{"id":54303,"date":"2009-11-11T15:06:10","date_gmt":"2009-11-11T14:06:10","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/wooster-group-vieux-carre\/54303\/"},"modified":"2009-11-11T15:06:10","modified_gmt":"2009-11-11T14:06:10","slug":"wooster-group-vieux-carre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wooster-group-vieux-carre\/54303\/","title":{"rendered":"Wooster Group &#8211; Vieux carr\u00e9"},"content":{"rendered":"<p><strong>\u00ab <a title=\"The Wooster Group site internet\" href=\"https:\/\/www.thewoostergroup.org\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">The Wooster Group<\/a> \u00bb avec une nouvelle mise en sc\u00e8ne de <a title=\"Tennessee Williams bio\" href=\"https:\/\/xfraniatte.free.fr\/streetcar\/bio.htm\" target=\"_blank\" rel=\"noopener nofollow\">Tennessee Williams<\/a> au TNS \u00e0 Strasbourg<\/strong><\/p>\n<p>Des barres en m\u00e9tal sont suspendues en long et en large au dessus de la sc\u00e8ne. Elles servent de support \u00e0 des \u00e9crans g\u00e9ants. Les ing\u00e9nieurs du son, visibles pour tous se trouvent sur l\u2019arri\u00e8re de la sc\u00e8ne, derri\u00e8re une immense table de mixage. Deux podiums rectangulaires \u00e0 roulettes, bas mais tr\u00e8s grands et un plus petit, carr\u00e9, sur lequel tra\u00eenent quelques ustensiles minables, symbolisent deux pi\u00e8ces : On a vue sur une sorte de loft d\u00e9labr\u00e9, qui ressemble davantage \u00e0 un refuge de clochards qu\u2019\u00e0 un lieu d\u2019habitation. Mais les \u00eatres humains qui \u00e9voluent dans cet endroit n\u2019en tiennent pas compte, car ils sont beaucoup trop occup\u00e9s avec eux-m\u00eames et  leurs propres probl\u00e8mes. Cet espace chaotique semble plut\u00f4t refl\u00e9ter leur vie int\u00e9rieure.<\/p>\n<div id=\"attachment_1059\" style=\"width: 210px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/woostergroup_the_writer_ms_wire_c_paula-court1.jpg?ssl=1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1059\" class=\"size-medium wp-image-1059\" title=\"woostergroup_the_writer_ms_wire_c_paula court\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/woostergroup_the_writer_ms_wire_c_paula-court1.jpg?resize=200%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"Mr. Wire and the Writer (Foto: Paula Court)\" width=\"200\" height=\"300\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1059\" class=\"wp-caption-text\">Mrs. Wire (Ellen Mills) and the Writer (Ari Fliakos) -  (Foto: Paula Court)<\/p><\/div>\n<p>La pi\u00e8ce \u00ab Vieux carr\u00e9 \u00bb doit son titre au vieux quartier de la Nouvelle Orl\u00e9ans. Ecrite en 1979, tr\u00e8s peu de temps avant la mort de l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est une sorte de flash-back qui raconte les d\u00e9buts de sa carri\u00e8re d\u2019auteur dans les ann\u00e9es trente.<\/p>\n<p>Cette demeure, pourtant tr\u00e8s distingu\u00e9e dans le pass\u00e9, n\u2019est \u00e0 pr\u00e9sent plus qu\u2019une ruine et abrite aussi bien des artistes que des accident\u00e9s de la vie. Ses occupants l\u2019appellent \u00ab la prison \u00bb. Sa propri\u00e9taire, Mrs. Wire ne laisse aucune libert\u00e9 \u00e0 ses locataires et  puise toute son \u00e9nergie vitale dans l\u2019espionnage de ces gens, physiquement et psychiquement malades ainsi que dans les r\u00e9primandes qu\u2019elle \u00ab distribue \u00bb. L\u2019auteur, comme appelle Tennessee Williams le personnage qui le repr\u00e9sente, lui, est le seul dans cette soci\u00e9t\u00e9 qui r\u00e9ussit \u00e0 garder une distance avec sa propre mis\u00e8re mat\u00e9rielle et qui, gr\u00e2ce \u00e0 sa jeunesse a encore des perspectives d\u2019avenir. Un vieux peintre gay et obs\u00e9d\u00e9 sexuel, souffrant de la tuberculose du nom de Nightingale, Jane Sparks, New Yorkaise et \u00e9galement atteinte d\u2019une maladie incurable, le drogu\u00e9 Tye McCool qui gagne sa vie en faisant du striptease et une infirmi\u00e8re sont les principaux personnages de la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Elizabeth LeCompte qui fait partie de Wooster Group depuis ses d\u00e9buts en 1975 signe la mise en sc\u00e8ne. Elle restitue de fa\u00e7on tr\u00e8s pragmatique la souffrance humaine,  qui trouve ses formes  d\u2019expression dans le d\u00e9sir sexuel, la solitude et dans  l\u2019addiction. Sa mise en sc\u00e8ne est sciemment d\u00e9pourvue d\u2019\u00e9motions, parce que LeCompte emp\u00eache