{"id":54742,"date":"2010-09-27T00:19:26","date_gmt":"2010-09-26T22:19:26","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/love-and-other-demons\/54742\/"},"modified":"2010-09-27T00:19:26","modified_gmt":"2010-09-26T22:19:26","slug":"love-and-other-demons","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/love-and-other-demons\/54742\/","title":{"rendered":"Love and other demons"},"content":{"rendered":"<p><em>La premi\u00e8re fran\u00e7aise de l\u2019op\u00e9ra de Peter E\u00f6tv\u00f6s \u00e0 Strasbourg <\/em><\/p>\n<div id=\"attachment_3754\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/5-Love-and-Other-Demons-%C2%A9-Paul-Leclaire.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3754\" class=\"size-medium wp-image-3754\" title=\"IANA BASTIDAS GAMBOA Abrenuncio    JOHN HEUZENROEDER  CHOR DER OPER K\u00c3\u0096LN G\u00c3\u009cRZENICH ORCHESTER\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/5-Love-and-Other-Demons-%C2%A9-Paul-Leclaire.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\"><\/a><p id=\"caption-attachment-3754\" class=\"wp-caption-text\">Love and other demons de Peter E\u00f6tv\u00f6s (c) Paul Leclaire<\/p><\/div>\n<p>La chevelure rousse coule jusqu\u2019\u00e0 ses genoux. Son corps blanc est innocent mais en m\u00eame temps \u00e9mane de lui, tout au long de la pi\u00e8ce,  un grand pouvoir d\u2019attraction. Sierva Maria est une enfant \u00e0 l\u2019aube de sa vie de  femme. Tout en \u00e9tant humili\u00e9e au nom de dieu et d\u00e9pouill\u00e9e de son identit\u00e9, elle arrive \u00e0 garder son innocence, m\u00eame dans un couvent colombien du 18e si\u00e8cle, un endroit qui s\u2019\u2019av\u00e8re \u00eatre destructeur pour les \u00e2mes.<br \/>\nAux cot\u00e9s de Sierva Maria se trouve Peter Cayetano Delaura. Sa mission est d\u2019exorciser la jeune fille atteinte de la rage, suite \u00e0 une morsure. Bien que l\u2019amour qu\u2019il ressent pour elle l\u2019emporte, il ne peut lui \u00e9viter ce rituel cruel par lequel la pi\u00e8ce se termine.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Peter E\u00f6tv\u00f6s est bas\u00e9e sur un Roman de Gabriel Garcia M\u00e1rquez. Le livret concluant est sign\u00e9 Korn\u00e9l Hamvai. Mais une chose est quasiment certaine : aucun d\u2019entre eux, ni le compositeur, ni les auteurs auraient pu imaginer qu\u2019un jour, le contenu de leur \u0153uvre serait d\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante.<\/p>\n<p>Au moment de l\u2019\u00e9criture du roman, pendant les ann\u00e9es 90, les scandales de p\u00e9dophilie qui \u00e9branlent actuellement l\u2019\u00e9glise catholique \u00e9taient pass\u00e9s sous silence. On a abus\u00e9 de centaines d\u2019enfants, et m\u00eame si cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait au nom de dieu, l\u2019entourage s\u2019est rendu aussi coupable que celui de Sierva Maria. Dans \u00ab Love and other demons \u00bb comme si la pi\u00e8ce voulait faire un pied de nez \u00e0 la situation actuelle, l\u2019amour du pr\u00eatre pour sa jeune prot\u00e9g\u00e9e devient non seulement compr\u00e9hensible, mais il est en quelque sorte le seul acte louable.<\/p>\n<p>En plus de cette actualit\u00e9 qui est dans l\u2019air du temps, l\u2019op\u00e9ra comporte d\u2019autres combustibles sociaux. Qu\u2019est ce que l\u2019identit\u00e9 et qui \u00e0 le droit de l\u2019enlever \u00e0 quelqu\u2019un ? Y a-t-il une bonne ou une mauvaise origine ?  Jusqu\u2019o\u00f9 va-t-on pour contester les autorit\u00e9s quand on a conscience qu\u2019elles sont dans leur tort ?  