{"id":54906,"date":"2011-01-21T17:03:45","date_gmt":"2011-01-21T16:03:45","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/les-robes-du-pouvoir\/54906\/"},"modified":"2011-01-21T17:03:45","modified_gmt":"2011-01-21T16:03:45","slug":"les-robes-du-pouvoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/les-robes-du-pouvoir\/54906\/","title":{"rendered":"Les robes du pouvoir"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_4542\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Spectacle_20102011_MaryStuart_%C2%A9FredericIovino_348.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4542\" class=\"size-medium wp-image-4542\" title=\"Spectacle_20102011_MaryStuart_\u00a9FredericIovino_348\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Spectacle_20102011_MaryStuart_%C2%A9FredericIovino_348.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4542\" class=\"wp-caption-text\">TNS, Mary Stuart (c) Frederic Iovino<\/p><\/div>\n<p>Elisabeth et Mary ne se sont jamais rencontr\u00e9es \u00e0 Londres au 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Pourtant, sur la sc\u00e8ne du TNS (Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg) elles font connaissance de la meilleure fa\u00e7on qui soit.<\/p>\n<p>Mary Stuart se jette par terre et se roule dans la poussi\u00e8re pour essayer de gagner la reine d\u2019Angleterre Elisabeth par tous les moyens. Elle esp\u00e8re \u00e9chapper ainsi \u00e0 la peine de mort. Quand elle prend conscience que toutes ses supplications sont veines, sa fiert\u00e9 royale qu\u2019elle avait mise de cot\u00e9 se manifeste \u00e0 nouveau : telle une furie elle reproche \u00e0 Elisabeth de n\u2019\u00eatre rien d\u2019autre qu\u2019une b\u00e2tarde qui n\u2019a pas le droit de porter la couronne d\u2019Angleterre. Tout en sachant que ces accusations lui couteront la vie, elle a la satisfaction de sortir vainqueur de ce combat in\u00e9gal ; moralement et rh\u00e9toriquement.<\/p>\n<p>La nouvelle traduction du drame de Friedrich Schiller \u00abMary Stuart\u00bb par <a title=\"Kurzbio Eberhard Spreng\" href=\"https:\/\/www.alexander-verlag.com\/autoren\/autor\/124-Eberhard_Spreng.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Eberhard Spreng<\/a> et <a title=\"Stuart Seide - Biographie\" href=\"https:\/\/www.theatredunord.fr\/Public\/documentation.php?ID=124\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Stuart Seide<\/a> a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9e pour la premi\u00e8re fois \u00e0 Strasbourg au mois de janvier. Dans cette nouvelle version, le drame royal de Schiller se transforme en paraphrase d\u2019une vie passionnante entre le pouvoir et la sph\u00e8re priv\u00e9e qui est parfaitement compr\u00e9hensible sur le plan psychologique. Saisissant parfaitement la pr\u00e9cision de la langue allemande, Spreng et Seide ont r\u00e9ussi \u00e0 trouver une transcription contemporaine de l\u2019\u00e9criture de Schiller, en restant aussi pr\u00e8s que possible du contenu de l\u2019original tout en \u00e9vitant le superflu.<\/p>\n<div id=\"attachment_4541\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Spectacle_20102011_MaryStuart_%C2%A9FredericIovino_293.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4541\" class=\"size-medium wp-image-4541\" title=\"Spectacle_20102011_MaryStuart_\u00a9FredericIovino_293\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Spectacle_20102011_MaryStuart_%C2%A9FredericIovino_293.