{"id":54338,"date":"2009-11-24T23:07:20","date_gmt":"2009-11-24T22:07:20","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/madame-de-sade\/54338\/"},"modified":"2009-11-24T23:07:20","modified_gmt":"2009-11-24T22:07:20","slug":"madame-de-sade","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/madame-de-sade\/54338\/","title":{"rendered":"Madame de Sade"},"content":{"rendered":"<p>Un d\u00e9cor minimaliste mais n\u00e9anmoins tr\u00e8s esth\u00e9tique, des costumes \u00abextra\u00bb &#8211; ordinaires au sens propre du terme, de v\u00e9ritables objets d\u2019art et des performances d\u2019acteurs convaincants : le TNS (Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg) propose tout cela actuellement dans une production de la Compagnie Sir\u00e8nes-Paris.<\/p>\n<div id=\"attachment_1268\" style=\"width: 437px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Madame-de-Sade-21.jpg?ssl=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1268\" class=\"size-full wp-image-1268\" title=\"Madame de Sade TNS Strasbourg\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Madame-de-Sade-21.jpg?resize=427%2C640&#038;ssl=1\" alt=\"Madame de Sade im TNS Strasbourg (Foto: Anne Gayan)\" width=\"427\" height=\"640\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1268\" class=\"wp-caption-text\">Madame de Sade im TNS Strasbourg (photo: Anne Gayan)<\/p><\/div>\n<p>Madame de Sade, \u00e9crit par le Japonais Yukio Mishima en 1965 et mis en sc\u00e8ne par Jacques Vincey peut servir d\u2019exemple en ce qui concerne l\u2019interaction r\u00e9ussie de diff\u00e9rentes formes artistiques sur une sc\u00e8ne. On ne c\u00e9l\u00e8bre pas seulement l\u2019art dramatique, mais on jouit d\u2019un tout dont on ne se lasse pas : Le d\u00e9cor extr\u00eamement ing\u00e9nieux, les costumes pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9s et l\u2019utilisation sporadique mais tr\u00e8s efficace de la musique forment un ensemble s\u00e9duisant.  L\u2019histoire que l\u2019on raconte, c\u2019est \u00e0 dire la fa\u00e7on dont Madame de Sade ainsi que d\u2019autres figures f\u00e9minines, avec ou sans lien de parent\u00e9 vivent les exc\u00e8s sexuels de Sade, passe par moment en arri\u00e8re-plan, tant les sc\u00e8nes sont sublimes. Yukio Mishima a \u00e9crit une pi\u00e8ce dans laquelle la complexit\u00e9 des caract\u00e8res ne se d\u00e9voile que progressivement au cours de la soir\u00e9e.<\/p>\n<p>Madame de Sade est incarn\u00e9e par H\u00e9l\u00e8ne Alexandridis. Au d\u00e9but, c\u2019est une femme na\u00efve et t\u00eatue, qui se cramponne \u00e0 son mari. Mais petit \u00e0 petit elle se mue en un \u00eatre qui r\u00e9ussit \u00e0 se forger sa propre opinion concernant les \u00e9v\u00e8nements en dehors des conventions  et qui finit par refuser  au moment d\u00e9cisif la loyaut\u00e9 \u00e0 son mari. Anne Prosp\u00e9re dans le r\u00f4le de la s\u0153ur, vit sa vie sans but pr\u00e9cis, au jour le jour, profitant de tout sans contraintes, au del\u00e0 des conventions. Mais elle est aussi la seule, qui prend son destin activement en main. Elle r\u00e9ussit avec l\u2019aide de son mari \u00e0 quitter la France pour Venise. Cette ville qu\u2019elle d\u00e9crit dans un premier temps en termes r\u00eaveurs, finit par devenir un refuge, n\u00e9cessaire \u00e0 sa survie. D\u2019un point de vue th\u00e9\u00e2trale, la partie o\u00f9 elle imite les pigeons de Venise tout en d\u00e9montrant sa propre personnalit\u00e9 volatile, est une parfaite r\u00e9ussite. Sa m\u00e8re tapageuse,  Madame de Montreuil jou\u00e9e par Marilu Marini en revanche montre \u00e0 la fin de la pi\u00e8ce, qu\u2019elle ne pense qu\u2019\u00e0 elle et \u00e0 son confort et qu\u2019elle change d\u2019opinion comme une girouette qui tourne en fonction de la direction du vent.<\/p>\n<div id=\"attachment_1269\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Madame-de-Sade-_c_Anne_Gayan.jpg?ssl=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1269\" class=\"size-medium wp-image-1269\" title=\"Madame de Sade _c_Anne_Gayan\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/Madame-de-Sade-_c_Anne_Gayan.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"Madame de Sade (Foto: Anne Gayan)\" width=\"300\" height=\"200\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1269\" class=\"wp-caption-text\">Madame de Sade (photo: Anne Gayan)<\/p><\/div>\n<p>Ce genre de caract\u00e8re se trouve fr\u00e9quemment dans la bonne soci\u00e9t\u00e9 en Europe de l\u2019ouest. De sorte qu\u2019il peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un arch\u00e9type de notre soci\u00e9t\u00e9 qui est transmis depuis des si\u00e8cles de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de voir son gendre en prison ne lui d\u00e9plaisait pas. Mais \u00e0 sa lib\u00e9ration, la veille de la r\u00e9volution fran\u00e7aise, elle esp\u00e8re tout de m\u00eame pouvoir compter sur son aide au cas o\u00f9, en tant que membre da la noblesse, elle  aurait