Cette question se pose en rapport avec le docteur Abrenuncio qui sait que les jours de Sierva Maria sont compt\u00e9s. Il conseille au p\u00e8re d\u2019essayer d\u2019embellir autant que possible le reste de l\u2019existence de sa fille. Quand il prend conscience que le p\u00e8re, victime d\u2019une sorte de d\u00e9lire religieux pr\u00e9f\u00e8re confier sa fille plut\u00f4t au couvent, l\u2019esprit de contradiction du m\u00e9decin s\u2019\u00e9teint. Ainsi, il se rend coupable au m\u00eame titre que tous les protagonistes qui agissent activement contre Sierva Maria.<\/p>\n<p>La musique de Peter E\u00f6tv\u00f6s se lie intimement avec la parole chant\u00e9e. Elle n\u2019est jamais une fin en soi mais toujours au service de l\u2019explication ou des \u00e9motions avec lesquelles doivent se d\u00e9battre  les diff\u00e9rents caract\u00e8res. Par moment, cette interpr\u00e9tation limpide fait oublier qu\u2019un orchestre entier est assis dans la fosse.  De longs passages ont plut\u00f4t la qualit\u00e9 d\u2019un ensemble.<br \/>\nLa spontan\u00e9it\u00e9 de Sierva Maria est rafra\u00eechissante.  Elle  l\u2019exprime par de grands sauts vocaux et son propre langage corporel. Elle ne perd son insouciance et renonce \u00e0 ses sautillements juv\u00e9niles qu\u2019au moment o\u00f9 elle commence \u00e0 aimer. A cet instant, son langage musical change pour passer dans un autre registre. Subitement, sa voix est lyrique, comme si Delaura l\u2019avait inond\u00e9e d\u2019amour, comme s\u2019il l\u2019avait apprivois\u00e9e. A chaque fois que les moments tragiques dominent, le phras\u00e9 s\u2019intensifie et le volume augmente de fa\u00e7on dramatique. Au cours de la soir\u00e9e, chaque personnage re\u00e7oit non seulement son propre aria, mais aussi une sorte de couleur sp\u00e9cifique gr\u00e2ce \u00e0 laquelle il est parfaitement identifiable, m\u00eame sans suivre l\u2019action sur la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Pour cette premi\u00e8re, le compositeur en personne \u00e9tait au pupitre pour diriger l\u2019OPS, l\u2019Orchestre Philharmonique de Strasbourg.<br \/>\nL\u2019orchestre agissait comme s\u2019il entretenait une sorte de complicit\u00e9 avec la musique d\u2019E\u00f6tv\u00f6s et a faisait preuve une fois de plus de la flexibilit\u00e9 de son intelligence et de sa souplesse.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor de Helmut St\u00fcrmer, g\u00e9nialement simple et vari\u00e9, \u00e9tait renforc\u00e9 par des passages photographiques et filmiques qui permettaient de plonger les murs d\u00e9lit\u00e9s du palais ou ceux du couvent dans des jungles tropicales, dans des s\u00e9quences de r\u00eaves ou alors dans des encha\u00eenements de fonctions cellulaires. Avec ces films, Andu Dumitrescu r\u00e9ussit sans faire d\u2019effort particulier \u00e0 faire une incursion dans les beaux arts : Il est possible d\u2019interpr\u00e9ter la temp\u00eate de neige dans les tropiques, annonciatrice de la mort imminente de la jeune fille de fa\u00e7on aussi concluante que la s\u00e9quence de r\u00eaves, o\u00f9 la jeune femme nue vole dans les airs. Deux parmi plusieurs passages filmiques tr\u00e8s r\u00e9ussis, sont celui du chien enrag\u00e9 qui regarde le public avec de grands yeux ou alors celui o\u00f9 des papillons de couleur claire soulignent le d\u00e9sir de libert\u00e9 et l\u2019innocence de Sierva Maria.<\/p>\n<p>Le triumvirat de l\u2019horreur est form\u00e9 par Don Toribio, l\u2019\u00e9v\u00eaque de la ville, Josefa Miranda, l\u2019abbesse du couvent et Martina Laborde la meurtri\u00e8re qui y est retenue. C\u2019est leur fanatisme religieux lov\u00e9 dans une acceptation sociale g\u00e9n\u00e9rale qui est fatal \u00e0 la jeune Sierva Maria. Leur refoulement de tout ce qui attrait \u00e0 la sexualit\u00e9 se venge chez eux et chez toutes les nonnes pendant l\u2019acte d\u2019exorcisme auquel est soumise la jeune fille. Tous entrent dans des convulsions extatiques, personne ne contr\u00f4le plus rien.