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4541\" class=\"wp-caption-text\">TNS, Mary Stuart (c) Frederic Iovino<\/p><\/div>\n<p>Le d\u00e9cor con\u00e7u par Philippe Marioge avec une intelligence exceptionnelle et la lumi\u00e8re impressionnante sign\u00e9e par Jean-Pascal Pracht forment un \u00e9crin moderne pour le drame qui se joue autour des vies des reines d\u2019Angleterre et de l\u2019Ecosse. Le mur lambriss\u00e9 en trois parties qui traverse en diagonale la sc\u00e8ne permet de diviser l\u2019espace \u00e0 la demande. Ce n\u2019est que gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9clairage de la partie gauche de la sc\u00e8ne que l\u2019on peu reconnaitre le Palais royal. L\u2019\u00e9clairage sur la partie droite repr\u00e9sente une cellule de prison. Le coup de g\u00e9nie de ce d\u00e9cor consiste en la pr\u00e9sence permanente des deux protagonistes et de leur entourage : \u00e0 peine \u00e9clair\u00e9e, la rivale est pr\u00e9sente sur la sc\u00e8ne tandis que l\u2019autre joue sa sc\u00e8ne. Ainsi, la fa\u00e7on de laquelle les deux reines se menacent mutuellement est plus que palpable.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux costumes, Stuart Seide qui a \u00e9galement sign\u00e9 la mise en sc\u00e8ne a brillamment r\u00e9ussi \u00e0 tendre le grand arc entre l\u2019\u00e9poque historique \u00e0 laquelle se d\u00e9roule le drame, le d\u00e9but du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et notre \u00e8re. Ses reines et lords sont v\u00eatus de leurs somptueuses tenues du 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui repr\u00e9sentent le pouvoir. Quand les personnages portent  ces v\u00eatements, leur vie priv\u00e9e doit s\u2019effacer au b\u00e9n\u00e9fice de la raison d\u2019\u00e9tat. Des capes lourdes, longues jusqu\u2019au sol permettent d\u2019alterner rapidement entre la sph\u00e8re priv\u00e9e et la fonction publique. A la fin de la pi\u00e8ce, rong\u00e9e par les doutes pour avoir fait ex\u00e9cuter Mary, il n\u2019y gu\u00e8re qu\u2019Elisabeth qui, tout en arborant sa tenue d\u2019apparat pourpre au col sophistiqu\u00e9, fait \u00e9tat de ses \u00e9motions. Il est vrai que m\u00eame dans cet \u00e9tat elle repr\u00e9sente la souveraine de l\u2019Angleterre. Pourtant, elle a perdu sa contenance : la peur et la folie ont pris possession d\u2019elle.<\/p>\n<p>Dans ce tableau, contrairement aux tableaux pr\u00e9c\u00e9dents,  on peut voir ses bras nus et fragiles d\u00e9passer sous la lourde robe. Une m\u00e9taphore magnifique qui montre que sous n\u2019importe quelle tenue, m\u00eame si elle repr\u00e9sente le pouvoir et l\u2019\u00e9tat, il y a un \u00eatre humain. Pour habiller la plus grande partie des protagonistes, Fabienne Varoutsikos a recours aux tenues de travail des ann\u00e9es cinquante. Seul l\u2019\u00e9missaire fran\u00e7ais, le comte Aubespine, porte un costume du baroque tardif, du rouge aux joues et des boucles sur les chaussures. Ces allusions font imm\u00e9diatement comprendre o\u00f9 sont les rapports au pr\u00e9sent et quand ces rapports sont n\u00e9cessaires. De plus, elles font clairement ressortir les tensions et les diff\u00e9rences entre la cour fran\u00e7aise et anglaise.<\/p>\n<p>La sc\u00e8ne du jardin, o\u00f9 sur le conseil de leurs proches respectifs se rencontrent malgr\u00e9 elles les deux reines, est le point culminant. Elle se passe d\u2019un d\u00e9cor travaill\u00e9: les panneaux qui auparavant ont divis\u00e9 l\u2019espace sont hiss\u00e9s ou mis de cot\u00e9, silencieusement, le parquet a fait place \u00e0 un carr\u00e9 de terre, grand, grand comme un terrain de tennis. On aper\u00e7oit un coin de ciel bleu projet\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne. Ce d\u00e9cor parfait permet \u00e0 Mary de ressentir bri\u00e8vement  et pour la derni\u00e8re fois des sensations plaisantes en rapport direct avec la nature. Jusqu\u2019ici,  Mary a adopt\u00e9 une attitude mesur\u00e9e et calme. Elisabeth s\u2019est toujours exprim\u00e9e avec une voix douce. Dans ce paysage, les deux rivales laissent libre cours \u00e0 leurs \u00e9motions