{"id":54530,"date":"2010-03-15T19:52:15","date_gmt":"2010-03-15T18:52:15","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/un-bain-de-jouissance-dans-ladepression\/54530\/"},"modified":"2010-03-15T19:52:15","modified_gmt":"2010-03-15T18:52:15","slug":"un-bain-de-jouissance-dans-ladepression","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/un-bain-de-jouissance-dans-ladepression\/54530\/","title":{"rendered":"Un bain de \u00abjouissance\u00bb dans la\u2026d\u00e9pression!"},"content":{"rendered":"<p><div id=\"attachment_2364\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/Tokarev-Nikolai_05%40Uwe-Arens_2009-021.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-2364\" class=\"size-medium wp-image-2364\" title=\"Tokarev Nikolai_05@Uwe Arens_2009 02\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/03\/Tokarev-Nikolai_05%40Uwe-Arens_2009-021.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\"><\/a><p id=\"caption-attachment-2364\" class=\"wp-caption-text\">Nikolai Tokarev (c) Uwe Arens<\/p><\/div><br \/>\nLes concerts de l\u2019OPS, de l\u2019Orchestre Philharmonique de Strasbourg offrent \u00e0 son public non seulement la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir des morceaux rares du r\u00e9pertoire pour orchestre, mais ils  lui pr\u00e9sentent aussi un concentr\u00e9 de jeunes pianistes. Apr\u00e8s Andreas Haefliger et Evgeny Kissin, le concert du 10 mars dernier \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 au jeune Nikola\u00ef Tokarev. Fin mars on pourra entendre le chinois Yundi Li et en avril on d\u00e9couvrira Simon Tropceski, n\u00e9 en Mac\u00e9doine.  Une occasion unique pour le public strasbourgeois de comparer tous ces jeunes talents dont les carri\u00e8res respectives d\u00e9marrent en trombe.<\/p>\n<p>Le 10 mars, Marc Albrecht, le directeur artistique de l\u2019OPS a tenu la baguette en personne. Avec la Suite opus 11, la musique de sc\u00e8ne \u00e9crite pour \u00ab Beaucoup de bruit pour rien \u00bb de Shakespeare, compos\u00e9e par l\u2019autrichien Erich Wolfgang Korngold, Albrecht a fait en sorte que les oreilles du public s\u2019ouvrent en grand. Cette belle \u0153uvre que l\u2019on a rarement l\u2019occasion d\u2019entendre, juxtapose en 5 petits mouvements une belle musique sc\u00e9nique, tr\u00e8s narrative et riche en images. L\u2019interpr\u00e9tation se contente d\u2019un petit orchestre de salon. Dans les ann\u00e9es 30, Erich Wolfgang Korngold a compos\u00e9 des musiques de film pour les grands studios hollywoodiens. Mais auparavant, il s\u2019\u00e9tait fait remarquer \u00e0 Vienne avec des \u0153uvres plus importantes, comme son op\u00e9ra \u00ab La ville morte \u00bb par exemple. Ensuite, au cours du si\u00e8cle dernier, Korngold \u00e9tait pratiquement tomb\u00e9 dans oubli. Ayant pris la nationalit\u00e9 am\u00e9ricaine, apr\u00e8s la fin de la 2e guerre mondiale, \u00e0 son retour en Autriche, il a du faire face \u00e0 un certain nombre de pr\u00e9jug\u00e9s. A cette \u00e9poque, un compositeur qui ne travaillait pas selon la technique atonale, alors tr\u00e8s en vogue, n\u2019\u00e9tait tout simplement pas cr\u00e9dible. Mais depuis quelques ann\u00e9es on observe une sorte de r\u00e9surrection de Korngold, et \u00e0 juste titre !<\/p>\n<p>En portant son choix sur la \u00ab Suite \u00bb et la seule symphonie \u00e9crite par le compositeur, Marc Albrecht a r\u00e9ussi \u00e0 donner un aper\u00e7u resserr\u00e9 des cr\u00e9ations d\u2019un spectre pourtant tr\u00e8s large de ce compositeur int\u00e9ressant.