{"id":54903,"date":"2011-01-20T12:26:39","date_gmt":"2011-01-20T11:26:39","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/la-vie-cest-tout-blanc-ou-tout-noir\/54903\/"},"modified":"2011-01-20T12:26:39","modified_gmt":"2011-01-20T11:26:39","slug":"la-vie-cest-tout-blanc-ou-tout-noir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/la-vie-cest-tout-blanc-ou-tout-noir\/54903\/","title":{"rendered":"La vie c\u2019est tout blanc ou tout noir"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_4531\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Romanze.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4531\" class=\"size-medium wp-image-4531\" title=\"Romanze\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/Romanze.jpg?resize=300%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"300\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4531\" class=\"wp-caption-text\">Romanze de Cie Blicke (c) Raoul Gilibert<\/p><\/div>\n<p>La d\u00e9finition \u00abromance\u00bb sugg\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral quelque chose de romantique. Et ce quelque chose, s\u2019il s\u2019agit de sentiments qu\u2019\u00e9prouvent deux \u00eatres l\u2019un envers l\u2019autre, \u00e9volue g\u00e9n\u00e9ralement vers l\u2019amour. Ce quelque chose qui sent la violette et a le go\u00fbt d\u2019une barbe \u00e0 papa\u2026..en g\u00e9n\u00e9ral !<\/p>\n<p>\u00ab Romanze \u00bb, ainsi s\u2019intitule la nouvelle chor\u00e9graphie de <a title=\"Bio Virginia Heinen\" href=\"https:\/\/www.made-in-france.us\/vhbio.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Virginia Heinen<\/a> pour deux danseurs. Au mois de janvier on a pu assister \u00e0 la repr\u00e9sentation de cette \u0153uvre au <a title=\"Th\u00e9atre Pole Sud - sc\u00e8ne conventionn\u00e9e pour la danse et la musique ...\" href=\"https:\/\/www.pole-sud.fr\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">P\u00f4le-Sud<\/a> \u00e0 Strasbourg.<\/p>\n<p>Effectivement, il s\u2019agit d\u2019une cr\u00e9ation qui raconte la relation entre deux personnes et effectivement, le nuage romantique qui les enveloppe semble les emp\u00eacher d\u2019apercevoir le monde qui les entoure.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, pendant de longues minutes qui paraissent interminables, m\u00eame la danseuse et chor\u00e9graphe et son partenaire <a title=\"Bio Martin Gradnperret\" href=\"https:\/\/www.ciewejna.com\/english\/html\/compagnie\/Martin%20Grandperret-anglais.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Martin Grandperret<\/a> roulent \u00e9troitement enlac\u00e9s sur la sc\u00e8ne. Ils se soul\u00e8vent mutuellement tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement, mais jamais leur corps ne perd totalement le contact. Ils changent en permanence de position, comme s\u2019ils cherchaient \u00e0 profiter de chaque centim\u00e8tre carr\u00e9 de l\u2019autre et finissent par atterrir dans un \u00e9tat second sur deux fauteuils o\u00f9 ils \u00e9mergent doucement de leur \u00e9tat amoureux. \u201eVerweile doch, du bist so sch\u00f6n\u201c (arr\u00eate-toi, tu es si beau) serait la citation de Faust qui s\u2019impose en observant cette action qui exprime artistiquement l\u2019amour fou entre deux \u00eatres. Mais d\u00e9j\u00e0 Goethe avait fait le constat que rien ne dure \u00e9ternellement, pas m\u00eame la plus jolie romance.<\/p>\n<p>Et ce qui a commenc\u00e9 de fa\u00e7on si douce se transforme en quelques minutes en une relation de couple pour le moins conflictuelle.<\/p>\n<p>L\u2019histoire est simple : une femme et un homme s\u2019aiment tendrement. L\u2019homme quitte la femme qui est inconsolable. L\u2019homme revient vers la femme. Elle cherche \u00e0 se venger et veut rester libre. L\u2019homme en revanche veut vivre \u00e0 nouveau une relation qui fonctionne, comme avant. Commence une lutte impitoyable entre l\u2019homme et la femme qui essaient tous deux d\u2019obtenir la position dominante. Cette lutte fait souffrir les deux, ils r\u00e9fl\u00e9chissent et finissent par trouver un consensus qui leur permet de continuer leur chemin de vie ensemble.