{"id":54929,"date":"2011-02-09T16:10:28","date_gmt":"2011-02-09T15:10:28","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/io-sono-je-suis-ich-bin\/54929\/"},"modified":"2011-02-09T16:10:28","modified_gmt":"2011-02-09T15:10:28","slug":"io-sono-je-suis-ich-bin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/io-sono-je-suis-ich-bin\/54929\/","title":{"rendered":"Io sono &#8211; je suis &#8211; ich bin"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_4719\" style=\"width: 206px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IoSono1_Patrick_Berger2.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4719\" class=\"size-medium wp-image-4719\" title=\"IoSono1_Patrick_Berger\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/IoSono1_Patrick_Berger2.jpg?resize=196%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"196\" height=\"300\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4719\" class=\"wp-caption-text\">Io sono de et avec Enrico Tedde (c) Patrick Berger<\/p><\/div>\n<p>Io sono \u2013 je suis \u2013 ich bin<\/p>\n<p>La repr\u00e9sentation de danse qu\u2019Enrico Tedde a donn\u00e9e Au Taps-Scala \u00e0 Strasbourg \u00e9tait intitul\u00e9e\u00a0\u00abio sono \u2013 je suis \u2013 ich bin\u00bb.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me de ce travail qu\u2019on avait demand\u00e9 au chor\u00e9graphe \u00e9tait\u00a0: \u00abr\u00eave de star\u00bb. En travaillant avec son fr\u00e8re, le compositeur Giorgio Tedde, le danseur a cr\u00e9\u00e9 une \u0153uvre tr\u00e8s personnelle qui montre une fois de plus que l\u2019on peut le consid\u00e9rer comme le philosophe parmi les danseurs-chor\u00e9graphes.<\/p>\n<p>\u00abIo sono \u2013 je suis \u2013 ich bin\u00bb est une r\u00e9ponse concise en trois langues \u00e0 la question philosophique\u00a0: \u00abQue suis-je\u00a0?\u00bb Mais aussi \u00abQui suis-je\u00a0?\u00bb Le r\u00eave de la vie de star, si pr\u00e9sent dans notre soci\u00e9t\u00e9, n\u2019est qu\u2019effleur\u00e9 par la pi\u00e8ce. Tedde traite ce sujet en passant, comme s\u2019il suivait un lointain \u00e9cho.<\/p>\n<p>\u00abUne star est sous les feux de la rampe. Plus la lumi\u00e8re est vive, plus souvent la star se trouve sous ces fameux feux de la rampe et plus son statut de star se confirme. La plus grande star de tous les temps, celle qui a r\u00e9ussi \u00e0 focaliser le plus de lumi\u00e8re sur elle, celle dont a \u00e9man\u00e9 le plus de lumi\u00e8re est \u00e0 mes yeux J\u00e9sus\u00bb. Ce sont des paroles prononc\u00e9es par Enrico Tedde dans le cadre d\u2019une discussion avec le public. Ces paroles ont enfreint un tabou dans le monde artistique. Elles illustrent \u00e9galement que ces r\u00e9flexions ont \u00e9t\u00e9 le point de d\u00e9part pour le travail de Tedde, mais qu\u2019il a refus\u00e9 de se laisser b\u00e2illonner par ces m\u00eames paroles. Dans l\u2019art contemporain, une religiosit\u00e9 manifeste et manifest\u00e9e se doit d\u2019\u00eatre trait\u00e9e en persiflage. Jamais elle ne doit l\u2019\u00eatre de fa\u00e7on apodictique. Celui qui s\u2019y risque n\u2019est plus dans le coup. La philosophie et l\u2019histoire du 19<sup>e<\/sup> et du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ont trop profond\u00e9ment marqu\u00e9 l\u2019image du monde de l\u2019homme occidental. Du coup il est incapable d\u2019aborder des messages religieux transmis par des artistes, sans pr\u00e9jug\u00e9s.