{"id":54847,"date":"2010-11-28T10:01:55","date_gmt":"2010-11-28T09:01:55","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/des-hommes-des-machines-et-des-hommes-machines\/54847\/"},"modified":"2010-11-28T10:01:55","modified_gmt":"2010-11-28T09:01:55","slug":"des-hommes-des-machines-et-des-hommes-machines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/des-hommes-des-machines-et-des-hommes-machines\/54847\/","title":{"rendered":"Des hommes, des machines et des hommes-machines"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_4568\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/2.repulsion_72.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4568\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/2.repulsion_72.jpg?resize=300%2C225&#038;ssl=1\" alt=\"\" title=\"Exif_JPEG_PICTURE\" width=\"300\" height=\"225\" class=\"size-medium wp-image-4568\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4568\" class=\"wp-caption-text\">Repulsion \/ Hiroaki Umeda (c)  Shin Y<\/p><\/div><br \/>\nLa sc\u00e8ne est \u00e9clair\u00e9e de blanc. Trois hommes entrent en sc\u00e8ne. Ils se positionnent \u00e0 intervalles r\u00e9guliers les uns des autres, ensuite ils s\u2019immobilisent.<br \/>\nTout \u00e0 coup, les haut-parleurs diffusent des sons \u00e9lectroniques qui semblent mettre les trois hommes dans un \u00e9tat second. Ils commencent \u00e0 bouger. Ils ex\u00e9cutent des mouvements debout, sans quitter leurs places respectives qui semblent leur \u00eatre attribu\u00e9es.<br \/>\nIl n\u2019est pas question d\u2019investir l\u2019espace ou de traverser la sc\u00e8ne. Ce sont plut\u00f4t leurs corps qui pulsent, qui sont secou\u00e9s et bouscul\u00e9s par des puissances invisibles, mat\u00e9rialis\u00e9es par le son.<br \/>\nDes coups invisibles, acoustiques fouettent ces corps encore et encore les obligeant ainsi \u00e0 rester en mouvement. Des \u00e9l\u00e9ments de Break-dance se m\u00ealent \u00e0 la chor\u00e9graphie qui, bien que minimaliste, est extr\u00eamement complexe. C\u2019est un v\u00e9ritable d\u00e9fi physique pour les danseurs: \u00e0 la fin de la performance, ils seront tremp\u00e9s de sueur.<br \/>\nMais auparavant, des vagues parcourent leurs corps, leurs bras et leurs jambes semblent bouger comme \u00abt\u00e9l\u00e9guid\u00e9s\u00bb par une force ext\u00e9rieure. L\u2019expression de leurs visages est neutre. Ce qui se passe ne semble pas les toucher, ni agr\u00e9ablement, nie d\u00e9sagr\u00e9ablement.  Apparemment, les \u00e9motions n\u2019ont aucun r\u00f4le \u00e0 jouer. Ce qui compte, c\u2019est le mouvement. Pendent les pauses, quand la langue \u00e9lectronique, acoustique qui fait fortement penser au rythme des machines d\u2019une usine se tait, les danseurs s\u2019arr\u00eatent. Ils semblent recharger leurs batteries,  recevoir de nouveaux stimuli ou changer de \u00abprogrammation\u00bb.<br \/>\nLa lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint bri\u00e8vement et plonge la salle dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n<p>Kevin Mischel, Yvener Guillaume et Sofiane Tiet dansent la plupart du temps individuellement sur ce son vibrant que le public ressent physiquement. Les mouvements des trois danseurs sont rarement synchrones.<br \/>\nLa lumi\u00e8re, tout comme le son, joue un r\u00f4le tr\u00e8s important. Tant\u00f4t l\u2019\u00e9clairage est si faible, que l\u2019on a du mal \u00e0 distinguer les silhouettes des danseurs, tant\u00f4t la lumi\u00e8re est si intense que les corps se d\u00e9tachent de la sc\u00e8ne de telle mani\u00e8re qu\u2019on a l\u2019impression de pouvoir les toucher. A la fin du spectacle, la formation dans laquelle les hommes prennent cong\u00e9 de leur public \u00e0 deux reprises les rapproche beaucoup les uns des autres. Mais malgr\u00e9 tout, il n\u2019y a pas d\u2019interaction entre eux. Chacun reste dans sa bulle, agit\u00e9, victime.<\/p>\n<p>Le chor\u00e9graphe japonais Hiroaki Umeda a cr\u00e9\u00e9 cette ann\u00e9e l\u2019\u0153uvre \u00abR\u00e9pulsion\u00bb. Il est responsable de tout ce qui se passe sur sc\u00e8ne : du son, de la lumi\u00e8re et de la chor\u00e9graphie bien s\u00fbr. Son ordinateur portable, semblable aux ordinateurs portables que nous poss\u00e9dons tous, contient toutes les donn\u00e9es dont il a besoin pour ses spectacles. Un petit \u00abclic\u00bb, l\u2019\u00e9tablissement d\u2019une connexion avec la technique et ses danseurs peuvent commencer.  C\u2019est probablement la raison pour laquelle tout ce que fait Umeda semble \u00eatre coul\u00e9 en un seul bloc.