{"id":54727,"date":"2010-09-07T14:09:55","date_gmt":"2010-09-07T12:09:55","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/chaque-chef-dorchestre-porte-en-lui-son-propre-son\/54727\/"},"modified":"2010-09-07T14:09:55","modified_gmt":"2010-09-07T12:09:55","slug":"chaque-chef-dorchestre-porte-en-lui-son-propre-son","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/chaque-chef-dorchestre-porte-en-lui-son-propre-son\/54727\/","title":{"rendered":"Chaque chef d\u2019orchestre porte en lui son propre son"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_3681\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AlbrechtinStra%C3%9Fburg-011_kle-M.-Boeggreve.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-3681\" class=\"size-medium wp-image-3681\" title=\"AlbrechtinStra\u00dfburg-011_kle-M. Boeggreve\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/09\/AlbrechtinStra%C3%9Fburg-011_kle-M.-Boeggreve.jpg?resize=200%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"300\"><\/a><p id=\"caption-attachment-3681\" class=\"wp-caption-text\">le chef d\u00b4orchestre Marc Albrecht (c) M. Boeggreve<\/p><\/div>\n<p>Interview avec Marc Albrecht, le directeur artistique et chef d\u2019orchestre de l\u2019OPS<\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p><em>Monsieur Albrecht, avant la pause estivale, vous avez entrepris une tourn\u00e9e avec votre orchestre, l\u2019OPS, l\u2019Orchestre Philharmonique de Strasbourg, \u00a0qui vous a emmen\u00e9 entre autre \u00e0 Amsterdam. A partir de la saison 2011\/2012, vous prendrez vos fonctions \u00e0 Amsterdam. Avez-vous \u00e9mis le souhait de vous pr\u00e9senter dans cette ville avec votre orchestre actuel\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Une longue histoire, riche en traditions lie l\u2019OPS \u00e0 Amsterdam, et au fond, l\u00b4orchestre y \u00e9tait invit\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises, on pourrait m\u00eame dire r\u00e9guli\u00e8rement. Mais cette fois-ci pendant deux jours cons\u00e9cutifs, nous avons pr\u00e9sent\u00e9 deux programmes diff\u00e9rents. Et \u00e7a, c\u2019\u00e9tait une premi\u00e8re.<\/p>\n<p><em>Est-ce que vous consid\u00e9rez ces programmes comme une esp\u00e8ce de carte de visite que vous remettez d\u2019avance au public \u00e0 Amsterdam\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Nous avons \u00e9videmment d\u00e9termin\u00e9 ces programmes sciemment. Tous, except\u00e9 \u00abLe Sacre du Printemps\u00bb, ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Strasbourg pendant la derni\u00e8re saison. Ils sont en quelque sorte repr\u00e9sentatifs pour les diff\u00e9rents p\u00f4les de l\u2019orchestre lui-m\u00eame. Nous sommes venus avec une part fran\u00e7aise, sachant que le \u00abSacre\u00bb a subi \u00e9galement une grande influence fran\u00e7aise, la 2<sup>e<\/sup> Symphonie de Brahms \u00e9tant la part allemande. \u00abIb\u00e9rie\u00bb de Debussy qui comporte un \u00e9norme r\u00e9servoir en couleurs et raffinement et \u00abSh\u00e9h\u00e9razade\u00bb de Ravel furent un \u00abmust\u00bb absolu dans les bagages de l\u2019OPS en tourn\u00e9e. Ce sont donc d\u2019une certaine fa\u00e7on les morceaux \u00abcl\u00e9s\u00bb que l\u2019orchestre a jou\u00e9s en Hollande. La 2<sup>e<\/sup> Symphonie de Brahms \u00e9tait tr\u00e8s importante \u00e0 mes yeux, car elle repr\u00e9sentait le r\u00e9pertoire allemand que l\u2019orchestre joue traditionnellement depuis toujours.