porte pas en elle un méta-niveau. À l’impression, il n’y en a aucune. Avec la métaphore du rhinocéros, Ionesco décrit comment une société se transforme peu à peu en quelque chose qu’elle identifiait encore, au début, clairement et distinctement comme une menace. Ce « quelque chose » n’a rien d’abstrait. Ce sont plutôt les humains eux-mêmes qui, en partie par peur ou par opportunisme, mais en partie aussi par séduction, se muent en créatures menaçant ceux qui refusent de se transformer.

Les sacs plastique gris, de toutes tailles et de toutes formes, gonflés ou utilisés comme des balles compactes, sont frappés contre les murs dans un vacarme effrayant. Au fil de l’action, ils envahissent de plus en plus la scène et pénètrent jusque dans les espaces privés, si bien que là aussi, on finit presque par manquer d’air. Si l’on peut encore rire de ce manège au début, le rire s’éteint à vue d’œil à mesure qu’un personnage après l’autre, sous les prétextes les plus divers, se change en rhinocéros. Lors de la toute première métamorphose visible sur scène – celle de Madame Bœuf, qui veut suivre son mari déjà muté en rhinocéros –, retentit le thème de Tannhäuser de Wagner, repris plus tard une seconde fois. Avec grâce, Otiti Engelhardt glisse sur et sous le monstre de plastique gris, suivant une chorégraphie conçue de manière très théâtrale. Le public réagit de façon partagée. Certains spectateurs rient bruyamment, tandis que chez d’autres, la scène provoque un malaise visible.
L’accompagnement musical wagnérien est lourd de sens. Il fait en effet comprendre d’un coup que le personnage principal – Monsieur Bérenger, le seul humain qui tient bon jusqu’à la fin et refuse de se laisser transformer – est comparé à Tannhäuser. Ce minnesinger qui, lui aussi, dut choisir entre deux mondes différents.

Sebastian Schindegger joue Monsieur Bérenger, sur de longues séquences, sans affectation, et se montre même soumis face à son ami Jean. Ce n’est que lorsqu’il avoue son amour à Daisy, sa collègue de travail dans cette mise en scène, qu’il sort complètement de sa réserve. Franz Solar, Oliver Chomik et Otiti Engelhardt ont plusieurs rôles à assumer. Tous sont merveilleux, avec des costumes et des maquillages changeants qui, grâce à des perruques parfois grotesques, peuvent effectivement être perçus comme drôles.
Au début, la metteuse en scène situe l’action dans le hall froid d’un temple de la consommation. On y trouve aussi un cabinet vétérinaire pour petits animaux, où un propriétaire de chat (Franz Solar) amène sans cesse, inquiet, son animal. L’open space, où l’on se dispute violemment sur l’apparition des rhinocéros après que l’un d’eux a écrasé un chat, apparaît dans la scène suivante et montre clairement que les rhinocéros se répandent dans notre présent. L’isolement dans lequel vivent les humains devient manifeste à travers les logements miniatures de Jean et de Monsieur Bérenger. Isolés, les hommes habitent ces espaces inhospitaliers, parqués comme dans une cage, incapables d’y vivre dans la joie. L’esthétique froide de la scène correspond aussi à la froideur humaine qui se propage comme un virus jusqu’à gagner presque tout le monde.
Thomas Kramer incarne l’ami de Bérenger, qui veut toujours avoir raison et qui, par sa métamorphose, se détourne de lui en toute conscience. Pour lui, les rhinocéros sont plus naturels que les constructions sociales des humains, bien qu’ils soient dépourvus de toute morale ; ou peut-être précisément pour cette raison. Comme toujours, la troupe du Schauspielhaus est excellemment distribuée. Tous jouent de manière très authentique, même si le texte, entre trivialité et profondeur, offre à peu près tout ce qui est possible.
Le message qui résonne à notre époque est clair et net, même s’il n’est pas formulé explicitement. Un régime qui séduit les êtres humains aboutit à une mise au pas forcée. L’individu ne peut se soustraire à cette spirale et finit par rester totalement sur le carreau. Opposants ou opportunistes, suiveurs ou fanatiques : dans un tel contexte, il n’y a pas de gagnants, seulement des perdants.
Publié dans European Cultural News (ISSN 2308-085X) le 17 octobre 2026
https://european-cultural-news.com/fr/permettez-je-m-appelle-berenger-ou-tannhauser/59645/