<br \/>\nA aucun moment Silviu Purcrete qui signe la mise en sc\u00e8ne ne se laisse emporter par un voyeurisme superficiel, m\u00eame dans le tableau tr\u00e8s fort, o\u00f9 l\u2019abbesse barbouille la chemise blanche de l\u2019enfant de sang. On \u00e9pargne l\u2019ostentation plate de blessures du corps et de l\u2019\u00e2me au public ; la souffrance est exprim\u00e9e par la musique et le texte. Ce n\u2019est pas contradictoire du tout. Au contraire : ces doses hom\u00e9opathiques influent beaucoup plus subtilement sur le ressenti \u00e9motionnel du public que ne le feraient des sc\u00e8nes de tortures et de d\u00e9ch\u00e9ance physique.<\/p>\n<p>La seule qui reste solidement ancr\u00e9e au sol, est Dominga Adviento, la belle-m\u00e8re  noire de Sierva Maria. Elle a transmis sa religion de la nature \u00e0 l\u2019enfant. Celle-ci, exprim\u00e9e au d\u00e9but par une danse merveilleuse de sa tribu,  r\u00e9conforte l\u2019\u00e2me de Sierva Maria pendant ses derniers instants de vie.<\/p>\n<p>Les costumes surr\u00e9alistes de Helmut St\u00fcrmer sont totalement convaincants et renforcent le rapport historique de l\u2019action au lieu et \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Un fait rarissime dans le monde de l\u2019op\u00e9ra : toutes les cantatrices et chanteurs sur la sc\u00e8ne \u00e9taient du m\u00eame niveau. Chaque voix \u00e9tait irr\u00e9prochable, chaque interpr\u00e9tation cr\u00e9dible et touchante. Allison Bell dans le r\u00f4le de Sierva Maria peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme une distribution de r\u00eave. Non seulement sa voix \u00e9tait un v\u00e9ritable d\u00e9lice, mais c\u2019\u00e9tait surtout son charisme juv\u00e9nile qui \u00e9tait irr\u00e9sistible dans ce r\u00f4le.<\/p>\n<p>Robert Brubaker qui a jou\u00e9 un Don Ygnacio, prisonnier du pass\u00e9, Miljenko Turk dans le r\u00f4le du Delaura amoureux, Andr\u00e9 Riemer comme Abrenuncio et Sorin Draniceanu dont la basse limpide se pr\u00eata si bien \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation du r\u00f4le de Don Toribio, en plus de leurs aptitudes vocales, ont tous montr\u00e9 un grand talent d\u2019acteur.<\/p>\n<p>Susan Bickley dans le r\u00f4le de l\u2019inflexible abbesse Josefa Miranda, Jovita Vaskeviciute dans celui de Dominga de Adviento qui, v\u00eatue d\u2019une grande crinoline blanche et un couvre-chef multicolore, montre d\u2019embl\u00e9e quelle genre d\u2019\u00e9cart\u00e8lement personnel trouvera sa continuit\u00e9 en la personne de sa belle-fille et finalement Laima Jonutyte dans le r\u00f4le de Martina Laborde, \u00e0 moiti\u00e9 folle, se trouvent comme une sorte de roche originelle des deux cot\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 : Contraires, mais n\u00e9anmoins personnellement solides.<\/p>\n<p>Une repr\u00e9sentation d\u2019op\u00e9ra \u00e0 Strasbourg dans le cadre du Festival Musica r\u00e9ussie \u00e0 tout point de vue ! A voir et \u00e0 entendre !<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La premi\u00e8re fran\u00e7aise de l\u2019op\u00e9ra de Peter E\u00f6tv\u00f6s \u00e0 Strasbourg La chevelure rousse coule jusqu\u2019\u00e0 ses genoux. Son corps blanc est innocent mais en m\u00eame temps \u00e9mane de lui, tout au long de la pi\u00e8ce, un grand pouvoir d\u2019attraction. Sierva Maria est une enfant \u00e0 l\u2019aube de sa vie de femme. 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