{"id":54389,"date":"2009-12-15T14:14:27","date_gmt":"2009-12-15T13:14:27","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/ashes-les-ballets-c-de-la-b\/54389\/"},"modified":"2009-12-15T14:14:27","modified_gmt":"2009-12-15T13:14:27","slug":"ashes-les-ballets-c-de-la-b","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/ashes-les-ballets-c-de-la-b\/54389\/","title":{"rendered":"Ashes \u2013 Les Ballets C DE LA B"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1538\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ashes1.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1538\" class=\"size-medium wp-image-1538\" title=\"ashes1\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ashes1.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"Ashes (Photo: Chris Van der Burght)\" width=\"300\" height=\"200\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1538\" class=\"wp-caption-text\">Ashes (Photo: Chris Van der Burght)<\/p><\/div>\n<p>Le titre n\u2019est pas trompeur. Le point de d\u00e9part pour le travail actuel du chor\u00e9graphe belge Koen Augustijnen est une couche de cendres. Le th\u00e8me principal d\u2019Ashes ce sont les cendres qui se sont d\u00e9pos\u00e9es sur les maisons et villages apr\u00e8s l\u2019\u00e9ruption du volcan Pinatubo aux Philippines. Pour Augustijnen, les cendres qui coulent entre les doigts sont le symbole de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re, de tout ce que l\u2019on ne peut retenir. Sa derni\u00e8re cr\u00e9ation, pr\u00e9sent\u00e9e par \u00ab les ballets C de la B \u00bb au Maillon de Strasbourg tourne autour des sentiments et des relations humaines qui apr\u00e8s diff\u00e9rents drames doivent se reconstruire et se former \u00e0 nouveau.<\/p>\n<p>On pourrait d\u00e9finir cette repr\u00e9sentation comme \u00ab th\u00e9\u00e2tre de danse \u00bb. Cela donne une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. Mais au fond, il ne s\u2019agit pas que de danse. C\u2019est une performance qui va bien au-del\u00e0. C\u2019est un tissage de musique et de nombreux \u00e9l\u00e9ments qu\u2019on peut consid\u00e9rer comme \u00e9tant acrobatique. Une chor\u00e9graphie probante en est la trame qui relie le tout.<\/p>\n<p>Les gens sur la sc\u00e8ne s\u2019effondrent apr\u00e8s une forte d\u00e9tonation. A l\u2019exception d\u2019une personne, tous restent \u00e9tendus au sol sans bouger et ne se r\u00e9animent qu\u2019apr\u00e8s quelques minutes. Mais ils sont tous plus ou moins atteints et ont des s\u00e9quelles. Personne n\u2019est indemne. Des soubresauts convulsifs, des mouvements rapides, comparables \u00e0 des crampes, des probl\u00e8mes d\u2019\u00e9locution majeurs, des courses effr\u00e9n\u00e9es et hyst\u00e9riques : personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 par la force irr\u00e9sistible du malheur. Ce que montre Koen Augustijnen n\u2019est pas forc\u00e9ment li\u00e9 au sort d\u2019une collectivit\u00e9. Chacun d\u2019entre nous vit des catastrophes personnelles. Mais nous ne nous posons que rarement la question \u00e0 savoir quel genre de \u00ab d\u00e9formation \u00bb elles ont bien pu provoquer en nous.