le lien des \u00e9motions de s\u2019installer entre les acteurs et le public en gardant les deux groupes \u00e0 distance l\u2019un de l\u2019autre. Cette situation du public qui se retrouve sur une sorte de poste d\u2019observation, correspond \u00e0 la structure m\u00eame de la pi\u00e8ce, car l\u2019auteur agit en narrateur. Tennessee Williams avait eu recours \u00e0 cette forme litt\u00e9raire pour r\u00e9ussir \u00e0 se faire rencontrer les \u00e9v\u00e8nements de son souvenir, d\u00e9cal\u00e9s dans le temps et la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019il y a 50 ans. Son travail correspond bien \u00e0 la philosophie existentialiste en France au milieu du si\u00e8cle dernier, et de ce point de vue, la pi\u00e8ce a v\u00e9ritablement sa place sur les sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre de ce pays. Elle ne rentre pas dans les ab\u00eemes de l\u2019\u00e2me humaine, mais reste, bien au contraire, en surface. L\u2019\u0153uvre se contente de refl\u00e9ter les diff\u00e9rents \u00e9tats d\u2019esprit,  sans pour autant essayer de comprendre le comment du pourquoi ou &#8211; encore moins &#8211; de chercher \u00e0 apporter des solutions pour que la souffrance soit moins grande.<\/p>\n<p>Une partie tr\u00e8s importante de l\u2019\u0153uvre est tr\u00e8s ostentatoire : Elle traite de l\u2019homosexualit\u00e9 de Tennessee Williams, ou pour \u00eatre exact, de ses premi\u00e8res exp\u00e9riences, ses premi\u00e8res pulsions. L\u2019auteur se masturbe tout en regardant des films pornographiques qui montrent des sc\u00e8nes de sexe entre deux hommes. Le vieux peintre et le jeune stripteaseur \u2013 incarn\u00e9s par Scott Shepherd qui joue les deux r\u00f4les \u2013 se produisent avec des \u00ab Strap-ons \u00bb qui montrent int\u00e9gralement  le p\u00e9nis en \u00e9rection ou alors, et ceci a presque des accents comiques, le p\u00e9nis qui d\u00e9passe du slip du stripteaseur. L\u2019am\u00e9ricaine atteinte d\u2019une maladie mortelle montre elle aussi beaucoup de peau nue dans des sc\u00e8nes de co\u00eft qui sont un peu \u00ab adoucies \u00bb par d\u2019autres actions qui se d\u00e9roulent en parall\u00e8le. Sp\u00e9cialement dans le premier tiers, la pi\u00e8ce donne l\u2019impression que l\u2019\u00eatre humain est totalement soumis \u00e0 ses pulsions sexuelles, dans un \u00e9tat quasi-animal, sans \u00e9chappatoire possible. Ce n\u2019est que petit \u00e0 petit au cours des \u00e9v\u00e8nements que cette obsession mue et laisse place \u00e0 des sentiments comme la solitude, la d\u00e9ch\u00e9ance physique et la mort. La propri\u00e9taire des lieux, qui a perdu son fils, et qui aimerait bien voir l\u2019auteur prendre sa place lui lance tout haut, ce que tout le monde ressent tout bas : \u00bbCette maison est si pleine de solitude, qu\u2019elle devient audible ! \u00bb<\/p>\n<div id=\"attachment_1061\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignright\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/woostergroup_newyork_mccool_c_paula_court.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1061\" class=\"size-medium wp-image-1061\" title=\"woostergroup_newyork_mccool_c_paula_court\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/11\/woostergroup_newyork_mccool_c_paula_court.jpg?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"Jane Sparks &amp; Tye McCool (Foto: Paula Court)\" width=\"300\" height=\"200\" \/><\/a><p id=\"caption-attachment-1061\" class=\"wp-caption-text\">Jane Sparks (Kate Valk)  &amp; Tye McCool (Scott Shepherd )  - (Foto: Paula Court)<\/p><\/div>\n<p>Chacun et chacune dans cet environnement illustre essaie de se servir de  l\u2019autre. Personne ne donne, tout le monde prend, ce qui conduit immanquablement \u00e0 des  dilemmes personnels : Le vieux peintre veut une amiti\u00e9 sexuelle avec le jeune auteur, la New Yorkaise, tr\u00e8s mondaine en son temps, s\u2019accroche avec les derni\u00e8res forces qui lui restent \u00e0 ce stripteaseur vulgaire, qui profite d\u2019elle en trouvant \u00e0 se loger gratuitement et qui n\u2019a rien d\u2019autre \u00e0 proposer que le sexe,  \u00ab son \u00bb sexe. La vieille propri\u00e9taire qui montre des signes de d\u00e9mence, se conduit en gardienne qui veut tout r\u00e9genter pour ne pas ressentir sa propre solitude. La jeune infirmi\u00e8re, au d\u00e9but encore proprette et innocente en petite robe noire et tablier