des comptes \u00e0 rendre. La baronne de Simiane, une amie d\u2019enfance du Marquis de Sade et bigote de  surcro\u00eet, se bouche les oreilles pour ne pas \u00eatre oblig\u00e9e d\u2019entendre les horreurs que l\u2019on raconte au sujet de celui-ci. Elle finit par fuir le monde pour trouver refuge dans la religion et au couvent. Au passage, elle essaie autant que possible de convaincre tous les autres que la voie du seigneur est la seule valable. La comtesse de Saint-Fond, le pendent de la baronne de Simiane, interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on ostentatoire par Julia Vidit est bien la seule qui reste fid\u00e8le \u00e0 ses propres principes jusqu\u2019\u00e0 sa mort. Elle d\u00e9fend Sade et ses penchants. Elle le jalouse m\u00eame pour ses exp\u00e9riences. Comme lui, elle vit sa vie de fa\u00e7on obsessionnelle jusqu\u2019\u00e0 sa derni\u00e8re heure, tout en sachant que cela fait d\u2019elle un \u00eatre marginal. Elle va jusqu\u2019\u00e0 travailler incognito en tant que prostitu\u00e9e \u2013 non pas pour l\u2019argent, mais pour l\u2019excitation que cela lui procure. Pendant les premiers troubles r\u00e9volutionnaires elle est tu\u00e9e, \u00e9cras\u00e9e par un mouvement de foule et \u2013 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019histoire \u2013 c\u00e9l\u00e9br\u00e9e comme h\u00e9ro\u00efne, car elle est prise pour une femme du peuple. Charlotte finalement, incarn\u00e9e par un homme dans cette mise en sc\u00e8ne \u2013 Alain Catillaz \u2013 se tient tout au long de la pi\u00e8ce, qui couvre une p\u00e9riode de 18 ans, au r\u00f4le qui lui est attribu\u00e9 : elle\/il est domestique sans avoir grand-chose \u00e0 dire. C\u2019est lui qui emporte vers la fin une \u00e0 une les plaques de sol brillantes \u2013 une belle m\u00e9taphore du d\u00e9clin de la noblesse.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce de Mishima poss\u00e8de diff\u00e9rents niveaux de lecture : Des phrases profanes des protagonistes, passant par des r\u00e9flexions concernant le comportement de la soci\u00e9t\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019individus qui outrepassent les limites dict\u00e9es par les conventions en vigueur. Tout ceci permet des interpr\u00e9tations vari\u00e9es et nombreuses : Des r\u00e9flexions sur la psychologie de l\u2019\u00eatre humain s\u2019imposent tout autant que celles concernant la soci\u00e9t\u00e9 actuelle en constante et rapide mutation. La traduction visuelle, tr\u00e8s claire et \u00e0 peine soulign\u00e9e par des gestes ou des mouvements, qui trouve ses racines dans la tradition th\u00e9\u00e2trale japonaise, contribue \u00e0 transposer l\u2019action sur un niveau m\u00e9taphorique : \u00ab Regardez ! Ce que l\u2019on joue ici vous concerne tous d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre!\u00bb c\u2019est l\u2019appel muet mais tr\u00e8s compr\u00e9hensible lanc\u00e9 au public.<\/p>\n<p>Les costumes de Claire Ristercucci sont des chefs-d\u2019\u0153uvre. Leur construction bas\u00e9e sur des structures de crinolines reste pratiquement enti\u00e8rement visible. Seuls quelques morceaux de tissu la cachent partiellement. Le cot\u00e9 encombrant de ces monstres est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une distance peu naturelle entre les femmes. Une distance qui n\u2019est franchie que pour de tr\u00e8s courts moments. A savoir, quand de fortes \u00e9motions comme par exemple la compassion s\u2019emparent de Madame de Sade. Quand elle veut consoler sa  m\u00e8re en d\u00e9tresse qui souffre. Agile, elle quitte son armure d\u2019anneaux pour pouvoir la c\u00e2liner sans obstacle. De petites cantates italiennes de diff\u00e9rents si\u00e8cles sont interpr\u00e9t\u00e9es par l\u2019ensemble de la troupe derri\u00e8re un paravent sombre mais transparent. Elles marquent le d\u00e9but des nouvelles sc\u00e8nes, sans avoir recours au rideau traditionnel. Quelques accents rythmiques, jou\u00e9s par des instruments japonais, soulignent ou marquent les dires des personnages. Gr\u00e2ce \u00e0 ces tours de mains artistiques et l\u2019\u00e9vidente connotation de l\u2019esth\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale japonaise on peut admirer un spectacle qui, m\u00eame s\u2019il se situe \u00e0 la fin du 18e si\u00e8cle m\u00e9rite l\u2019appellation \u00ab intemporel \u00bb. Et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison qu\u2019il est particuli\u00e8rement beau.<\/p>\n<p>Traduit de l\u00b4allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un d\u00e9cor minimaliste mais n\u00e9anmoins tr\u00e8s esth\u00e9tique, des costumes \u00abextra\u00bb &#8211; ordinaires au sens propre du terme, de v\u00e9ritables objets d\u2019art et des performances d\u2019acteurs convaincants : le TNS (Th\u00e9\u00e2tre National de Strasbourg) propose tout cela actuellement dans une production de la Compagnie Sir\u00e8nes-Paris. 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