et \u00e0 la haine qu\u2019elles portent en elles. A tel point, qu\u2019elles font peur aux hommes qui se trouvent pr\u00e8s d\u2019elles. A travers cette pi\u00e8ce de Schiller, on y voit un clin d\u2019\u0153il \u00abclandestin\u00bb de Jean Jacques Rousseau qui attribua justement \u00e0 la nature les forces les plus puissantes sur cette terre et non pas aux \u00eatres humains, quels qu\u2019ils fussent. Comme si elles \u00e9taient victimes d\u2019une sorte de contagion sous ce ciel sans limites, les \u00e9motions que les deux femmes pensaient sous contr\u00f4le \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de quatre murs se lib\u00e8rent.<\/p>\n<p>Le jeu de C\u00e9cile Garcia Fogel dans le r\u00f4le de la volontaire et malgr\u00e9 tout fragile Elisabeth et celui de Marie Vialle en Mary Stuart qui porte telle une sainte la t\u00eate toujours tr\u00e8s haute, sont de qualit\u00e9 \u00e9gale. Les hommes ne les brisent pas, au contraire ! Ce sont elles qui leur font prendre conscience de leurs limites. Pourtant ce sont les jeux de pouvoir masculins qui, coup apr\u00e8s coup comme dans un jeu d\u2019\u00e9chec, causent finalement la perte des deux femmes.<\/p>\n<p>Cette mise en sc\u00e8ne est particuli\u00e8rement r\u00e9ussie, car elle met les ambivalences de chaque personnage du drame de Schiller en relief. Vincent Winterhalter dans le r\u00f4le du comte de Leicester, psychologiquement fragile, oscille entre pouvoir et amour, telle une feuille dans le vent. Il finit par prendre conscience de son propre opportunisme. Le baron de Burleigh, carr\u00e9 et marqu\u00e9 (Julien Roy) place la raison d\u2019\u00e9tat par dessus tout. Et malgr\u00e9 cela, au cours d\u2019une conversation avec Mary Stuart en prison, il est forc\u00e9 de reconna\u00eetre qu\u2019on a fait du tort \u00e0 la reine d\u2019Ecosse. Il fait cet aveu tout en cherchant d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 ne pas perdre la face. Pierre Barrat joue le sage Comte de Shrewsbury, un vieil humaniste. Elisabeth r\u00e9alise trop tard que les conseils de celui-ci sont justes et judicieux. Tous les protagonistes jouent leurs r\u00f4les en tenant compte de cette duplicit\u00e9 que Schiller a mise dans ses personnages ce qui exige des prestations d\u2019acteur de tr\u00e8s haut niveau.<\/p>\n<p>Le rapport \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 laquelle nous vivons est essentiellement \u00e9tabli gr\u00e2ce au d\u00e9cor et aux costumes : de fa\u00e7on tr\u00e8s subtile et donc d\u2019autant plus fantastique. Les difficult\u00e9s psychologiques des caract\u00e8res s\u2019infiltrent dans nos pens\u00e9es sans crier gare, elles font remonter des souvenirs de traits de caract\u00e8res de personnes de notre entourage et nous incitent \u00e0 la r\u00e9flexion : la mise en sc\u00e8ne de Seide r\u00e9ussit cet exploit qui est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 du tr\u00e8s grand th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>Avec cette repr\u00e9sentation, le TNS tout pr\u00e8s de l\u2019Allemagne a prouv\u00e9 une fois de plus, qu\u2019il fait partie des plus grandes sc\u00e8nes de l\u2019hexagone.<\/p>\n<p>Un conseil pour les repr\u00e9sentations qui suivront : m\u00eame ceux qui ne parlent pas le fran\u00e7ais peuvent venir au TNS : au moins l\u2019une des repr\u00e9sentations des pi\u00e8ces au programme est sous titr\u00e9e en allemand.<\/p>\n<p>Sur le site du <a title=\"TNS\" href=\"https:\/\/www.tns.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">TNS<\/a> vous trouverez de plus amples renseignements.<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elisabeth et Mary ne se sont jamais rencontr\u00e9es \u00e0 Londres au 16e si\u00e8cle. 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