<\/p>\n<p>Noir ou blanc. C\u2019est comme cela que la vie se pr\u00e9sente quelques fois, du moins, si on la regarde d\u2019un certain angle de vue. Le couple se retrouve, mais il ne s\u2019enlace plus. Plus rien ne reste de leur proximit\u00e9 physique. Rien, \u00e0 l\u2019exception de leurs avant-bras qui se touchent : ils sont pos\u00e9s gentiment sur les accoudoirs des deux fauteuils.<\/p>\n<p>L\u2019histoire que racontent les deux danseurs sur la sc\u00e8ne correspond \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 que vivent des millions de couples amoureux au quotidien. Seulement, en dehors du th\u00e9\u00e2tre, la fin est souvent diff\u00e9rente. L\u2019issue de la cr\u00e9ation de Virginia Heinen est consciemment heureuse. Les conflits, longuement d\u00e9clin\u00e9s \u00e0 travers le langage des corps des danseurs, se suffisent \u00e0 eux-m\u00eames. Une fin malheureuse aurait \u00e9t\u00e9 de trop. D\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019est compr\u00e9hensible : qui aime se faire torturer par des paroles qui sont de v\u00e9ritables coups de fouet sans qu\u2019il n\u2019y ait ne serait-ce que la perspective d\u2019une r\u00e9conciliation \u00e0 l\u2019horizon ? Voici exactement comment Heinen ressent la sc\u00e8ne que lui fait vivre son partenaire: assis tout en haut d\u2019un mur, il hurle des mots \u00e0 son adresse, qui font l\u2019effet de coups de fouets sur son corps fragile qui les encaisse un \u00e0 un. Il la quitte, la menace, l\u2019humilie et abuse d\u2019elle pour trouver un soutien dans sa propre souffrance. Elle le quitte, l\u2019humilie et s\u2019accroche tellement \u00e0 lui qu\u2019il manque d\u2019\u00e9touffer. Rien ne semble \u00eatre possible, ni sans lui, ni avec lui, \u00abnec tecum, nec sine te\u00bb un constat que l\u2019on faisait d\u00e9j\u00e0 dans le Rome antique.  Mais dans la version de Heinen, comme dans la vie de millions de gens, tout semble plus acceptable que la solitude et le deuil infini d\u2019un amour perdu.<\/p>\n<p>La troupe nomm\u00e9e \u00abCie Blicke\u00bb n\u2019exag\u00e8re rien mais ne laisse rien de cot\u00e9 non plus. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le point fort du spectacle,  le point qui d\u00e9range. Le plus joli de tous les \u00abhappy-ends\u00bb n\u2019y change rien. Mais est-ce une belle fin que celle o\u00f9 l\u2019on voit ce couple assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, le regard port\u00e9 au loin dans des directions oppos\u00e9 ? Chez Heinen la v\u00e9rit\u00e9 se trouve derri\u00e8re ce qui semble si \u00e9vident. Un peu comme la distinction que l\u2019on fait dans le domaine de la communication entre la structure \u00ab superficielle \u00bb et la structure \u00ab profonde \u00bb, l\u2019artiste fait la diff\u00e9rence entre ce qui est visible, ce qui est exprim\u00e9 par la danse et ce qui est invisible, ce qui n\u2019est pas dans\u00e9 et le non-dit. Les r\u00e9actions du couple mettent une chose en \u00e9vidence: ce qui n\u2019est pas dit, ce qui devrait l\u2019\u00eatre, finit toujours par revenir \u00e0 la surface et c\u2019est finalement le corps qui se charge de l\u2019exprimer. Seulement pendant les passages o\u00f9 les deux amoureux sont seuls, et que chacun peut s\u2019adonner \u00e0 son chagrin et sa col\u00e8re, ces non-dits n\u2019existent pas. Tout semble clair, tout est dit. Justement pendant ces passages il est passionnant d\u2019observer la fa\u00e7on de laquelle les danseurs s\u2019expriment, chacun dans son style propre et tr\u00e8s personnel.