<\/p>\n<p><em>Dans votre d\u00e9dicace figurant dans le programme de la saison 2010\/2011, vous mentionnez que la programmation de la saison \u00e0 venir se situera encore une fois en dehors des sentiers battus. Cette particularit\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une caract\u00e9ristique de votre programmation des saisons pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 Strasbourg. Etait-ce une difficult\u00e9 pour vous \u00abd\u2019exiger\u00bb ces \u00abprogrammes particuliers\u00bb, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils repr\u00e9sentent toujours un certain risque vis-\u00e0-vis du public\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Non, pas du tout\u00a0! Depuis le d\u00e9but, j\u2019ai trouv\u00e9 ici un soutien formidable. Tout le monde s\u2019est montr\u00e9 positif et ouvert vis-\u00e0-vis des nouveaut\u00e9s. D\u00e8s le d\u00e9part, notre conception \u00e9tait plut\u00f4t os\u00e9e. D\u00e9j\u00e0 pendant la premi\u00e8re saison, nous avons jou\u00e9 des morceaux relativement peu connus. Il n\u2019y avait pas non plus \u00e0 l\u2019affiche de noms de solistes mondialement connus\u00a0! Et malgr\u00e9 cela, tout s\u2019est merveilleusement bien pass\u00e9. Au fil des ann\u00e9es, le public a pris l\u2019habitude et sait aujourd\u2019hui que ce que nous proposons est d\u2019une qualit\u00e9 exceptionnelle, m\u00eame s\u2019il n\u2019y a pas de \u00abHits\u00bb au programme. Le public est en pleine confiance. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, l\u2019OPS a acquis un bon \u00abstanding\u00bb et travaille beaucoup de morceaux avec une approche toute nouvelle et, par voie de cons\u00e9quence, avec une \u00e9nergie tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Je pense qu\u2019il est indispensable d\u2019apporter de l\u2019air frais.<\/p>\n<p><em>Vers la fin de la saison, vous allez faire vos adieux au public strasbourgeois avec une \u0153uvre monumentale, les \u00abGurrelieder\u00bb d\u2019Arnold Sch\u00f6nberg. L\u2019instrumentation de cette \u0153uvre passe pour \u00eatre la plus dense de toutes et exige \u00a0un orchestre \u00e9norme. Comment avez-vous pris cette d\u00e9cision, qui est certainement une sorte de prise de position sciemment voulue\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est juste. Cette \u0153uvre de Sch\u00f6nberg est effectivement une prise de position en pleine conscience. Si vous voulez, d\u2019une certaine fa\u00e7on, j\u2019avais \u00abcarte blanche\u00bb pour mon dernier concert. J\u2019ai choisi les \u00ab\u00a0Gurrelieder\u00a0\u00bb, parce que la \u00abr\u00e9animation\u00bb de la deuxi\u00e8me \u00e9cole de Vienne est un souhait cher \u00e0 mon c\u0153ur et me semble particuli\u00e8rement importante. Cette m\u00eame id\u00e9e a \u00e9galement initi\u00e9 mon travail ici \u00e0 Strasbourg. Exception faite du concert pour violon d\u2019Alban Berg, beaucoup d\u2019\u0153uvres ont \u00e9t\u00e9 mises aux oubliettes. De plus, les \u00abGurrelieder\u00bb n\u2019ont encore jamais \u00e9t\u00e9 jou\u00e9es par l\u2019OPS, ce qui correspond \u00e0 notre \u00abpolitique\u00bb qui est de programmer des \u0153uvres peu connues. Les Lieder exigent effectivement un orchestre gigantesque. Mais ce gigantesque corps sonore respire en toute l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, il flotte presque, ce qui rend cette composition si incroyable. Bien \u00e9videmment, le bruit qui en sort est monstrueux, mais c\u2019est litt\u00e9ralement \u00ababolir\u00bb les fronti\u00e8res de la musique. Le d\u00e9fi majeur consiste \u00e0 garder toutes ces finesses et \u00e0 rendre audible le cot\u00e9 tendre.