<br \/>\nCette m\u00e9lodie douce et magnifique du d\u00e9but mue en une musique sautillante et ber\u00e7ante, port\u00e9e par les instruments \u00e0 cordes. Elle illustre parfaitement l\u2019intention de Korngold de concevoir sa musique dans le but de souligner l\u2019action qui se d\u00e9roule sur la sc\u00e8ne. Les sons viennois des instruments \u00e0 cordes en mesures \u00e0 quatre-quatre ont donn\u00e9 encore une fois la possibilit\u00e9 au premier violoncelliste Alexander Somov de montrer son savoir-faire. Le son doux de son violoncelle et son intense vibrato traduisaient \u00e0 merveille les \u00e9mois de la jeune mari\u00e9e dans la chambre nuptiale. Au cours du dernier mouvement,  Somov faisait chanter son violoncelle encore une fois pour porter l\u2019amour de B\u00e9atrice et B\u00e9n\u00e9dict dans la grande salle. On pouvait entendre tr\u00e8s distinctement les parall\u00e8les avec \u00ab Somewhere \u00bb dans  \u00ab West-Side-Story \u00bb, l\u2019\u0153uvre de Leonard Bernstein. Les influences musicales am\u00e9ricaines devenaient, du coup, \u00e9videntes. La fin du premier mouvement avec son intonation tr\u00e8s pointue, faisant \u00ab foncer \u00bb tous les instruments, et tout particuli\u00e8rement les cors, pour ensuite s\u2019effondrer en quelques mesures tr\u00e8s lentes a carr\u00e9ment r\u00e9colt\u00e9 un \u00e9clat de rire avec sa \u00ab convulsion \u00bb de la toute derni\u00e8re mesure. Une belle interpr\u00e9tation de l\u2019OPS, encore une fois merveilleusement bien analys\u00e9e et dirig\u00e9e par Marc Albrecht.<\/p>\n<p>La jeune star montante moscovite, Nikolai Tokarev, qui bat tous les records d\u2019audience parmi les jeunes gens au Japon, a os\u00e9 s\u2019approcher du concerto pour piano et orchestre n\u00b0 1 de Sergei Rachmaninoff. C\u2019\u00e9tait une temp\u00eate, mart\u00e8lement, une chasse infernale et une telle sauvagerie qu\u2019on ne savait plus o\u00f9 on en \u00e9tait. Ce morceau n\u2019est pas seulement d\u2019une tr\u00e8s grande exigence technique pour un pianiste, il cache aussi d\u2019autres obstacles. Au premier mouvement, le soliste est oblig\u00e9 de lutter contre appareil sonore tr\u00e8s annot\u00e9 ? de tout l\u2019orchestre pour ne pas sombrer. Dans son solo, n\u00e9anmoins, Tokarev a remplac\u00e9 imm\u00e9diatement l\u2019ensemble de l\u2019orchestre \u00e0 lui tout seul. Gr\u00e2ce au volume impressionnant de son piano, appuy\u00e9 par les nombreux accords, c\u2019\u00e9tait comme s\u2019il jouait avec 20 doigts. Pendant le deuxi\u00e8me mouvement bien que moins exigeant d\u2019un point de vue rapidit\u00e9, il n\u2019y a gu\u00e8re de repos pour le pianiste, car sa partie est vraiment pr\u00e9dominante. La fin du mouvement, o\u00f9 le son des autres instruments r\u00e9sonne encore pendant tr\u00e8s longtemps, est magique. Pendant le troisi\u00e8me mouvement, tr\u00e8s m\u00e9lancolique, l\u2019orchestre soutient le piano davantage. Tokarev ma\u00eetrise les nombreux passages qui exigent une grande virtuosit\u00e9, sans probl\u00e8me, sans m\u00eame donner l\u2019impression qu\u2019il est en train de jouer l\u2019un des morceaux les plus difficiles pour piano qui existent. Son bis de Chopin, un nocturne op. post., opposait en plus une grande sensibilit\u00e9 \u00e0 sa fulminante technique qu\u2019on n\u2019attendait pas vraiment. Le nocturne en do mineur, publi\u00e9 apr\u00e8s la mort du ma\u00eetre, \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 faire une sorte de contrepoids pour r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre par rapport aux prouesses techniques folles de l\u2019\u0153uvre de Rachmaninoff. Cette \u0153uvre est devenue vraiment c\u00e9l\u00e8bre gr\u00e2ce au film de Polanski \u00ab Le pianiste \u00bb, la version cin\u00e9matographique de l\u2019autobiographie \u00ab Ma vie merveilleuse \u00bb de Wladyslaw Szpilmann, qui a surv\u00e9cu aux horreurs des camps. On est en droit de se poser la question, comment Tokarev interpr\u00e9tera cette \u0153uvre dans 10 ou 20 ans, quand il aura acquis sa propre exp\u00e9rience de la vie qui trouvera alors des r\u00e9sonnances dans son jeu.