<\/p>\n<p>Ce qui arrive devient visible sur la sc\u00e8ne. La solitude, l\u2019incapacit\u00e9 d\u2019aimer, la fuite dans un autre monde, un monde \u00ab fou \u00bb, mais aussi les tentatives de s\u2019attacher \u00e0 quelqu\u2019un \u00e0 n\u2019importe quel prix. Tout ceci r\u00e9sulte des pertes et des blessures inflig\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e2me. Le d\u00e9cor architectural sign\u00e9 par Jean Bernard Koeman est simple mais efficace: Dans la partie gauche de la sc\u00e8ne se trouve une petite hutte, au milieu une maison avec une v\u00e9randa ouverte et une grande terrasse au premier \u00e9tage. Celle-ci se transforme au cours de la soir\u00e9e en une sorte d\u2019accessoire de gymnastique \u00e0 l\u2019usage spectaculaire. Si on voit des gens escalader une fa\u00e7ade dans un film, c\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 l\u2019aide de divers truquages. Ici, tout se joue sous vos yeux \u2013 en direct : L\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, les danseurs et danseuses se laissent glisser du premier \u00e9tage au rez-de-chauss\u00e9e dans un puits, \u00e0 peine plus large que leur corps ; sans aide, juste en \u00e9cartant les jambes. Un danseur sur les mains se propulse du toit de la hutte sur le sol de la sc\u00e8ne. Pour amortir le choc il finit en roulant. Tout ceci est \u00e9poustouflant et beau \u00e0 la fois. Mais ces \u00e9l\u00e9ments ne constituent pas seulement une gymnastique sans but. Ils font partie d\u2019une suite d\u2019images et de mouvements qui \u00e9voquent une multitude d\u2019impressions.<\/p>\n<p>Comme cette femme devenue folle, \u00e0 peine capable d\u2019articuler clairement, qui subit des secousses et des sortes de crampes \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Son pendent masculin occupe la sc\u00e8ne d\u2019une mani\u00e8re hyperactive : Ses bonds sauvages dans le n\u00e9ant qui frappent durement le sol, ses assauts du mur encore et encore provoquent quasiment des douleurs fantomatiques chez les spectateurs. Il ne sait que faire de la tendresse d\u00e9bordante de sa partenaire. En voulant se rapprocher de lui pour lui t\u00e9moigner son affection, elle donne plut\u00f4t l\u2019impression de vouloir en venir aux mains. Les instants de v\u00e9ritable proximit\u00e9 sont r\u00e9duits \u00e0 quelques secondes \u2013 s\u2019ils existent.<\/p>\n<div id=\"attachment_1539\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ashes2.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1539\" class=\"size-medium wp-image-1539\" title=\"ashes2\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/12\/ashes2.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"Ashes (Photo: Chris Van der Burght)\" width=\"300\" height=\"200\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1539\" class=\"wp-caption-text\">Ashes (Photo: Chris Van der Burght)<\/p><\/div>\n<p>Les huit danseurs de la troupe d\u2019Augustijnen montrent tout l\u2019\u00e9ventail  des \u00e9tats d\u2019\u00e2me et des relations d\u00e9form\u00e9es, mat\u00e9rialis\u00e9s en chacun d\u2019eux. Athanasia Kanellopoulou, Benjamin Boar, Chantel Loial, Gael Santisteva, Gr\u00e9gory Edeloin, Jakub Truszkowsky, Ligia Manuela Lewis et Florence Augendre endossent des r\u00f4les qui leur demandent tout. Non seulement un effort physique \u00e9norme mais aussi l\u2019identification absolue avec chacun des personnages \u2013 jusqu\u2019\u00e0 la rage la plus totale et la folie furieuse. Quelques moments lyriques leur permettent ainsi qu\u2019au public de reprendre leur souffle.<\/p>\n<p>Le couple reli\u00e9 par une barre au niveau de ventre bouge sans encombre et tendrement \u00e0 travers toute la sc\u00e8ne, jusqu\u2019\u00e0 ce que la femme se trouve immobilis\u00e9e, le dos au mur. Elle ne peut \u00e9chapper aux tentatives de rapprochement de son homme qu\u2019en enlevant son pullover qui pend comme sans vie sous la barre, contre le mur. Une image frappante de quelqu\u2019un qui se fait quitter. Mais envers et malgr\u00e9 tout, celui qui aime et qui veut prendre possession de l\u2019autre n\u2019abandonne pas. La barre mue pour devenir sa troisi\u00e8me jambe avec laquelle il essaie d\u2019attraper sa victime. Une sc\u00e8ne tr\u00e8s marquante, tr\u00e8s bien dans\u00e9e qui b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une chor\u00e9graphie incroyablement efficace. Mais il faut se contenter d\u2019une fin qui ne ressemble pas vraiment au conte de f\u00e9e.