{"id":54599,"date":"2010-04-25T23:39:38","date_gmt":"2010-04-25T21:39:38","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/woyzeck-et-apres-je-me-jette-par-la-fenetre\/54599\/"},"modified":"2010-04-25T23:39:38","modified_gmt":"2010-04-25T21:39:38","slug":"woyzeck-et-apres-je-me-jette-par-la-fenetre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/woyzeck-et-apres-je-me-jette-par-la-fenetre\/54599\/","title":{"rendered":"Woyzeck &#8211; et apr\u00e8s je me jette par la fen\u00eatre !"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_2988\" style=\"width: 650px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Woyzeck_09-2.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2988\" class=\"size-full wp-image-2988\" title=\"Woyzeck_09 (2)\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/04\/Woyzeck_09-2.jpg?resize=640%2C428&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"640\" height=\"428\"><\/a><p id=\"caption-attachment-2988\" class=\"wp-caption-text\">Woyzeck, metteur en scene: David B\u00f6sch (c) Thomas Aurin<\/p><\/div><br \/>\nV\u00eatu d&rsquo;un costume qui pourrait \u00eatre un m\u00e9lange entre une tenue d\u2019astronaute, un look de momie et un mannequin de vitrine empaquet\u00e9 dans des loupiotes, maquillage androgyne, le crieur du march\u00e9 (Martin Vischer) entre en sc\u00e8ne. Dans son \u00e9pilogue, comme dans son chant \u00e0 la fin du spectacle, il met en \u00e9vidence que dans chaque \u00eatre humain il y a un cot\u00e9 animal.<br \/>\nPendant et encore apr\u00e8s la repr\u00e9sentation, tout semble dict\u00e9 par cette pr\u00e9disposition pessimiste et sans issue, si\u2026 s\u2019il n\u2019y avait pas Woyzeck, Marie, le Major de Tambour, Andres etc. etc. etc.<\/p>\n<p>En 1836, Georg B\u00fcchner, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s jeune, a \u00e9crit une \u0153uvre de la qualit\u00e9 d\u2019un drame  grecque. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison  qu\u2019elle restera \u00e0 tout jamais, pout tous les temps \u00ab th\u00e9\u00e2traux \u00bb quel qu\u2019en soit le contexte contemporain, jouable et interpr\u00e9table.<br \/>\nLe Maillon a repris la mise en sc\u00e8ne de David B\u00f6sch. Cr\u00e9\u00e9e en 2007 pour le th\u00e9\u00e2tre d\u2019Essen par LA vedette parmi les metteurs en sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cette \u0153uvre a connu un succ\u00e8s consid\u00e9rable.  Cette vie mis\u00e9rable, subie et sans espoir qui finit par faire de Woyzeck, un jeune homme aux cheveux longs, d\u2019un certain embonpoint, les yeux maquill\u00e9s de noir, interpr\u00e9t\u00e9 par Sierk Radzei,  un assassin. Rien de tout cela n\u2019est impensable de nos jours: Une simple promenade \u00e0 travers nos villes, gardant les yeux bien ouverts, confirme la proximit\u00e9 de la pi\u00e8ce avec la r\u00e9alit\u00e9. Etre abus\u00e9, escroqu\u00e9, devenir assassin et rester malgr\u00e9 tout \u00ab aimable \u00bb &#8211; au sens propre du terme \u2013 cette combinaison, en revanche, existe uniquement dans un contexte th\u00e9\u00e2tral.<\/p>\n<p>Tout au d\u00e9but de la pi\u00e8ce, le m\u00e9decin (Roland Riebeling) est en train de faire des exp\u00e9riences sur Woyzeck. Il lui a mis un casque sur la t\u00eate, d\u2019o\u00f9 partent quatre c\u00e2bles mis sous tension. B\u00f6sch nous montre l\u00e0 un tableau, rattrap\u00e9 par l\u2019actualit\u00e9 des exp\u00e9riences perverses faites avec des hommes il y a quelques semaines seulement. La \u00ab r\u00e9\u00e9dition \u00bb factice de l\u2019exp\u00e9rience \u00ab Milgram \u00bb o\u00f9 les participants ont agi bien plus brutalement encore que certains protagonistes d\u2019\u00e9v\u00e8nements odieux survenus il y a plus de 60 