<\/p>\n<p><em>Avec cette \u0153uvre vous travaillez avec un son \u00abplein\u00bb. Ce son \u00abplein\u00bb est justement la marque de fabrique de votre programmation. Puiser dans la profusion, la pl\u00e9nitude,\u00a0 pour employer un langage imag\u00e9, vous aimez \u00e7a\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est exact, mais tout orchestre poss\u00e8de un son \u00abplein\u00bb qui lui est propre. Tout chef d\u2019orchestre porte en lui son propre son, le m\u00eame pour chaque \u0153uvre. C\u2019est la combinaison ce tous ces \u00e9l\u00e9ments qui rend les choses finalement si int\u00e9ressantes. Ici \u00e0 Strasbourg, le son de l\u2019OPS est bien particulier pour de multiples raisons. D\u2019un cot\u00e9, c\u2019est ma direction allemande qui influe sur un orchestre fran\u00e7ais, qui lui joue souvent un programme austro-allemand. Cette combinaison est certainement unique et produit un son particulier. Le son occupe pour moi une place \u00e9quivalente \u00e0 celle de la structure de l\u2019\u0153uvre proprement dite. Carlos Kleiber ou Claudio Abbado n\u2019auraient pas non plus d\u00e9truit un pilier en faveur d\u2019un autre. Jamais\u00a0!<\/p>\n<p>Si je pense aux \u00abGurrelieder\u00bb, elles portent tr\u00e8s fort en elles le son viennois du romantisme tardif. Elles ne sont pas froides et on ne peut pas les d\u00e9finir uniquement par leur structure. De nos jours, on aime travailler avec un angle d\u2019approche qui va du haut vers le bas, si je puis dire, ce qui, dans le cas pr\u00e9sent, est \u00e0 mon avis une erreur. Mais analyser la structure tout en faisant ressortir l\u2019ensemble des finesses sonores afin que le son ne soit pas uniquement fort et intense, cela demande \u00e9videmment beaucoup de temps. Et cela est de plus en plus difficile, parce qu\u2019aujourd\u2019hui, il faut aller de plus en plus vite. Mais cela fonctionne parfaitement bien avec cet orchestre, parce que nous sommes rod\u00e9s, nous r\u00e9agissons mutuellement et nous nous comprenons. C\u2019est un travail tr\u00e8s particulier que celui, qui est fond\u00e9 sur une telle confiance, car il permet de construire quelque chose C\u2019est extr\u00eamement pr\u00e9cieux.<\/p>\n<p><em>Quelle part dans votre travail est occup\u00e9e parle nouveau r\u00e9pertoire que vous dirigez tous les ans\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Je pense qu\u2019elle est importante, car environ un tiers des \u0153uvres que je dirige chaque ann\u00e9e est une nouveaut\u00e9. N\u00e9anmoins je suis d\u2019avis que cela changera un jour. Bien entendu, je mets en place des priorit\u00e9s. Certaines \u0153uvres me sont plus proches que d\u2019autres, et si j\u2019ai le choix, je choisis. Je trouve que par exemple Sibelius ou Chostakovitch sont grandioses, mais ils ne font pas partie de mes pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s. Tout comme je ne me consid\u00e8re pas non plus comme un expert en musique russe. Une composition doit m\u2019\u00e9mouvoir pour que je puisse vraiment bien travailler. \u00ab\u00a0Art\u00a0\u00bb a un rapport avec \u00ab\u00a0devoir\u00a0\u00bb, et c\u2019est aussi le moteur pour accomplir quelque chose, qui permet de jouer pour le public. Je serais incapable de faire du bon travail avec une \u0153uvre dans laquelle je ne trouve pas ce moteur. Quant \u00e0 l\u2019OPS, je suis ravi que les chefs d\u2019orchestre que nous invitons puissent en quelque sorte r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre et l\u2019orchestre ne soit priv\u00e9 de rien. Ici, cela fonctionne depuis toujours tr\u00e8s bien. Je suis toujours tr\u00e8s curieux de travailler des nouveaut\u00e9s. Je vais diriger prochainement \u00abMusique d\u2019accompagnement pour une sc\u00e8ne de film\u00bb de Sch\u00f6nberg. Cette \u0153uvre est nouvelle pour moi. Mon champ d\u2019action principal est la \u00abdeuxi\u00e8me \u00e9cole de Vienne\u00bb. Et j\u2019ai tr\u00e8s envie de travailler le r\u00e9pertoire des grands impressionnistes fran\u00e7ais. Mais on ne peut pas tout faire. Arriv\u00e9 \u00e0 un certain \u00e2ge, G\u00fcnter Wand, l\u2019un des chefs d\u2019orchestre que j\u2019estimais \u00e9norm\u00e9ment s\u2019est compl\u00e8tement retir\u00e9 et s\u2019est consacr\u00e9 aux m\u00eames 10 ou 12 morceaux. Je trouve remarquable de chercher des r\u00e9ponses aux questions qui se posent gr\u00e2ce \u00e0 un travail intensif avec quelques rares morceaux. Quelque part, c\u2019est \u00e9galement mon objectif. \u00a0Pour le moment, je travaille encore \u00aben largeur\u00bb et je souhaite continuer pendant longtemps, mais pour ma retraite, je peux tr\u00e8s bien imaginer cela. Ce qui restera, ce sont certainement Bruckner et Beethoven. Pour le reste, j\u2019aviserai\u00a0!