<\/p>\n<p>La performance qui se d\u00e9roule au dessus des t\u00eates des musiciens illustre \u00e0 quel point la danse englobe aujourd\u2019hui toute forme de mouvement corporel. Le sol de la terrasse du premier \u00e9tage s\u2019av\u00e8re \u00eatre un trampoline. Les sauts plus que p\u00e9rilleux, les atterrissages sur le dos, les impulsions que donnent les danseurs, tout se fait au rythme exact de la musique jou\u00e9e en direct juste en dessous. C\u2019est un d\u00e9fi non seulement pour les danseurs mais aussi pour les musiciens et musiciennes. Quand est-ce qu\u2019on fait de la musique sous un \u00ab toit \u00bb qui bouge ?<\/p>\n<p>La musique de Georg Friedrich H\u00e4ndel est mise en sc\u00e8ne par le contre-t\u00e9nor Jonathan de Geuster et la soprano Maryllis Dieltiens. Ils se m\u00ealent aux danseurs et font int\u00e9gralement partie de certains tableaux. Les cinq musiciens collent autant que possible \u00e0 l\u2019original. Deux voix en revanche ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des instruments historiquement \u00e9trangers : Un marimba et un accord\u00e9on. L\u2019expression sonore est compl\u00e9t\u00e9e par une batterie et des \u00e9l\u00e9ments \u00e9lectroniques qui sont \u00e0 l\u2019origine de l\u2019ambiance mena\u00e7ante. Celle-ci \u00e9tant la base pour les diff\u00e9rents combats que livrent les uns contre les autres. Mais comme si les impressions qui changent \u00e0 une cadence vertigineuse ne suffisaient pas, la guadeloup\u00e9enne Chantal Loial  et son partenaire rajoutent une sc\u00e8ne formidable. Elle attire et repousse en m\u00eame temps son soupirant en lui lan\u00e7ant des \u00ab viens \u00bb et des \u00ab pas \u00bb ce qui le met au bord du gouffre ; aussi bien mentalement que physiquement. La fa\u00e7on de Loial de s\u2019exprimer, puis\u00e9e dans la danse africaine compl\u00e8te parfaitement bien la troupe, tout en l\u2019enrichissant. Ce jeu de relation est l\u2019illustration par la danse du \u00ab double-bind \u00bb qui finit effectivement en dernier ressort par la schizophr\u00e9nie. La traduction sc\u00e9nique pourrait servir comme cas d\u2019\u00e9cole pratique pour des \u00e9tudiants en psychologie.<\/p>\n<p>La fin de la soir\u00e9e ram\u00e8ne le calme. L\u2019ambiance est \u00e0 la r\u00e9conciliation. Augustijnen fait en sorte que tous les membres de la troupe se roulent en rang dans un rythme calme de droit \u00e0 gauche. Un changement de direction et les personnages \u00e0 genoux ravivent la sc\u00e8ne encore pour une derni\u00e8re fois.  Mais les hommes semblent s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9s et avoir retrouv\u00e9 les autres. Quelque chose de nouveau est en devenir et \u00e9loigne ce qui est vieux et pesant. On ressent quelque chose qui rassemble, qui montre l\u2019union, qui console.<\/p>\n<p>Ashes est une pi\u00e8ce tr\u00e8s complexe qui vaut non seulement la peine d\u2019\u00eatre vue, mais qui fait r\u00e9fl\u00e9chir. Du th\u00e9\u00e2tre de danse au plus haut niveau. Le Maillon \u00e0 Strasbourg d\u00e9montre une fois de plus que sur sa sc\u00e8ne on pr\u00e9sente de l\u2019art sc\u00e9nique international au top niveau.<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019Allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le titre n\u2019est pas trompeur. 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