ans, rattrape de fa\u00e7on impitoyable  l\u2019action sur la sc\u00e8ne. Cette r\u00e9alit\u00e9 montre encore plus clairement que l\u2019interpr\u00e9tation th\u00e9\u00e2trale, ce qu\u2019il en est r\u00e9ellement du progr\u00e8s intellectuel de l\u2019humanit\u00e9. Cette partie rajout\u00e9e n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 montr\u00e9e en Allemagne. Elle confirme \u00e0 quel point le \u00abWoyzeck \u00bb de David B\u00f6sch a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour coller \u00e0 l\u2019actualit\u00e9. Woyzeck, le tendre, qui a trouv\u00e9 en Marie (Nadja Romin\u00e9) l\u2019amour de sa vie et son bonheur, supporte pour elle et son nourrisson des choses qui rel\u00e8vent du surhumain. Mais quand il se sait tromp\u00e9, il perd la raison et plonge dans ce qu\u2019il y a d\u2019animal en lui. Et malgr\u00e9 tout, nous avons piti\u00e9 de cet homme.<\/p>\n<p>Le Major de Tambour (Nicola Mastroberardino) qui cause la perte de Marie, mue dans la mise en sc\u00e8ne de David B\u00f6sch en un \u00eatre chauve, bottes d\u2019aviateur aux pieds, maquillage gris-cendre, soumis \u00e0 ses pulsions dues \u00e0 la testost\u00e9rone et qui se plairait mal\u00e9fique.<br \/>\nL\u2019amour de Marie le transforme n\u00e9anmoins en une sorte de pantin amoureux qui va jusqu\u2019\u00e0 essayer de calmer l\u2019enfant dans sa poussette \u00e0 l\u2019aide d\u2019une petite peluche. Dans ce personnage aussi, le blanc bascule sans crier gare dans le noir et se m\u00e9lange pour devenir gris \u2013 ce gris qui domine notre quotidien.<\/p>\n<p>Le capitaine \u00ab subit \u00bb \u00e9galement une interpr\u00e9tation d\u2019un esprit tout ce qu\u2019il y a de plus contemporain. La t\u00e2che de Woyzeck qui est \u00e0 son service ne consiste ni \u00e0 astiquer les bottes de celui-ci ou encore \u00e0 lui tailler la barbe. Il est plut\u00f4t \u00ab condamn\u00e9 \u00bb \u00e0 vider la poche d\u2019urine du capitaine (Holger Kunkel) en chaise roulante et pratiquement d\u00e9j\u00e0 mort et \u00e0 lui redonner en permanence une petite balle en caoutchouc \u00e0 presser pour l\u2019occuper. Mais quand le vieil homme a l\u2019intention de tirer sur le fils de son serviteur, Woyzeck lui vide le sceau plein d\u2019urine sur la t\u00eate. Le vieillard sans d\u00e9fense sait pourquoi Woyzeck le fait, comme Marie, que la passion qu\u2019elle voue au Major de Tambour est condamnable. Malgr\u00e9 cela elle c\u00e8de \u00e0 ses sentiments et aide son amant, avec son groupe de Punks \u00e0 la tra\u00eene, \u00e0 atteindre un orgasme. Il n\u2019atteint cet  orgasme qu\u2019apr\u00e8s une longue et intensive manipulation de son p\u00e9nis par Marie et s\u2019enfuit en pleurant tout de suite apr\u00e8s. Il a pris conscience que sa vie sentimentale s\u2019est r\u00e9duite comme une peau de chagrin et qu\u2019il doit pratiquement se faire violence pour obtenir ne serait-ce qu\u2019une toute petite part de satisfaction.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor en forme de bunker renferme la totalit\u00e9 de l\u2019action. A l\u2019int\u00e9rieur de ces quatre murs gris et lisses qui ne permettent en aucun cas de se sentir chez soi et qui r\u00e9pandent plut\u00f4t une ambiance annon\u00e7ant la fin des temps, on prend conscience, que l\u2019homme est prisonnier de son temps, de ses pens\u00e9es, de ses actions et de ses manquements. Seulement la d\u00e9coupe ronde qui permet d\u2019apercevoir un coin de ciel \u00e9toil\u00e9 ou alors les l\u00e9gers tourbillons de neige qui tombent sur la sc\u00e8ne font na\u00eetre une \u00e9tincelle d\u2019espoir et une amorce d\u2019un sentiment de libert\u00e9. Sc\u00e8ne apr\u00e8s sc\u00e8ne, l\u2019ambiance s\u2019alourdit dans cet espace