<\/p>\n<p><em>Vous vous \u00eates \u00e9galement fait conna\u00eetre gr\u00e2ce \u00e0 des interpr\u00e9tations d\u2019op\u00e9ra. Qu\u2019est-ce que vous pr\u00e9f\u00e9rez\u00a0? Pr\u00e9f\u00e9rez-vous travailler l\u2019op\u00e9ra ou des \u0153uvres symphoniques dans les salles de concert\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Tant les op\u00e9ras que les symphonies sont chers \u00e0 mon c\u0153ur. Je ne peux faire abstraction ni de l\u2019un, ni de l\u2019autre, car l\u2019un influe sur le travail de l\u2019autre. A l\u2019op\u00e9ra, la relation avec la sc\u00e8ne est beaucoup plus grande et l\u2019\u00e9change avec le metteur en sc\u00e8ne est de la plus grande importance pour moi. Mais le risque que l\u2019on prend avec l\u2019op\u00e9ra est incomparablement plus grand. D\u2019approcher l\u2019id\u00e9al dans ce domaine est encore plus difficile. Le prix \u00e0 payer est \u00e9norme\u00a0: Les op\u00e9ras s\u2019av\u00e8rent \u00eatre de v\u00e9ritables \u00abogres\u00bb\u00a0en terme de temps: ils exigent un investissement absolument \u00e9norme. Je me souviens tr\u00e8s bien\u00a0: Quand j\u2019ai travaill\u00e9 le \u00abSaint Fran\u00e7ois d\u2019Assise\u00bb de Messiaen, pendant des mois j\u2019ai consacr\u00e9 chaque minute de libre \u00e0 la partition, peu importe, si j\u2019\u00e9tais \u00e0 la maison ou dans l\u2019avion. Et il ne faut pas perdre de vue que la voix des chanteurs est fragile, pas toujours fiable et que parfois, ce n\u2019est pas la distribution id\u00e9ale qui se trouve sur la sc\u00e8ne. L\u2019op\u00e9ra est une sorte de jeu d\u2019\u00e9quipe qui fonctionne quand tout le monde participe, y compris les cantatrices et chanteurs. Dans la salle de concert, en revanche, le chef d\u2019orchestre est seul ma\u00eetre \u00e0 bord. Si on dirige une symphonie apr\u00e8s une production d\u2019op\u00e9ra, on a l\u2019impression que c\u2019est un luxe absolu! On a tout en main et on tend vers un r\u00e9sultat pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p><em>Comment vous d\u00e9cririez-vous comme chef d\u2019orchestre\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>C\u2019est difficile pour moi de r\u00e9pondre \u00e0 cette question. On dit de moi que j\u2019aurais le don de permettre \u00e0 l\u2019ou\u00efe de \u00abtraverser\u00bb les structures tr\u00e8s denses des \u0153uvres, qu\u2019il s\u2019agisse de Henze, Strauss ou des \u00ab\u00a0Gurrelieder\u00a0\u00bb. Plus \u00abj\u2019entends\u00bb les choses, m\u00eame encore avant de commencer les r\u00e9p\u00e9titions avec les musiciens, plus la transposition est \u00a0r\u00e9ussie et d\u2019autant meilleur le r\u00e9sultat. Pendant les r\u00e9p\u00e9titions je sais pr\u00e9cis\u00e9ment quelle sonorit\u00e9 je veux obtenir. Mais je ne suis plus du tout objectif \u00e0 ce moment-l\u00e0, il n\u2019y a \u00e9galement plus de marche arri\u00e8re: Pour moi, il n\u2019y a plus qu\u2019une version possible, c\u2019est celle-ci et aucune autre. Dans ce cas, je dois montrer une certaine \u00e9gocentricit\u00e9, car si cela pla\u00eet aux musiciens ou au public n\u2019a plus aucune importance.