<\/p>\n<p>Dans sa chor\u00e9graphie \u00abHaptic\u00bb cr\u00e9\u00e9e en 2008, il est seul sur sc\u00e8ne. Sa performance et la prestation des trois break-danseurs montrent des similitudes, mais le langage du corps d\u2019Umeda est diff\u00e9rent. Ses mouvements s\u2019encha\u00eenent de fa\u00e7on plus fluide, plus harmonieuse les uns apr\u00e8s les autres. Le travail qu\u2019il montre \u00e0 son public est encore plus minimaliste que celui de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs mais tout de m\u00eame plein d\u2019\u00e9nergie : m\u00eame si chacun de ses muscles est en mouvement, il donne l\u2019impression d\u2019\u00eatre statique. Pendant de longues s\u00e9quences,  ses jambes sont mises \u00e0 rude \u00e9preuve: \u00e0 pas \u00e0 peine perceptibles il avance et recule. L\u2019espace n\u2019a aucune importance, la lumi\u00e8re en revanche joue un r\u00f4le primordial. Le rouge intense, le violet discret, tamis\u00e9, le vert ou le jaune : chacune des couleurs a sa propre fonctionnalit\u00e9. Elles s\u2019interrompent l\u00e0 o\u00f9 intervient un changement de plan dans l\u2019espace. <\/p>\n<p><div id=\"attachment_4312\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/Haptic2_7-credit_Shin_Y17D1.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-4312\" class=\"size-medium wp-image-4312\" title=\"Haptic2_7-credit_Shin_Y#17D\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/11\/Haptic2_7-credit_Shin_Y17D1.jpg?resize=300%2C199&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\"><\/a><p id=\"caption-attachment-4312\" class=\"wp-caption-text\">Hiroaki Umeda in Haptic (c) Chin_Y<\/p><\/div><br \/>\nHiroaki Umeda a cr\u00e9\u00e9 ses premi\u00e8res chor\u00e9graphies dans une des pi\u00e8ces de son appartement. Depuis, il est rest\u00e9 fid\u00e8le \u00e0 ce principe de \u00abl\u2019\u00e9conomie de l\u2019espace\u00bb. Il ne traverse pas la sc\u00e8ne, il ne court pas dans tous les sens, mais il concentre toute son attention sur lui-m\u00eame,<br \/>\nl\u00e0 o\u00f9 l\u2019action, que l\u2019on peut difficilement d\u00e9finir avec le terme \u00abdanse\u00bb, trouve son expression. Dans cette chor\u00e9graphie la danse semble \u00e9galement \u00eatre comme forc\u00e9e par l\u2019ext\u00e9rieur. Son moteur n\u2019est en aucun cas la joie de vivre. De nouveau, des associations avec le monde du travail m\u00e9canis\u00e9 s\u2019imposent. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement exacerb\u00e9 au Japon. <\/p>\n<p>M\u00eame si le danseur capte l\u2019attention du public uniquement avec des mouvements minimes,  l\u2019\u0153il du spectateur a fort \u00e0 faire : il est en permanence sollicit\u00e9 par des couleurs tr\u00e8s esth\u00e9tiques qui, au fur et \u00e0 mesure que le spectacle se d\u00e9roule, finissent par faire l\u2019effet d\u2019une drogue. Cette enveloppe optique qui emplit l\u2019espace dans sa totalit\u00e9 et le danseur apparemment statique se r\u00e9unissent pour former un v\u00e9ritable \u00abtableau vivant\u00bb.<\/p>\n<p>Le travail que l\u2019artiste montre ici fait plus que simplement coller \u00e0 notre \u00e9poque. Il essaie de faire interagir plusieurs cat\u00e9gories artistiques entre elles, d\u2019abolir leurs fronti\u00e8res. En agissant ainsi, il cr\u00e9e sa propre cat\u00e9gorie d\u2019art non d\u00e9finie jusqu\u2019ici. L\u2019esth\u00e9tique et les belles couleurs cr\u00e9ent leur propre espace. La joie du public qui attend impatiemment chaque changement de couleur pour se plonger \u00e0 nouveau dans ce cal\u00e9idoscope visuel, est immense. Il n\u2019y a que le corps de l\u2019homme qui bouge au rythme des sons \u00e9lectroniques qui permet de d\u00e9finir l\u2019action comme repr\u00e9sentation dans un th\u00e9\u00e2tre. Sans lui, ces espaces lumineux trouveraient leur place aussi bien dans n\u2019importe quelle galerie d\u2019art contemporain.<\/p>\n<p>Vers la fin du spectacle, le rythme et les mouvements s\u2019acc\u00e9l\u00e8rent et pendant les quelques instants de silence juste avant la fin, le public peut entendre jusqu\u2019au dernier rang la respiration lourde du danseur. Comme s\u2019il voulait dire en r\u00e9sum\u00e9: regardez ! La machine \u00e0 cr\u00e9er des illusions que je vous ai montr\u00e9e n\u2019est autre qu\u2019un \u00eatre humain.<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sc\u00e8ne est \u00e9clair\u00e9e de blanc. Trois hommes entrent en sc\u00e8ne. Ils se positionnent \u00e0 intervalles r\u00e9guliers les uns des autres, ensuite ils s\u2019immobilisent. Tout \u00e0 coup, les haut-parleurs diffusent des sons \u00e9lectroniques qui semblent mettre les trois hommes dans un \u00e9tat second. Ils commencent \u00e0 bouger. 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