<\/p>\n<p>Enrico Tedde le sait parfaitement et c\u2019est pour cette raison qu\u2019il a choisi la voie royale: ces prises de positions ne sont pas fermes et d\u00e9finitives, mais nuanc\u00e9es offrant de multiples possibilit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tations. Que celui qui veut\u00a0 reconna\u00eetre le divin le reconnaisse. Que celui qui veut profiter des choses profanes en profite\u00a0! Mais, et l\u00e0 il n\u2019y a aucun doute, \u00abio sono \u2013 je suis \u2013 ich bin\u00bb ne serait pas l\u2019\u0153uvre de Tedde, si elle n\u2019abordait pas, en dehors de toute religiosit\u00e9, les questions philosophiques importantes de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Mon travail sur cette pi\u00e8ce s\u2019est fait de fa\u00e7on totalement intuitive. J\u2019ai imagin\u00e9 les diff\u00e9rentes sc\u00e8nes sans avoir pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 quoi que ce soit. Je ne me suis pos\u00e9 la question de leur signification qu\u2019a posteriori.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est une m\u00e9thode de travail peu commune pour un chor\u00e9graphe. On sait qu\u2019une chor\u00e9graphie peut \u00eatre cr\u00e9\u00e9e intuitivement d\u2019apr\u00e8s une musique particuli\u00e8re par exemple. On sait aussi que certains chor\u00e9graphes donnent de la libert\u00e9 \u00e0 leurs danseuses et danseurs quand ils travaillent sur leurs passages respectifs. Mais jusqu\u2019ici, on ne savait pas qu\u2019un danseur qui travaille sur un sujet\u00a0n\u2019a pas d\u2019objectif pr\u00e9cis, et qu\u2019il n\u2019utilise pas non plus de musique particuli\u00e8re pour l\u2019aider dans l\u2019\u00e9laboration de son \u0153uvre. C\u2019est si extraordinaire que cette fa\u00e7on de travailler peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un num\u00e9ro d\u2019\u00e9quilibriste.<\/p>\n<p>Et Enrico Tedde a jou\u00e9 l\u2019\u00e9quilibriste, totalement\u00a0! M\u00eame l\u2019\u00e9chec \u00e9ventuel ne l\u2019a pas fait reculer. La contrainte d\u2019une date fixe \u00e0 laquelle cette \u0153uvre devait \u00eatre termin\u00e9e non plus d\u2019ailleurs. Sa seule trame \u00e9tait un texte de son fr\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9 qu\u2019il a, contrairement \u00e0 ce qui se fait habituellement, r\u00e9cit\u00e9 lui-m\u00eame. Ce texte ne raconte pas d\u2019histoire, il n\u2019emm\u00e8ne pas non plus l\u2019auditeur dans un monde \u00e9trange mais tourne autour du th\u00e8me de ce que c\u2019est qu\u2019\u00eatre homme, l\u2019espace de vie de l\u2019homme et son expression verbale.<!--nextpage--><\/p>\n<p>\u00abChaque mot poss\u00e8de son propre langage. On ne peut pas \u00e9changer un\u00a0 mot contre un autre, juste comme \u00e7a\u00a0!\u00a0\u00bb Voil\u00e0 le constat que fait Enrico Tedde et son quotidien le confirme. Il est mari\u00e9 \u00e0 la danseuse et chor\u00e9graphe allemande Virginia Heinen. Tedde vie \u00e0 Strasbourg o\u00f9 on parle fran\u00e7ais et le danseur d\u2019origine italienne se sert de sa langue maternelle pour communiquer avec sa fille.