{"id":54291,"date":"2009-10-29T14:49:54","date_gmt":"2009-10-29T13:49:54","guid":{"rendered":"https:\/\/european-cultural-news.com\/interview-avec-john-storgaards\/54291\/"},"modified":"2009-10-29T14:49:54","modified_gmt":"2009-10-29T13:49:54","slug":"interview-avec-john-storgaards","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/interview-avec-john-storgaards\/54291\/","title":{"rendered":"Interview avec John Storg\u00e5rds"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_877\" style=\"width: 284px\" class=\"wp-caption alignleft\"><strong> <\/strong><strong><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/Storgards_John_02%40Marco-Borggreve.JPG?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-877\" class=\"size-medium wp-image-877\" title=\"Storgards_John_02@Marco Borggreve\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2009\/10\/Storgards_John_02%40Marco-Borggreve-274x300.jpg?resize=274%2C300&#038;ssl=1\" alt=\"John Storgards (Foto: Marco Borggreve)\" width=\"274\" height=\"300\" \/><\/a><\/strong><p id=\"caption-attachment-877\" class=\"wp-caption-text\">John Storg\u00e5rds (Foto: Marco Borggreve)<\/p><\/div>\n<p><strong>A l\u2019occasion de sa prestation en collaboration avec l\u2019OPS, l\u2019orchestre philharmonique de Strasbourg, le chef d\u2019orchestre finlandais, John Storg\u00e5rds a accord\u00e9 une interview exclusive.<\/strong><\/p>\n<p>Pour vous faire conna\u00eetre davantage par nos lecteurs, il serait int\u00e9ressant de savoir, si vous avez \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 musicalement parlant par votre contexte familial.<\/p>\n<p><em>Dans ma famille, il n y avait pas de musicien professionnel. La musique \u00e9tait du domaine du loisir. Je suis le seul parmi les 5 enfants qui ai fait de la musique sa profession. A la maison, on jouait de la musique, mais je n\u2019ai pas vraiment eu de mod\u00e8le \u00e0 suivre. J\u2019ai re\u00e7u des le\u00e7ons de violon \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de 7 ans.<\/em><\/p>\n<p>Vous \u00e9tiez violoniste soliste avant de r\u00e9ussir comme chef d\u2019orchestre ?<\/p>\n<p>Ceci n\u2019est pas tout \u00e0 fait exact. Je continue \u00e0 jouer du violon et je me produis \u00e9galement en tant que soliste. Je travaille 3 \u00e0 5 nouveaux morceaux par an pour \u00e9largir mon r\u00e9pertoire. Je fais \u00e9norm\u00e9ment de musique de chambre. L\u00e0 est en fait mon origine artistique. Au d\u00e9but de ma carri\u00e8re, j\u2019\u00e9tais chef de musique de l\u2019orchestre symphonique de la radio su\u00e9doise. Je trouve que jouer du violon tout en dirigeant un orchestre est une tr\u00e8s bonne combinaison, oui, j\u2019ai besoin de jouer du violon. Cela m\u2019aide \u00e0 avancer. Actuellement je joue de la musique de chambre avec diff\u00e9rents ensembles ; essentiellement dans le cadre de festivals.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui vous a conduit vers la direction d\u2019orchestre ? Etait-ce une sorte de n\u00e9cessit\u00e9 int\u00e9rieure ?<\/p>\n<p><em>Cela s\u2019est fait naturellement en quelque sorte. Mes coll\u00e8gues avec qui je faisais de la musique de chambre m\u2019ont demand\u00e9 de les diriger. Ce que j\u2019ai fait \u2013 directement \u00e0 partir du violon.<\/em><\/p>\n<p>Tout comme c\u2019\u00e9tait d\u2019usage lors des repr\u00e9sentations \u00e0 l\u2019\u00e9poque ?