<\/p>\n<p><em>Si vous vouliez passer en revue les grands moments de votre s\u00e9jour ici \u00e0 Strasbourg, de quoi vous souviendrez-vous encore dans 30 ans\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>En tous les cas, de la ville elle-m\u00eame, qui a beaucoup de charme. Mais \u00e9galement d\u2019\u00e9v\u00e8nements artistiques importants pour moi, bien s\u00fbr. A la repr\u00e9sentation du \u00ab\u00a0Sacre du Printemps\u00a0\u00bb, qui \u00e9tait tr\u00e8s particuli\u00e8re pour moi. Je trouve magnifique que nous l\u2019ayons rejou\u00e9 pendant la tourn\u00e9e. Je pense \u00e9galement \u00e0 la \u00ab3<sup>e<\/sup> Symphonie\u00bb de Mahler et \u00e0 la 7<sup>e<\/sup> de Bruckner, ainsi qu\u2019\u00e0 Salom\u00e9, au tout d\u00e9but.\u00a0\u00ab\u00a0Fid\u00e9lio\u00a0\u00bb le seul op\u00e9ra que j\u2019ai dirig\u00e9 \u00e0 Strasbourg \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra du Rhin joue lui aussi un r\u00f4le particulier. C\u2019\u00e9tait un \u00e9v\u00e8nement exceptionnel que j\u2019ai beaucoup aim\u00e9 moi-m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p><em>Trouvez-vous regrettable qu\u2019aujourd\u2019hui il n\u2019y ait plus d\u2019engagements \u00e0 long terme qui lient les chefs d\u2019orchestre \u00e0 ce m\u00eame orchestre pendant plus de 10 ans\u00a0? <\/em><\/p>\n<p>Non, pas vraiment. Il y a toujours un revers de la m\u00e9daille. Bien s\u00fbr que c\u2019est bien quand on se conna\u00eet bien et quand tout est rod\u00e9. Mais au bout d\u2019un moment, on a aussi fait le tour de la question et on sature d\u2019une certaine fa\u00e7on. Vous avez fait tout ce qui vous tient \u00e0 c\u0153ur et c\u2019est l\u00e0 que commencent les r\u00e9p\u00e9titions. Mais des r\u00e9p\u00e9titions signifient une certaine routine et la routine est un ennemi mortel qui comporte des dangers. Apr\u00e8s dix ans, un orchestre \u00e0 besoin de renouveau. On a pu observer ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans la collaboration \u00e0 vie entre Karajan et les \u00ab\u00a0Berliner Philharmoniker\u00a0\u00bb, une collaboration qui n\u2019\u00e9tait pas vraiment exempte de probl\u00e8mes. Un tel lien est en m\u00eame temps une lourde charge.<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p><em>Cela signifie que l\u2019on ne peut pas comparer une telle collaboration \u00e0 un mariage\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Oui et non. Si on est mari\u00e9 depuis 10 ans tout en se voyant tous les jours, il peut arriver que l\u2019on soit amen\u00e9 \u00e0 faire une sorte de bilan au bout des dix ans pour se poser des questions\u00a0: Jusqu\u2019ici, nous avons emprunt\u00e9 tel et tel chemin, o\u00f9 voulons nous aller \u00e0 l\u2019avenir\u00a0? Dans le cas d\u2019un orchestre, un lien sur une telle p\u00e9riode n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour qu\u2019un projet aboutisse dans de bonnes conditions. Cela n\u2019a aucun rapport avec une \u00e9ventuelle adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019actuelle globalisation ou \u00e0 la Jet-Set. Il s\u2019agit plut\u00f4t d\u2019imaginer de nouveaux projets et de les red\u00e9finir \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p><em>Qu\u2019est-ce qui vous s\u00e9duit dans votre nouvelle mission \u00e0 Amsterdam, o\u00f9 vous allez assurer la direction de l\u2019orchestre philharmonique d\u2019Amsterdam, de l\u2019orchestre de chambre et de l\u2019op\u00e9ra n\u00e9erlandais\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est pour moi un \u00e9norme d\u00e9fi car l\u2019orchestre comporte les deux piliers musicaux. Le travail dans la fosse profitera \u00e0 la salle de concert et vice-versa. Je suis oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre sur place pendant 6 mois par an, ce qui est tr\u00e8s intense.<\/p>\n<p>A Amsterdam, on travaille l\u2019op\u00e9ra \u00e0 un tr\u00e8s haut niveau avec le \u00abStagione-principe\u00bb, tout comme ici \u00e0 Strasbourg, mais contrairement \u00e0 ce qui se fait en Allemagne.