qui semble r\u00e9tr\u00e9cir, pour finir \u00e0 son paroxysme sanguinolent avec le meurtre de Marie, commis par Woyzeck. Quand il la soul\u00e8ve, sans vie, pour regarder avec elle l\u2019enfant et le ciel, il est \u00e9vident, qu\u2019il n\u2019a aucune id\u00e9e de l\u2019acte qu\u2019il vient de commettre. N\u2019importe quel juge le condamnerait pour homicide involontaire et non pas pour meurtre. De cette fa\u00e7on, il enl\u00e8verait une partie de la culpabilit\u00e9 de Woyzeck. Mais une question reste pos\u00e9e : Cette partie de culpabilit\u00e9 \u2013 l\u2019imputer \u00e0 qui ?<\/p>\n<p>B\u00f6sch fait para\u00eetre Andres (Raiko K\u00fcster) comme clochard, poussant un caddie. Il annonce des choses simples avec une profondeur philosophique telle qu\u2019elle reste inexplor\u00e9e. Il se pose des questions concernant l\u2019\u00e9ternel, le temps et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 et des questions qui exigent une r\u00e9ponse impossible: quelle d\u00e9cision prendre entre le oui et le non, et qu\u2019y a-t-il entre les deux ? Mais c\u2019est justement son personnage, qui semble si loin de la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 qui semble peser le poids de la vie le plus lourd, un poids qui l\u2019\u00e9meut aux larmes. Il accompagne Woyzeck du d\u00e9but \u00e0 la fin et essaie m\u00eame une fois de r\u00e9veiller l\u2019 \u00ab Homo ludens \u00bb en lui, celui qui se d\u00e9finit comme quelqu\u2019un qui joue pour ainsi r\u00e9ussir \u00e0 supporter plus facilement son destin. Mais Woyzeck ne partage ce jeu avec Andres que le temps d\u2019attraper la balle \u00e0 trois reprises. Apr\u00e8s cela, il se d\u00e9tourne pour continuer \u00e0 pr\u00e9parer sa funeste besogne.<\/p>\n<p>Les personnages lyriques de la grand-m\u00e8re (Jutta Wachowiak) et de K\u00e4the (Sarah Viktoria Frick) sont tous deux en dehors de ce qui fait avancer l\u2019action. L\u2019apparition de la grand-m\u00e8re mis\u00e9reuse, racontant l\u2019histoire de l\u2019enfant abandonn\u00e9 qui doit errer entre ciel et terre, est touchante.  K\u00e4the, un ange agissant ni dans le ciel, ni sur la terre, encourage d\u2019une certaine fa\u00e7on Woyzeck de passer \u00e0 l\u2019acte, pour ensuite, sans aucune \u00e9motion, le mettre devant ses responsabilit\u00e9s. C\u2019est une sorte d\u2019exploration des profondeurs abyssales de la psychologie humaine, qui va jusqu\u2019\u00e0 se glisser dans l\u2019inconscient de Woyzeck.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 son esprit et son langage contemporains, cette mise en sc\u00e8ne colle \u00e0 un tel point au pessimisme de base exprim\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de B\u00fcchner, que le d\u00e9sespoir qui en r\u00e9sulte d\u00e9borde sur le public ne laissant aucune \u00e9chappatoire. Il n\u2019y a que deux strat\u00e9gies possibles pour trouver une porte de sortie :<br \/>\nPremi\u00e8rement : aller voir Woyzeck de David B\u00f6sch et se jeter par la fen\u00eatre!<br \/>\nDeuxi\u00e8mement, et c\u2019est la possibilit\u00e9 pour laquelle je recommande d\u2019opter : Aller voir Woyzeck de David B\u00f6sch pour prendre une partie de sa fragilit\u00e9 pour soi-m\u00eame dans l\u2019espoir d\u2019all\u00e9ger la culpabilit\u00e9 que nous portons tous en nous \u2013 m\u00eame sans avoir tu\u00e9 qui que ce soit !<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>V\u00eatu d&rsquo;un costume qui pourrait \u00eatre un m\u00e9lange entre une tenue d\u2019astronaute, un look de momie et un mannequin de vitrine empaquet\u00e9 dans des loupiotes, maquillage androgyne, le crieur du march\u00e9 (Martin Vischer) entre en sc\u00e8ne. 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