<\/p>\n<p>\u00abIo sono \u2013 je suis \u2013 ich bin \u2013 hier, ici, pour dire que\u2026\u2026.non, non, io sono \u2013 je suis \u2013 ich bin \u2013 hier, ici non pas pour dire ceci\u00bb explique-t-il au public \u00e9tant assis \u00e0 son bureau. Encore et encore il essaie de dire pourquoi il est l\u00e0 ce soir\u00a0; parfois ses tentatives sont grotesques. Il s\u2019embrouille avec ses propres dires. Il \u00e9met une th\u00e8se pour d\u00e9cr\u00e9ter l\u2019antith\u00e8se imm\u00e9diatement apr\u00e8s. Il n\u2019affirme jamais rien et ses contradictions vont en augmentant. Pour finir, il semble incapable de leur faire face, m\u00eame si, et c\u2019est cela qui est si int\u00e9ressant, il a fait na\u00eetre ces contradictions lui-m\u00eame. C\u2019est un dilemme auquel l\u2019intelligence est confront\u00e9e en permanence. Ce dilemme repr\u00e9sente une sorte de principe de vie in\u00e9branlable, un principe impossible \u00e0 \u00e9viter ou \u00e0 contourner.<\/p>\n<p>Tedde \u00e9volue dans un d\u00e9cor complexe. En revanche le mat\u00e9riel et la technique mis en \u0153uvre sont simples. Des cordes rouges, bleues, jaunes, vertes, blanches et noires sont tendues dans tous les sens. Elles d\u00e9limitent encore davantage l\u2019espace sur la sc\u00e8ne, un espace d\u00e9j\u00e0 limit\u00e9 en soi. Ce m\u00e9li-m\u00e9lo de cordes multicolores s\u2019\u00e9tend en diagonale, vers le haut pour aboutir dans une sorte de couloir. Sur un plan inclin\u00e9, ces cordes \u00a0maintiennent le bureau devant lequel le danseur est assis. Tr\u00e8s rapidement on se rend compte que ces cordes correspondent \u00e0 des trajectoires pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es qui donnent des limites \u00e0 l\u2019homme, elles le maintiennent et le font penser et r\u00e9fl\u00e9chir selon certains sch\u00e9mas tr\u00e8s pr\u00e9cis. Tout ceci ne peut \u00eatre d\u00e9pass\u00e9 qu\u2019au prix d\u2019un effort majeur. Une image linguistique courante pour illustrer ce que Tedde montre au d\u00e9but de sa performance, serait la fameuse roue de hamster dont, une fois dedans, on ne peut plus \u00e9chapper. Le monde \u00abtendu\u00bb de Tedde avec ses limitations a de telles influences sur l\u2019\u00eatre humain, que celui-ci finit par ne vivre plus que des tensions, justement. Si\u2026\u2026\u2026. si Johann S\u00e9bastian Bach n\u2019existait pas\u00a0! Gr\u00e2ce \u00e0 sa musique, l\u2019homme assis \u00e0 son bureau o\u00f9, tel un maniaque, il remet en permanence ses accessoires d\u2019\u00e9criture en ordre r\u00e9ussit \u00e0 rompre avec cette folie en l\u2019espace d\u2019une seconde. A chaque fois que Tedde met les \u00e9couteurs noirs sur ses oreilles, le public entend une chorale de \u00abla passion selon Saint Jean\u00bb de Bach. Tedde d\u00e9crit par son langage corporel tr\u00e8s expressif la transformation qui s\u2019op\u00e8re\u00a0: comme illumin\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur, enchant\u00e9, ravi, il plonge dans des \u00e9motions qui l\u2019\u00e9loignent de ce que fut sa vie encore quelques instants auparavant. Mais ces moments extraordinairement beaux son courts. Trop courts pour influencer durablement sa vie. L\u2019homme reste ce qu\u2019il a toujours \u00e9t\u00e9\u00a0: stress\u00e9, ob\u00e9issant \u00e0 des contraintes aussi bien int\u00e9rieures qu\u2019ext\u00e9rieures. Il ne semble pr\u00eat \u00e0 la catharsis qu\u2019au moment o\u00f9 quelque chose l\u2019\u00e9jecte de sa trajectoire qui paraissait immuable. Et chez Tedde cela se produit au sens propre du terme. Son introduction verbale est suivie d\u2019une danse sauvage, une r\u00e9bellion essouffl\u00e9e. Son corps doit ob\u00e9ir \u00e0 des ordres venant d\u2019ailleurs, il doit encaisser des coups \u2013 acoustiques \u2013 qui finissent par le transformer en Alien. Incapable de faire des mouvements harmonieux, avec des gestes brusques, comme un robot, il traverse l\u2019espace en dansant. Du coup, cet espace lui r\u00e9serve des obstacles de nature diff\u00e9rente. Sans faire expr\u00e8s, il se retrouve en dehors des limites de l\u2019endroit ou il \u00e9tait encore chez lui,\u00a0 malgr\u00e9 lui, peu de temps auparavant. La musique change, le beat dur se tait, des voix myst\u00e9rieuses aboutissent \u00e0 un lamento serein. Tedde cr\u00e9e un espace immat\u00e9riel qui est en opposition avec l\u2019espace mat\u00e9riel que repr\u00e9sente la sc\u00e8ne. C\u2019est cette musique qui lib\u00e8re le tortur\u00e9 de tout ce qui paraissait encore important et qui avait \u00a0beaucoup de valeur encore peu de temps auparavant. La lumi\u00e8re sur le corps de Tedde est dure et tendre \u00e0 la fois. Elle montre son corps de plus en plus d\u00e9nud\u00e9, le reste dispara\u00eet dans le noir. \u00abIo sono \u2013 je suis- ich bin\u00bb \u2026..\u00e0 ce moment l\u00e0, on ne peut entendre ces mots, mais ils correspondent parfaitement \u00e0 cet \u00eatre humain sans d\u00e9fense qui est en train de se r\u00e9inventer.<!--nextpage--><\/p>\n<p>Une maladie, un coup du sort \u2013 beaucoup de choses peuvent nous \u00e9jecter de notre trajectoire. Heureux sont ceux qui, dans ce genre de situation, ont l\u2019occasion de vivre ce que nous montre le danseur ici\u00a0: Rinascita\u00a0! Une renaissance, recommencer \u00e0 z\u00e9ro\u00a0! Qui n\u2019en a jamais r\u00eav\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>Maintenant, il est capable d\u2019atteindre un \u00e9tat d\u2019euphorie, dans lequel la musique de Bach l\u2019avait mis auparavant, sans ses \u00e9couteurs. Voil\u00e0 la d\u00e9finition impressionnante que se fait Enrico Tedde du paradis, \u00e0 la fin ou au commencement de la vie. Un paradis, dans lequel l\u2019homme innocent est lui-m\u00eame et qui n\u2019a besoin de rien si ce n\u2019est d\u2019une bulle de sons d\u2019une beaut\u00e9 \u00e9tourdissante. Ce n\u2019est pas \u00e9tonnant que l\u2019on n\u2019ait pas envie de retrouver ce monde innommable dans lequel la contrainte et la norme sont les \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9dominants. L\u2019homme est purifi\u00e9, mais cette purification est de courte dur\u00e9e. D\u2019abord imperceptiblement mais de plus en plus clairement, la chorale de Bach est distordue jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle se noie dans une multitude de sons ind\u00e9finissables, qui n\u2019ont plus aucun rapport avec le divin. A l\u2019acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, le danseur qui ne porte qu\u2019une ceinture, traverse tous les stades de l\u2019existence humaine, de la toute petite enfance jusqu\u2019\u00e0 la vieillesse. Pour illustrer cette \u00e9volution, Tedde se sert de diff\u00e9rents ustensiles comme par exemple des saladiers en plastique qui symbolisent le go\u00fbt, l\u2019ou\u00efe et la vue. Avec son accoutrement bizarre, il plonge m\u00eame pour un court moment dans le monde des insectes. Au moment o\u00f9 il s\u2019arr\u00eate sous le couloir, dans la partie arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, l\u2019alter ego du danseur le couvre tendrement d\u2019une poussi\u00e8re blanche. Ses cheveux sombres blanchissent, mais il ne semble pas triste de vieillir, au contraire\u00a0! Sa danse sous cette poussi\u00e8re blanche qui couvre petit \u00e0 petit le sol exprime plut\u00f4t la joie, comme si la poussi\u00e8re le couvrait de quelque chose capable d\u2019apporter la gu\u00e9rison. Quelque chose qui donne la vie, qui ne la prend pas. \u00abMoriti \u2013 Moriti\u00bb scandent les haut-parleurs. \u00abMeurs,\u00a0meurs\u00a0!