{"id":54910,"date":"2011-01-24T15:55:21","date_gmt":"2011-01-24T14:55:21","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/rock-me-shakespeare\/54910\/"},"modified":"2011-01-24T15:55:21","modified_gmt":"2011-01-24T14:55:21","slug":"rock-me-shakespeare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/rock-me-shakespeare\/54910\/","title":{"rendered":"Rock me Shakespeare !"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_4552\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/nuit_rois_porto_3c-Denis-Arlot.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4552\" class=\"size-medium wp-image-4552\" title=\"nuit_rois_porto_3(c) Denis Arlot\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/nuit_rois_porto_3c-Denis-Arlot.jpg?resize=300%2C194&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"194\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4552\" class=\"wp-caption-text\">Nuit des rois \/ Jean-Michel Rabeux (c) Denis Arlot<\/p><\/div><br \/>\n\u00abLa nuit des rois\u00bb est l\u2019une des c\u00e9l\u00e8bres com\u00e9dies de Shakespeare. Cette \u0153uvre n\u2019est pas seulement d\u2019une grande dr\u00f4lerie, elle est \u00e9galement tr\u00e8s profonde. La mise en sc\u00e8ne version rock-trash n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 cette profondeur, \u00e0 condition qu\u2019elle soit bien faite.<\/p>\n<p>Au Maillon \u00e0 Strasbourg, Jean-Michel Rabeux a sign\u00e9 la mise en sc\u00e8ne de la pi\u00e8ce de Shakespeare. Il l\u2019a agr\u00e9ment\u00e9e avec diff\u00e9rents num\u00e9ros musicaux plut\u00f4t rock et jazzy et il a fait du bon boulot. Sa troupe paraissait \u00eatre un m\u00e9lange entre le Sergeant Pepper Hart-Club-Band et le Panikorchester d\u2019Udo Lindenberg. Les membres de cette troupe n\u2019ont pas fait que de la musique, ils ont \u00e9galement merveilleusement bien jou\u00e9 la com\u00e9die.<\/p>\n<p>L\u2019action s\u2019articule autour d\u2019Olivia qui porte le deuil de son fr\u00e8re. Elle tombe amoureuse de Viola qui est d\u00e9guis\u00e9e en homme et qui pleure \u00e9galement un fr\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Chez Rabeux on retrouve tout ce que\u00a0 Shakespeare avait mis dans la version originale\u00a0: les m\u00eames hauteurs loufoques, les tons \u00e0 demi-teinte scintillants et les passages incitant \u00e0 la r\u00e9flexion. M\u00eame s\u2019il n\u2019y pas de vert plus gazouillant, m\u00eame si les bleus ne peuvent \u00eatre plus \u00e9tincelants et qu\u2019il est impossible de trouver un\u00a0 jaune plus criard que ceux qu\u2019arborent les personnages dans la mise en sc\u00e8ne de Rabeux. M\u00eame si le gigantesque Gill Ostrovski dans le r\u00f4le de Sir Andrew fait \u00a0rire le public \u00e0 chaque apparition. Il ne convainc pas seulement par son langage du corps. Sa mimique d\u2019une expressivit\u00e9 incomparable fait beaucoup d\u2019effet aux spectateurs jusqu\u2019au dernier rang\u00a0! M\u00eame si l\u2019apparence du fou du roi qui r\u00e9pond au nom de Feste est tellement grotesque qu\u2019elle fait de l\u2019ombre \u00e0 tout ce que celui-ci peut dire: bottes en caoutchouc blanc, une chose transparente cens\u00e9e \u00eatre un haut de forme et une queue-de-pie blanche port\u00e9e avec rien d\u2019autre en dessous qu\u2019un slip aux fines c\u00f4tes. La chevelure d\u2019un blanc \u00e9clatant de Georges Edmont est en quelque sorte la cerise sur le g\u00e2teau. M\u00eame si, m\u00eame si, m\u00eame si\u2026.Et malgr\u00e9 tous ces \u00absi\u00bb, la compassion, l\u2019\u00e9tonnement et la r\u00e9flexion ne sont pas oubli\u00e9s dans cette mise en sc\u00e8ne, bien au contraire\u00a0! Ce sont eux qui sont en quelque sorte le sel dans ce \u00abpotage hilarant\u00bb.<\/p>\n<p>On \u00e9prouve de la piti\u00e9 pour le vieux fou qui a connu ses heures de gloire il y a bien longtemps. On compatit avec Olivia qui aime mais qui n\u2019est pas aim\u00e9e en retour, du moins au d\u00e9but. On est \u00e9tonn\u00e9 de constater la b\u00eatise de Malvolio, le ma\u00eetre de c\u00e9r\u00e9monie d\u2019Olivia en ce qui concerne les choses de l\u2019amour et pour finir, on r\u00e9fl\u00e9chit sur l\u2019amour inconditionnel d\u2019Antonio pour S\u00e9bastien. Antonio refuse d\u2019abandonner son bien aim\u00e9 qu\u2019il a sauv\u00e9 de la noyade, m\u00eame s\u2019il doit se mettre en danger soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Mais ce qui prime par-dessus tout dans cette mise en sc\u00e8ne, par-dessus le rire et par-dessus tout ce qui est sujet \u00e0 r\u00e9flexion, c\u2019est la joie de faire du th\u00e9\u00e2tre. L\u2019envie de distraire le public et la joie qu\u2019\u00e9prouve tout l\u2019ensemble en jouant la com\u00e9die, tout simplement.