<\/p>\n<p><em>Absolument, comme Haydn ou Mozart dirigeaient leurs orchestres. Pour moi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, c\u2019\u00e9tait une \u00e9vidence. Mais quand on m\u2019a demand\u00e9 en 1992 prendre la direction de l\u2019orchestre de l\u2019universit\u00e9 d\u2019Helsinki, je ne pouvais relever ce d\u00e9fi qu\u2019\u00e0 condition d\u2019avoir la formation requise. Donc, j\u2019ai repris des \u00e9tudes. Ainsi, apr\u00e8s mes \u00e9tudes de violon, j\u2019ai appris \u00e0 diriger un orchestre. L\u2019orchestre universitaire d\u2019Helsinki est un orchestre d\u2019amateurs. N\u00e9anmoins, c\u2019est un grand et tr\u00e8s bon orchestre et je manquais tout simplement de certaines techniques et d\u2019outils pour \u00eatre un chef d\u2019orchestre valable. Gr\u00e2ce aux \u00e9tudes j\u2019ai acquis ces connaissances et la facult\u00e9 de r\u00e9ussir en tant que chef d\u2019orchestre. Diriger des musiciens signifie les guider et mener l\u2019ensemble acoustique. C\u2019est \u00e9galement un d\u00e9fi d\u2019ordre physique qu\u2019il faut apprendre \u00e0 g\u00e9rer. Si l\u2019on a des doutes concernant l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une partition, les cons\u00e9quences sur le r\u00e9sultat sont imm\u00e9diates : Les musiciens sentent la moindre h\u00e9sitation ce qui peut \u00eatre source de malentendus. C\u2019est la raison pour laquelle je regrette que nombre d\u2019instrumentalistes dirigent de nos jours des orchestres, sans avoir eu la formation sp\u00e9cifique qui s\u2019impose.<\/em><\/p>\n<p>Au regard des publications de disques qui sont les v\u00f4tres, on note que vous portez un int\u00e9r\u00eat tout particulier \u00e0 la musique finlandaise ou plut\u00f4t scandinave. Parmi les 26 titres, 15 sont d\u00e9di\u00e9s \u00e0 des compositeurs nordiques. Vous vous voyez comme une sorte d\u2019ambassadeur de cette musique ?<\/p>\n<p><em>En Scandinavie, on trouve quantit\u00e9 de bons compositeurs, particuli\u00e8rement des compositeurs contemporains, qui composent une musique d\u2019excellente facture. J\u2019estime que cette musique doit \u00eatre diffus\u00e9e autant que possible. Mais je n\u2019aimerais pas avoir une \u00e9tiquette de sp\u00e9cialiste de musique scandinave. A mon sens, ce serait trop restrictif. J\u2019essaie de tendre vers un \u00e9quilibre dans la pr\u00e9sentation. Je trouve que des combinaisons tr\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9es dans un r\u00e9pertoire rendent celui-ci particuli\u00e8rement int\u00e9ressant. Mais j\u2019aime tout autant donner des morceaux connus de Beethoven ou Bruckner par exemple.<\/em><\/p>\n<p>Vous collaborez beaucoup avec des compositeurs contemporains finlandais. Avez-vous fait le constat qu\u2019il existe une diff\u00e9rence parmi les compositions contemporaines qui pourrait trouver son explication dans l\u2019origine du compositeur en question ?<\/p>\n<p><em>Non, plus maintenant. Aujourd\u2019hui on ne peut plus gu\u00e8re dire en \u00e9coutant un morceau de musique, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un morceau danois, finlandais ou  allemand. Mais bien entendu, un finlandais porte en lui certains \u00e9l\u00e9ments dont on ne peut faire abstraction. Je pense par exemple aux diff\u00e9rentes conditions climatiques dans de nombreux pays. Quand quelqu\u2019un a grandi en Finlande, tout comme moi, il a eu \u00e0 faire \u00e0 des hivers interminables, sans soleil, froids et tr\u00e8s enneig\u00e9s. Ceci influe \u00e9videmment sur le caract\u00e8re de l\u2019individu. Des \u00e9l\u00e9ments comme celui-ci, comme tant d\u2019autres, font partie de sa personnalit\u00e9, ce qui se refl\u00e8te dans sa fa\u00e7on de composer.<\/em><\/p>\n<p>Mais ne ce sont pas aussi les diff\u00e9rentes influences musicales auxquelles nous sommes expos\u00e9s d\u00e8s notre tendre enfance et que nous gardons en nous toute notre vie  qui nous font finalement agir diff\u00e9remment ?<\/p>\n<p><em>Oui, tr\u00e8s certainement. Si un jour vous assistez \u00e0 un mariage en Finlande et que l\u2019on chante, vous pouvez \u00eatre sure et certaine que toutes ces chansons sont en mode mineur. Je pense que vous en tant qu\u2019Autrichienne avez d\u2019autres traditions.<\/em><\/p>\n<p>Oui absolument. Les mariages sont des f\u00eates pleines de gaiet\u00e9, accompagn\u00e9es par une musique joyeuse !