<\/p>\n<p>Pour clore cette soir\u00e9e, Marc Albrecht avait choisi, comme indiqu\u00e9 au d\u00e9but, l\u2019unique symphonie de Korngold. Une \u0153uvre tr\u00e8s complexe et m\u00e9lancolique en quatre mouvements qui dure presque une heure. Ce morceau avec ses superbes m\u00e9lodies privil\u00e9gie certains groupes d\u2019instruments, leur donnant une belle occasion de s\u2019exprimer. C\u2019est le cas notamment des fl\u00fbtistes, men\u00e9s par Sandrine Fran\u00e7ois qui a d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises son savoir-faire, sa musicalit\u00e9 et la solidit\u00e9 de ses nerfs au cours de cette saison. Mais aussi les premiers violons, les altistes et les violoncellistes pouvaient s\u2019exprimer pleinement. Marc Albrecht a dirig\u00e9 cette \u0153uvre avec un soutien transparent et un enthousiasme \u00e9vident. Ce que l\u2019on ressent pour d\u00e9crire l\u2019ambiance qui r\u00e8gne tout au long de cette symphonie de Korngold  pourrait ressembler\u2026.. \u00e0 se baigner, voir patauger jusqu\u2019au cou dans la\u2026. d\u00e9pression !  Les passages temp\u00e9tueux et furieux de l\u2019\u0153uvre n\u2019ont rien \u00e0 envier \u00e0 Rachmaninoff \u00e0 qui elle a succ\u00e9d\u00e9. Les sombres boucles sans fin qui tournent sans cesse autour de leur propre axe laissent, juste avant que l\u2019on ne se noie dans la m\u00e9lancolie, entrevoir une lueur d\u2019espoir. Le compositeur ne fait r\u00e9gner une ambiance un peu plus l\u00e9g\u00e8re et dansante qu\u2019au dernier mouvement, bien que celui-ci rappelle en son milieu encore une fois toutes les profondeurs m\u00e9lancoliques des mouvements pr\u00e9c\u00e9dents. Korngold \u00e9tait tout \u00e0 fait capable d\u2019instrumentaliser l\u2019ensemble des  techniques modernes pour instruments \u00e0 cordes. Le passage dans le dernier mouvement o\u00f9 les cordes sont respectivement jou\u00e9es, pinc\u00e9es et martel\u00e9es l\u2019illustre merveilleusement bien. En alternant ces techniques tr\u00e8s rapidement, un nombre incroyable  de sons sortent des instruments. La fin de la symphonie est fulminante et fait parfois penser \u00e0 Strauss.<\/p>\n<p>Les solistes de l\u2019OPS se sont illustr\u00e9s une fois de plus, et l\u2019ensemble de l\u2019orchestre a brill\u00e9 dans les parties orchestrales qui exigent une grande sensibilit\u00e9 de la part des musiciennes et musiciens.<br \/>\nA titre d\u2019information pour tous ceux \u00e0 qui nous avons donn\u00e9 envie d\u2019\u00e9couter ces deux \u0153uvres de Korngold: Ces prochains jours, Marc Albrecht va enregistrer la Suite et la symphonie avec l\u2019OPS. Par la suite, vous pourrez trouver ce CD sous le label \u00ab Penta Tone Classics \u00bb.<\/p>\n<p>Avec ce choix, le chef d\u2019orchestre n\u2019a pas seulement propos\u00e9 une interpr\u00e9tation qui allait tout droit au c\u0153ur et aux oreilles. Il a su d\u00e9montrer aussi \u00e0 quel point certains passages des trois \u0153uvres sont comparables. Les passages lyriques de la Suite tout comme ceux, temp\u00e9tueux, de la Symphonie, \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents de fa\u00e7on \u00ab compact\u00e9e \u00bb chez Rachmaninoff et continuent encore \u00e0 exercer leur influence un demi-si\u00e8cle plus tard ! Cette comparaison fera peut-\u00eatre changer d\u2019avis \u00e0 tous ceux qui, jusqu\u2019ici, ont sous-estim\u00e9 Korngold.<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les concerts de l\u2019OPS, de l\u2019Orchestre Philharmonique de Strasbourg offrent \u00e0 son public non seulement la possibilit\u00e9 de d\u00e9couvrir des morceaux rares du r\u00e9pertoire pour orchestre, mais ils lui pr\u00e9sentent aussi un concentr\u00e9 de jeunes pianistes. Apr\u00e8s Andreas Haefliger et Evgeny Kissin, le concert du 10 mars dernier \u00e9tait d\u00e9di\u00e9 au jeune Nikola\u00ef Tokarev. 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