\u00bb une invitation jouissive soulignant la joie que l\u2019on peut \u00e9prouver \u00e0 la fin de sa vie. A ce point culminant, de nombreuses questions se posent\u00a0: Faut-il suivre cette invitation et consid\u00e9rer la mort comme quelque chose de jouissif\u00a0? Est-ce que le temps gu\u00e9rit effectivement toutes les blessures, ou est-ce qu\u2019il nous rapproche simplement d\u2019une solution, d\u2019une solution capable de tout gu\u00e9rir, celle que nous appelons la mort ou la r\u00e9demption\u00a0? La poussi\u00e8re blanche est-elle destructrice ou f\u00e9conde ou les deux \u00e0 la fois\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019alter ego de Tedde traverse \u00e0 plusieurs reprises la sc\u00e8ne. Parfois, il est inqui\u00e9tant, parfois il donne la b\u00e9n\u00e9diction. Au d\u00e9but, il porte un chapeau d\u2019apiculteur. \u00abQuand un apiculteur doit r\u00e9unir deux populations d\u2019abeilles pour les sauver, puisque seules elles ne pourraient survivre, il utilise de la farine qu\u2019il vaporise, m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 de l\u2019eau, sur les insectes. R\u00e9unies dans la lutte pour la survie en se nettoyant mutuellement les ailes, les abeilles finissent par se m\u00e9langer et former une seule et grande famille.\u00bb Voil\u00e0 ce qu\u2019explique Tedde dans un entretien qui suit sa performance. L\u2019accessoire de l\u2019apiculteur et la farine trouvent donc leur signification. Mais en d\u00e9pit de ces explications, mon interpr\u00e9tation personnelle de cette sc\u00e8ne impressionnante reste pour moi n\u00e9anmoins valable. Et cela fait du bien, puisque rien n\u2019est plus douloureux qu\u2019un spectacle que l\u2019on d\u00e9mystifie. Avec son explication, l\u2019artiste r\u00e9ussit \u00e0 enrichir la pi\u00e8ce d\u2019une dimension suppl\u00e9mentaire au regard de celles que l\u2019on imagine en la regardant. L\u2019image de l\u2019apiculteur qui sauve les populations d\u2019abeilles fait aussi allusion \u00e0 cette force qui, \u00e0 chaque fois qu\u2019un danger menace,\u00a0 fait en sorte que les hommes se rapprochent. Peu importe, si ce m\u00e9canisme s\u2019enclenche \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une famille ou bien dans un collectif plus important \u2013 jusqu\u2019aux populations enti\u00e8res. Le principe de l\u2019entraide dans le monde animal fonctionne aussi chez l\u2019\u00eatre humain. Selon ses interpr\u00e9tations on peut aussi r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la question de savoir si cela arrive \u00e0 cause d\u2019un destin qui est soumis \u00e0 une force divine. Ou alors on peut se r\u00e9f\u00e9rer aux explications selon lesquelles l\u2019homme, dans des situations d\u2019urgence, fait intuitivement appel \u00e0 des sch\u00e9mas de comportement biologiques ou sociaux. On pourrait appeler cela prosa\u00efquement\u00a0: l\u2019aide \u00e0 la survie de l\u2019esp\u00e8ce.<!