<\/p>\n<p><em>C\u2019est int\u00e9ressant. Parce que bien que ces marquages dont on ne peut faire abstraction existent, les \u0153uvres de nos jours sont d\u2019une certaine mani\u00e8re globales. Et en m\u00eame temps je pense que c\u2019est tr\u00e8s bien comme \u00e7a.<\/em><\/p>\n<p>Combien de concerts donnez-vous par an ?<\/p>\n<p><em>Une cinquantaine, je pense, mais je ne les ai pas compt\u00e9s. Un par semaine \u2013 non ce n\u2019est pas correct, ce sont bien plus. Rien que pendant les festivals je donne parfois deux par jour !<\/em><\/p>\n<p>Et avec tout cela il vous reste du temps pour \u00e9tudier de nouvelles partitions ?<\/p>\n<p><em>Je travaille de nouvelles partitions en permanence, plusieurs mois en amont en fait avant de diriger un nouveau morceau. La plupart du temps ce sont 1 \u00e0 2 \u0153uvres par mois.<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est consid\u00e9rable !<\/p>\n<p><em>Oui, c\u2019est vrai, mais j\u2019aime travailler !<\/em><\/p>\n<p>Dans quel domaine avez-vous plus de facilit\u00e9s : En travaillant des compositions contemporaines ou alors celles qui, faisant partie du r\u00e9pertoire d\u2019orchestre sont d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s connues ?<\/p>\n<p><em>Je n\u2019ai pas peur de travailler des \u0153uvres contemporaines. D\u2019une certaine fa\u00e7on je pense m\u00eame que les choses sont plus faciles, parce que l\u2019on a bien plus de libert\u00e9s. Beaucoup de ces \u0153uvres sont repr\u00e9sent\u00e9es pour la premi\u00e8re fois ce qui signifie qu\u2019il n y pas de base de comparaison. Donc, l\u2019interpr\u00e9tation peut \u00eatre totalement libre, sans influence aucune due \u00e0 des habitudes qui auraient pu \u00eatre prises. Quand je m\u2019approche de Bruckner c\u2019est tout en ayant conscience que tellement de chef d\u2019orchestres ont dirig\u00e9 ses ouvres avant moi. Tellement de versions sont d\u00e9j\u00e0 dans nos oreilles. Dans ce cas-l\u00e0, il faut que j\u2019\u00e9tudie la partition de tr\u00e8s pr\u00e8s pour y trouver des \u00e9l\u00e9ments que je pourrais exprimer diff\u00e9remment, \u00e0 ma fa\u00e7on. Cela peut \u00eatre bien plus laborieux que la repr\u00e9sentation d\u2019une composition totalement nouvelle. M\u00eame la collaboration avec les orchestres quand il s\u2019agit de travailler un morceau trop bien connu s\u2019en ressent : Il y a des formations qui ont jou\u00e9 certains morceaux tellement souvent, qu\u2019elles les connaissent par c\u0153ur et les jouent \u00e0 leur mani\u00e8re \u2013 toujours la m\u00eame ! L\u00e0, il faut parfois tout arr\u00eater et expliquer : \u00ab S\u2019il vous pla\u00eet ! A cet endroit pas \u00ab diminuendo \u00bb\u2026\u2026. et il peut arriver qu\u2019il faut r\u00e9p\u00e9ter plusieurs fois pour \u00e9liminer les habitudes. Une ouvre contemporaine en revanche est tr\u00e8s souvent assez vite assimil\u00e9e.<\/em><\/p>\n<p>Vous travaillez dans le monde entier et vous connaissez diff\u00e9rents orchestres. Ces orchestres ont tous des sons caract\u00e9ristiques. Comment d\u00e9finiriez-vous le son de l\u2019orchestre philharmonique d\u2019Helsinki, que vous dirigez depuis la saison 2008\/2009 ?<\/p>\n<p><em>Je pense que les orchestres dans le monde ne sont pas si \u00e9loign\u00e9s que cela en ce qui concerne leur son, compar\u00e9 \u00e0 la situation il y a encore quelques dizaines d\u2019ann\u00e9es. Tous jouent \u00e0 un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 et par ce fait, ils se sont rapproch\u00e9s les uns des autres. Mais malgr\u00e9 tout, il y a d\u2019infimes diff\u00e9rences : L\u2019orchestre philharmonique d\u2019Helsinki a un corps particuli\u00e8rement plein dans le son symphonique. C\u2019est une excellente base qu\u2019ont su lui donner mes pr\u00e9d\u00e9cesseurs, notamment Leif Segerstam et Paaqvo Borglund. En ce qui me concerne, j\u2019aimerais mettre l\u2019accent sur une plus grande flexibilit\u00e9 et une balance plus pouss\u00e9e des nuances. J\u2019adore travailler tous ces petits d\u00e9tails, faire sortir des balances. Et cela non seulement en regardant le d\u00e9tail en question, mais tout dans son ensemble.