\u00a0 C\u2019est tr\u00e8s bien, car la 8<sup>e<\/sup> repr\u00e9sentation peut toujours \u00eatre merveilleuse, parfois meilleure que la premi\u00e8re. Il faut ajouter que nous allons jouer tous les concerts dans la grande et belle salle du \u00abConcertgebouw\u00bb, ce qui est un luxe absolu.<\/p>\n<p><em>Vous connaissez beaucoup d\u2019orchestres dans le monde entier et \u00e9galement les publics. Pouvez-vous constater des diff\u00e9rences\u00a0?<\/em><\/p>\n<p><em> <\/em><\/p>\n<p>Oui, il y a des diff\u00e9rences \u00e9normes. D\u2019une part, concernant les salles, d\u2019autre part concernant le public. La salle de concert est un instrument qui a une grande influence sur le son. Ici \u00e0 Strasbourg, on est confront\u00e9 \u00e0 une situation o\u00f9 le public est assis dans des fauteuils capitonn\u00e9s loin de l\u2019orchestre. L\u2019inconv\u00e9nient de cette salle c\u2019est que le son diminue apr\u00e8s les premiers rangs. Il y aura peut-\u00eatre une modification dans ce domaine \u00e0 l\u2019avenir. A Paris en revanche, le public est pratiquement \u00abcoll\u00e9\u00bb sur\u00a0vous et les ovations ne semblent jamais vouloir s\u2019arr\u00eater. Dans la \u00ab\u00a0Concertgebouw\u00a0\u00bb nous avons aussi affaire \u00e0 une salle o\u00f9 l\u2019on peut sentir le public, on peut m\u00eame entendre sa respiration. Mais les gens l\u00e0-bas sont compl\u00e8tement diff\u00e9rents, ils se l\u00e8vent, font des \u00abstanding ovations\u00bb br\u00e8ves mais intenses. Mais peu importe o\u00f9 l\u2019on dirige, c\u2019est toujours un \u00e9v\u00e8nement particulier quand on remarque que le public est acquis \u00e0 votre cause et suit le concert avec une grande intensit\u00e9. S\u2019il y a des toussotements impatients ou s\u2019il y a ce silence lourd de significations, cela fait une diff\u00e9rence \u00e9norme.<\/p>\n<p><em>Auriez-vous des souhaits qui devraient accompagner l\u2019OPS apr\u00e8s votre d\u00e9part\u00a0?<\/em><\/p>\n<p>Cet orchestre est cher \u00e0 mon c\u0153ur et il y a bien des choses que je souhaiterais pour l\u2019avenir\u00a0: ce serait merveilleux si le nouvel op\u00e9ra, dont on parle depuis si longtemps, \u00e9tait enfin construit. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas faisables dans les locaux actuels. Ce n\u2019est pas bien que l\u2019orchestre soit oblig\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter dans de petites salles avec une acoustique insuffisante. Cela devrait changer. Et il y a certaines mouvances qui ne sont pas bonnes pour l\u2019orchestre lui-m\u00eame\u00a0: Par exemple, pour des questions de restrictions budg\u00e9taires, il est question de r\u00e9duire le nombre de musiciens permanents et de faire appel \u00e0 des rempla\u00e7ants pour r\u00e9aliser les grands projets. Mais c\u2019est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec, car les rempla\u00e7ants sont loin d\u2019avoir le m\u00eame niveau. Si on devait en arriver l\u00e0, une perte de qualit\u00e9 serait tout de suite perceptible, et ceci non seulement pour les musiciens mais aussi pour le public, bien s\u00fbr. Il faut absolument s\u2019opposer de toutes ses forces \u00e0 ce genre de r\u00e9flexions!<\/p>\n<p>Il serait vraiment dommage et navrant que l\u2019OPS, l\u2019un des orchestres fran\u00e7ais les plus riches en traditions, ce v\u00e9ritable phare pour l\u2019Alsace, soit mis en \u00abveilleuse\u00bb.<\/p>\n<p><em>Je vous remercie vivement pour cet entretien\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview avec Marc Albrecht, le directeur artistique et chef d\u2019orchestre de l\u2019OPS Monsieur Albrecht, avant la pause estivale, vous avez entrepris une tourn\u00e9e avec votre orchestre, l\u2019OPS, l\u2019Orchestre Philharmonique de Strasbourg, \u00a0qui vous a emmen\u00e9 entre autre \u00e0 Amsterdam. A partir de la saison 2011\/2012, vous prendrez vos fonctions \u00e0 Amsterdam. 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