--nextpage--><\/p>\n<p>A ce moment on pourrait penser que la pi\u00e8ce est termin\u00e9e mais Enrico Tedde surprend son public et continue \u00e0 danser. Avec cette fin si inattendue, il r\u00e9ussit une grande boucle et r\u00e9unit la fin et le d\u00e9but de sa soir\u00e9e. Au d\u00e9but, l\u2019homme \u00e9tait \u00e0 mi-chemin de sa vie. Il en \u00e9tait \u00e9ject\u00e9 pour rena\u00eetre et pour revivre \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 tout ce qu\u2019il y a \u00e0 vivre encore une fois, jusqu\u2019\u00e0 la mort joyeuse, la mort r\u00e9demptrice. Pour continuer ensuite dans sa vie d\u2019avant, qui ne l\u2019avait pas tout \u00e0 fait lib\u00e9r\u00e9. Comme d\u00e9ment, le danseur d\u00e9truit le d\u00e9cor, renverse la si\u00e8ge, casse le bureau et s\u2019emp\u00eatre dans les innombrables cordages. Pas une seule \u00a0pierre ne semble rester sur l\u2019autre, aucune corde ne reste tendue comme au d\u00e9part. L\u2019homme qui a fait un aller-retour entre ciel et enfer, semble n\u2019avoir rien appris. C\u2019est presque douloureux de voir que toute cette souffrance n\u2019a servi \u00e0 rien\u00a0; mais cela fait du bien de voir, qu\u2019il est toujours en vie et qu\u2019il a ici et maintenant une autre chance de continuer. Epuis\u00e9, au bout de sa propre col\u00e8re et de son d\u00e9lire, Tedde se r\u00e9veille subitement, comme apr\u00e8s un mauvais r\u00eave. Ce qui lui reste \u00e0 faire, c\u2019est de remettre de l\u2019ordre dans le chaos qu\u2019il a caus\u00e9. Il remet la chaise et le bureau \u00e0 leur place respective et il remet de l\u2019ordre dans les cordes. Un ordre r\u00e9fl\u00e9chi et reconnu qui restreint la vie en quelque sorte, certes, mais qui lui donne aussi un soutien appr\u00e9ciable. Un soutien dont l\u2019homme a apparemment besoin, un soutien dont on ne peut \u00e9chapper que quand un autre monde nous accueille.<\/p>\n<p>Enrico Tedde a os\u00e9 faire un num\u00e9ro d\u2019\u00e9quilibriste sans filet et il n\u2019a pas failli bien au contraire\u00a0! Il offre au public la possibilit\u00e9 de nouvelles prises de conscience, ce qui signifie rien de moins que chacun peut grandir, fort de ces nouvelles donn\u00e9es. Une pi\u00e8ce d\u2019une approche universelle \u00e0 laquelle on peut souhaiter encore beaucoup d\u2019autres repr\u00e9sentations, \u00e9galement en dehors de l\u2019Alsace\u00a0!<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Io sono \u2013 je suis \u2013 ich bin La repr\u00e9sentation de danse qu\u2019Enrico Tedde a donn\u00e9e Au Taps-Scala \u00e0 Strasbourg \u00e9tait intitul\u00e9e\u00a0\u00abio sono \u2013 je suis \u2013 ich bin\u00bb. Le th\u00e8me de ce travail qu\u2019on avait demand\u00e9 au chor\u00e9graphe \u00e9tait\u00a0: \u00abr\u00eave de star\u00bb. En travaillant avec son fr\u00e8re, le compositeur Giorgio Tedde, le danseur a [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3706,2624],"tags":[],"class_list":["post-54929","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-danse","category-tanz"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2NpeJ-ehX","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54929","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=54929"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/54929\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=54929"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=54929"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=54929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}