<\/em><\/p>\n<p>Nikolaus Harnoncourt avec sa fa\u00e7on de lire les partitions a d\u00e9montr\u00e9 qu\u2019il est tr\u00e8s important de s\u2019occuper justement des d\u00e9tails. Est-ce votre m\u00e9thode de travail ?<\/p>\n<p><em>Nikolaus  Harnoncourt est un chef d\u2019orchestre que j\u2019estime \u00e9norm\u00e9ment. Sa fa\u00e7on de travailler une partition, totalement r\u00e9volutionnaire il y a encore 30 ou 40 ans, est devenue une sorte de standard  pour traiter une partition. De nos jours, c\u2019est une esp\u00e8ce de norme pour s\u2019approprier une \u0153uvre. Aucun \u00e9tudiant en musique ne peut se soustraire \u00e0 cette approche de l\u2019interpr\u00e9tation. Dans ces domaines il y a eu des avanc\u00e9s notables. Harnoncourt a initi\u00e9 tout un style. C\u2019est pour cette raison qu\u2019actuellement existe une conscience bien plus grande des styles musicaux. Il est d\u2019une certaine fa\u00e7on possible de passer du style \u00ab Mozart \u00bb au style \u00ab Schumann \u00bb ou \u00e0 celui de Schostakowitsch, parce que l\u2019on sait pertinemment comment positionner l\u2019archet pour satisfaire aux exigences du style an question. Mais c\u2019est \u00e9galement une question de g\u00e9n\u00e9ration, car \u00e0 l\u2019\u00e9poque, l\u2019interpr\u00e9tation des ouvres \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral plus contrast\u00e9, \u00ab noir et blanc \u00bb en quelque sorte, sans s\u2019attarder trop sur les choses fines et nuanc\u00e9es. Mais ne serait-ce que le fait que dans le temps, les chefs d\u2019orchestre \u00e9taient en charge d\u2019une formation pendant des dizaines d\u2019ann\u00e9es, marquait les formations durablement et de fa\u00e7on significative. Ce genre de collaboration pendant autant d\u2019ann\u00e9es n\u2019existe plus de nos jours. Les orchestres ont \u00e0 faire \u00e0 un grand nombre de chefs d\u2019orchestres diff\u00e9rents, comme par exemple ici \u00e0 Strasbourg o\u00f9  passent de nombreux  d\u2019invit\u00e9s durant  une seule saison.<\/em><\/p>\n<p>Combien de temps encore \u00eates-vous sous contrat avec l\u2019orchestre philharmonique d\u2019Helsinki ? Avez-vous des projets que vous souhaitez r\u00e9aliser durant votre direction d\u2019orchestre ?<\/p>\n<p><em>J\u2019ai sign\u00e9 pour 4 ans, mais je ne connais pas la suite. Ceci ne signifie pas forc\u00e9ment que ma collaboration avec l\u2019orchestre se limite \u00e0 ces quatre ann\u00e9es. Une chose qui est sur, en revanche, c\u2019est le d\u00e9m\u00e9nagement de la salle de concert en 2011. Cette nouvelle salle disposera d\u2019une acoustique ph\u00e9nom\u00e9nale et de par ce fait, beaucoup de choses bougeront et changeront. Dans l\u2019orchestre m\u00eame il y a actuellement un changement de g\u00e9n\u00e9rations important, sachant que les jeunes musiciens qui arrivent veulent toujours faire mieux que les pr\u00e9c\u00e9dents.<\/em><\/p>\n<p>Quel r\u00e9pertoire pr\u00e9sentez-vous principalement \u00e0 Helsinki ?<\/p>\n<p><em>Nous jouons de la musique finlandaise, par exemple d\u2019Armas Launis, Jukka Tiensuu, Leevi Madetoja oder Selim Palmgren et Jean Sibelius bien entendu. Mais aussi les \u0153uvres d\u2019Esten Erkki-Sven T\u00fc\u00fcr ou du su\u00e9dois Anders Hillborg. Mais comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit pr\u00e9c\u00e9demment, je tiens \u00e9galement \u00e0 un \u00e9quilibre avec d\u2019autres compositeurs. Donc nous jouons aussi Strausz, Brahms, Beethoven, Dvorak ou  Moussorgski pour en citer quelques-uns.<\/em><\/p>\n<p>Dans cette programmation on sent une orientation tr\u00e8s forte vers la musique contemporaine. Est-ce une particularit\u00e9 en Scandinavie ?