<\/p>\n<p>Un des passages est particuli\u00e8rement beau : celui o\u00f9 les deux danseurs luttent pour le pouvoir dans le couple. Front contre front, tels deux taureaux enrag\u00e9s ils cherchent \u00e0 se repousser mutuellement. Celui o\u00f9 ils sautent l\u2019un sur l\u2019autre pour essayer par tous les moyens  de se retenir est tr\u00e8s \u00e9mouvant. Pourtant ils finissent par \u00eatre rejet\u00e9s brutalement. Leur dispute au sujet des objets du m\u00e9nage a pour beaucoup un air de \u00abd\u00e9j\u00e0 vu\u00bb. Elle s\u2019intensifie \u00e0 un point tel que la violence physique semble incontournable. La femme r\u00e9siste pendant longtemps, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle atteigne ses limites physiques et psychiques. Et malgr\u00e9 tout cette lutte qui semble tout d\u00e9truire permet de commencer un nouveau chapitre dans cette relation.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor minimaliste consistant en deux murs lambriss\u00e9s mobiles, un escabeau et deux fauteuils vieillots tapiss\u00e9s de vert, n\u2019attire jamais l\u2019attention. Il est plut\u00f4t astucieusement int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019action qui se d\u00e9roule sur la sc\u00e8ne : quand Martin Grandperret quitte son amoureuse, il grimpe tout en haut des deux murs parall\u00e8les, pour atteindre sa pr\u00e9tendue libert\u00e9. Quand les deux n\u2019en peuvent plus de leur lutte incessante, un miracle se produit. Au cours d\u2019une danse de salon dont les r\u00e8gles dictent les pas que les danseurs doivent ex\u00e9cuter, le couple se retrouve. Des r\u00e8gles, c\u2019est ce qu\u2019il faut pour \u00eatre heureux dans la vraie vie semble vouloir nous dire la chor\u00e9graphie.  Doucement, les deux danseurs rapprochent les fauteuils se trouvant de chaque cot\u00e9 de la sc\u00e8ne pour les ramener c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te comme d\u00e9crit ci-dessus.<\/p>\n<p>La musique est sign\u00e9e Filippo Zapponi, qui a d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9 avec \u00abCie Blicke\u00bb \u00e0 plusieurs reprises. Il rassemble les \u00e9chantillons sonores en traversant les si\u00e8cles, en commen\u00e7ant par le baroque, puis  en passant par la musique contemporaine et pour finir avec des sons \u00e9lectroniques. A la fin, il permet au couple de se retrouver : la musique leur permet de se rappeler les meilleurs moments. Comme \u00e9manant d\u2019un pass\u00e9 lointain, on entend les baroqueries qui ont permis au d\u00e9but de la pi\u00e8ce au couple d\u2019atteindre le septi\u00e8me ciel.<\/p>\n<p>A la fin, il ne peut plus \u00eatre question de romance dans cette relation. Les nuages roses se sont \u00e9vapor\u00e9s, la sueur de la peur et de la lutte a remplac\u00e9 le parfum de violettes. Ce qui reste est une r\u00e9conciliation superficielle,  l\u2019avant bras de la femme qui vient se poser sur celui de l\u2019homme. Ce n\u2019est certainement pas un geste innocent, au contraire, il veut tout dire.<\/p>\n<p>Une soir\u00e9e de danse exigeante et r\u00e9ussie, au cours de laquelle les deux protagonistes peuvent \u00e0 peine reprendre leur souffle. Au premier regard, le contenu peut para\u00eetre plat et convenu. Il ne perd son cot\u00e9 noir et blanc qu\u2019\u00e0 partir du moment o\u00f9 on est dispos\u00e9 \u00e0 se pencher intens\u00e9ment sur le probl\u00e8me. La vie, ce n\u2019est ni tout blanc ni tout noir, n\u2019est-ce pas ?<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9finition \u00abromance\u00bb sugg\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral quelque chose de romantique. Et ce quelque chose, s\u2019il s\u2019agit de sentiments qu\u2019\u00e9prouvent deux \u00eatres l\u2019un envers l\u2019autre, \u00e9volue g\u00e9n\u00e9ralement vers l\u2019amour. 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