\u00a0 Le langage corporel de la petite et fragile G\u00e9raldine Martimeau passe de l\u2019innocence infantile \u00e0 la manipulation aguerrie sans aucune transition. V\u00eatue de collants \u00e0 rayures et d\u2019un tutu bleu ciel, elle fait penser \u00e0 Fifi Brindacier de la villa Kunterbunt d\u00e9guis\u00e9e en danseuse \u00e9toile. Claude Deliame en costume de velours violet incarne Sir Toby, un alcoolique \u00e9ternellement \u00e9m\u00e9ch\u00e9 qui r\u00e9ussit \u00e0 garder Sir Andrew qui picole avec lui et surtout qui est dispos\u00e9 \u00e0 r\u00e9gler la note, toujours \u00e0 port\u00e9e de main. A aucun moment, Toby ne semble \u00eatre ma\u00eetre de lui-m\u00eame. Mais gr\u00e2ce \u00e0 son taux d\u2019alcool constant, le cot\u00e9 s\u00e9rieux de la vie glisse sur lui sans avoir d\u2019emprise, il coule \u00e0 cot\u00e9 de lui comme un long fleuve tranquille.<\/p>\n<p>B\u00e9n\u00e9dicte Cerrutti \u00e0 la longue chevelure rousse et abondante, v\u00eatue d\u2019une robe longue blanche g\u00e9n\u00e9reusement fendue sur le cot\u00e9, \u00e9tale avec pathos sa peine de c\u0153ur. Cette douleur bascule en l\u2019espace de quelques secondes dans une dr\u00f4lerie sans pareil parce qu\u2019elle s\u2019en va \u00e0 quatre pattes, tout en cognant sa t\u00eate contre le mur. C\u2019est du vrai savoir-faire dans le domaine de l\u2019art th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<p>Dans la version originale de Shakespeare Malvolio, Christophe Sauger cherche \u00e0 s\u00e9duire sa ma\u00eetresse gr\u00e2ce \u00e0 ses bas jaunes. Ici, il apparait en body jaune-canari et talons aiguilles oranges. Avec sa voix de jazz enrou\u00e9e, Corinne Cicolari dans le r\u00f4le de Curio porte la soir\u00e9e aux cot\u00e9s du guitariste Seb Martel. Cette voix est aux antipodes de sa tenue clownesque. \u00ab\u00a0I put a spell on you\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Wild thing\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Don\u2019t worry, be happy\u00a0\u00bb, ne sont qu\u2019une partie des num\u00e9ros qui s\u2019int\u00e8grent dans l\u2019action de fa\u00e7on quasi organique. Parfois, la musique accompagne des changements de d\u00e9cors, parfois, elle sert \u00e0 souligner ou \u00e0 renforcer des \u00e9motions.<\/p>\n<p>A chaque nouveau tableau, le d\u00e9cor, un grand mur en m\u00e9tal rouge qui s\u2019imbrique dans un \u00e9norme podium en m\u00e9tal rouge lui aussi, subit des changements minimes. Un large podium avec des marches compl\u00e8te le d\u00e9cor. De temps en temps, la troupe se r\u00e9unit sur ce podium pour faire de la musique. Comme du temps de Shakespeare, le metteur en sc\u00e8ne utilise des m\u00e9lodies que tout le monde conna\u00eet. On imagine tr\u00e8s bien que gr\u00e2ce \u00e0 la musique il y a 500 ans d\u00e9j\u00e0, \u00a0le public fut \u00e9motionnellement aussi proche de l\u2019action que nous le sommes aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Avec Rabeux, ce jeu de confusion entre l\u2019identit\u00e9 homme\/ femme, \u00a0cette profusion de d\u00e9clarations d\u2019amour conna\u00eet une fin diff\u00e9rente. S\u00e9bastien, le fr\u00e8re-jumeau de Viola n\u2019est pas oblig\u00e9 de se battre en duel avec Sir Andrew. Celui-ci prend conscience, sans passer par la \u00abcase combat\u00bb, que la vie ou plut\u00f4t les gens qui l\u2019entourent se sont moqu\u00e9s de lui \u00e0 plusieurs points de vue.<\/p>\n<p>Il quitte la sc\u00e8ne en vocif\u00e9rant\u00a0en direction des couples r\u00e9unis dans le bonheur:\u00a0\u00abJe hais l\u2019amour, je hais l\u2019amour\u00a0!\u00bb Il montre une fois de plus que \u00abLa nuit des rois\u00bb de Shakespeare est une pi\u00e8ce l\u00e9g\u00e8re uniquement pour ceux qui refusent la profondeur.<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLa nuit des rois\u00bb est l\u2019une des c\u00e9l\u00e8bres com\u00e9dies de Shakespeare. Cette \u0153uvre n\u2019est pas seulement d\u2019une grande dr\u00f4lerie, elle est \u00e9galement tr\u00e8s profonde. La mise en sc\u00e8ne version rock-trash n\u2019enl\u00e8ve rien \u00e0 cette profondeur, \u00e0 condition qu\u2019elle soit bien faite. 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