blanc, d\u00e9choit au cours de la soir\u00e9e pour devenir une femme insensible, au maquillage outrancier,  qui cherche en permanence \u00e0 \u00eatre le centre d\u2019int\u00e9r\u00eat. Kaneza Schaal prend dans ce r\u00f4le de plus en plus de distance avec la souffrance qui l\u2019entoure et fait sien le ton si rude qui est d\u2019usage autour d\u2019elle. L\u2019auteur lui-m\u00eame est le plus gros parasite dans cette esp\u00e8ce de man\u00e8ge humain, car il transcrit mot \u00e0 mot tous les \u00e9changes, tous les dialogues entre ses colocataires et les aspire litt\u00e9ralement \u00e0 l\u2019aide des touches de sa machine \u00e0 \u00e9crire, respectivement celles du clavier de son ordinateur. Son inspiration se nourrit de la mis\u00e8re des autres. Quand Jane Sparks en pleine accusation envers son ami commence \u00e0 chercher ses mots, l\u2019auteur en train de prendre des notes \u00ab en direct \u00bb sur le devant de la sc\u00e8ne, devient visiblement nerveux, mart\u00e8le impatiemment les touches de son clavier et montre avec un mouvement de main qu\u2019elle serait bien inspir\u00e9e de se plaindre \u00ab un peu plus vite \u00bb. A ce moment pr\u00e9cis il est clair, que les habitants de cette maison ne sont pas plus pour lui que \u00ab mati\u00e8re \u00bb pour son \u0153uvre litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Un jeune clarinettiste, jou\u00e9e de Raimonda Skeryte, met, du moins pour l\u2019auteur, fin \u00e0 cette situation. Les deux hommes projettent de se rendre sur la c\u00f4te ouest et sont d\u00e8s le d\u00e9but dans une situation de d\u00e9pendance mutuelle. Le musicien poss\u00e8de une voiture en \u00e9tat de marche, mais il vole l\u2019essence pour rouler. L\u2019\u00e9crivain a 35 dollars qui leur devraient assurer du moins dans un premier temps la survie. Tennessee Williams illustre de la sorte, que les circonstences de vie des gens peuvent changer, mais que les m\u00e9canismes des relations humaines restent fondamentalement les m\u00eames.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cor moderne peut para\u00eetre un peu trompeur, car au fond, la mise en sc\u00e8ne est tr\u00e8s conventionnelle. Sa libert\u00e9 \u00e0 consist\u00e9 \u00e0 transposer l\u2019univers des sentiments des ann\u00e9es trente, dans les ann\u00e9es soixante-dix, illustr\u00e9 par le fond sonore, la musique d\u2019Elvis Costello. De cette fa\u00e7on, la pi\u00e8ce renoue avec la p\u00e9riode d\u2019\u00e9criture, ce qui visiblement lui fait du bien. Les prestations d\u2019acteur sont dans l\u2019ensemble d\u2019un bon niveau, Ellen Mills diff\u00e9rencie beaucoup son jeu en s\u2019adaptant aux diff\u00e9rents \u00e9tats d\u2019\u00e2me de Mrs. Wire. L\u2019auteur, Ari Fliakos, peu importe si l\u2019action se situe dans sa jeunesse ou dans son pass\u00e9 en tant que vieil \u00e9crivain qui se souvient, reste toujours le m\u00eame artiste, juv\u00e9nile et inusable.<\/p>\n<p>Le meilleur moment de sa performance d\u2019acteur est la sc\u00e8ne ou il se d\u00e9fend contre Mrs. Wire qui veut tout diriger une fois de plus, dans une tirade \u00ab criant \u00bb d\u2019authenticit\u00e9 au sens propre du terme. Scott Shepherd brille dans son double-r\u00f4le \u2013 tr\u00e8s gratifiant gr\u00e2ce au caract\u00e8re bizarro\u00efde des personnages \u2013 mais c\u2019est lui qui a la diction la moins compr\u00e9hensible. Son pendent, la New Yorkaise incarn\u00e9e par Kate Valk  reste en d\u00e9pit des haillons et de l\u2019auto-humiliation une femme \u00ab bon chic, bon genre \u00bb.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne utilise et tisse avec art les moyens sc\u00e9nographiques contemporains et r\u00e9ussit \u00e0 transmettre cet arri\u00e8re-go\u00fbt p\u00e2teux du vide que Tennessee Williams a d\u00e9crit avec tant d\u2019insistance au public.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce part apr\u00e8s cette premi\u00e8re mondiale pour le \u00ab Festival d\u2019Automnes \u00bb, \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Traduit de l\u00b4allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab The Wooster Group \u00bb avec une nouvelle mise en sc\u00e8ne de Tennessee Williams au TNS \u00e0 Strasbourg Des barres en m\u00e9tal sont suspendues en long et en large au dessus de la sc\u00e8ne. Elles servent de support \u00e0 des \u00e9crans g\u00e9ants. 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