<\/p>\n<p><em>Oui, je le crois. Le public scandinave est habitu\u00e9 \u00e0 \u00e9couter des morceaux contemporains. Cela fait tout simplement partie de sa culture. C\u2019est diff\u00e9rent qu\u2019en Europe centrale o\u00f9 les organisateurs sont bien plus prudents concernant le choix des \u0153uvres. Donc, les habitudes du public sont diff\u00e9rentes. Ce qui est monnaie courante en Scandinavie, rel\u00e8ve de l\u2019exception en Europe centrale. Je le constate bien en observant le public qui r\u00e9agit avec beaucoup plus de retenue quand il s\u2019agit de musique contemporaine.<\/em><\/p>\n<p>Comment avez-vous d\u00e9termin\u00e9 le programme que vous avez dirig\u00e9 \u00e0 Strasbourg. \u00c9tait-ce une demande de l\u2019organisateur ou alors avez-vous choisi les morceaux ?<\/p>\n<p><em>Dans ce cas bien pr\u00e9cis, c\u2019\u00e9tait une combinaison des deux. La 6e symphonie de Bruckner \u00e9tait mon souhait, la collaboration avec le fl\u00fbtiste Emmanuel Pahud avec qui j\u2019ai travaill\u00e9 pour la premi\u00e8re fois \u00e0 cette occasion \u00e9tait une suggestion de l\u2019organisateur. Je suis ravi d\u2019avoir l\u2019occasion de jouer une pi\u00e8ce d\u2019Alfred Alissandrescu en d\u00e9but de concert. J\u2019en suis reconnaissant envers l\u2019OPS, car il s\u2019agit d\u2019un morceau qui n\u2019est que tr\u00e8s rarement jou\u00e9 et du coup pratiquement inconnu. Cette composition date de 1910, mais en l\u2019\u00e9coutant on a l\u2019impression qu\u2019elle bien ant\u00e9rieure. C\u2019est une \u0153uvre romantique \u2013 quoique un peu tardive \u2013 elle est calme et simple, mais incroyablement belle. Je suis sur que le public l\u2019appr\u00e9ciera. En fait c\u2019est une honte qu\u2019Alessandrescu soit tomb\u00e9 totalement dans l\u2019oubli. De son temps, il \u00e9tait tout de suite apr\u00e8s George Enescu, le plus \u00e9minent compositeur roumain \u00e0 l\u2019\u00e9poque, le deuxi\u00e8me homme le plus important en Roumanie. Il \u00e9tait une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 \u2013 contrairement \u00e0 aujourd\u2019hui. J\u2019ai d\u00e9couvert cette partition en fouillant dans un magasin de musique parisien en 1994 et depuis, je l\u2019ai jou\u00e9e d\u00e9j\u00e0  plusieurs fois en Laponie avec mon orchestre de chambre. Elle s\u2019accorde harmonieusement avec la 6e de Bruckner et s\u2019appelle \u00ab automne tardif \u00bb. Donc, cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e se pr\u00eate aussi pour l\u2019interpr\u00e9ter. Cette composition ressemble beaucoup \u00e0 celles de Joseph Suk, le compositeur tch\u00e8que. Ibert qui suit est en quelque sorte son contraire, de caract\u00e8re p\u00e9tillant ce qui forme un beau contraste. Concernant la 6e de Bruckner, je la vois plut\u00f4t apparent\u00e9e au morceau d\u2019Alessandrescu. On ne joue la 6e symphonie de Bruckner pas souvent, bien qu\u2019elle en vaille la peine. Bien sur, le principe de la composition de Bruckner est toujours le m\u00eame, mais malgr\u00e9 tout, il y a quelque chose de nouveau \u00e0 y d\u00e9couvrir. Elle porte beaucoup d\u2019espace en elle et elle est pleine de lumi\u00e8re. Ce sont ses caract\u00e9ristiques les plus importantes. Elle n\u2019est pas difficile et ressemble \u00e0 une s\u00e9r\u00e9nade. Le deuxi\u00e8me mouvement lent et l\u2019un des plus beaux que je connaisse.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019une de vos collaborations les plus remarquables est celle avec le   BBC Symphony Orchestra. Est-ce que cette collaboration va continuer ?<\/p>\n<p><em>Oui et je suis enchant\u00e9 d\u2019\u00eatre invit\u00e9 si souvent. La prochaine collaboration est programm\u00e9e pour la saison 2011\/2012. J\u2019aime travailler avec cet orchestre  qui peut se montrer extr\u00eamement flexible et dispose de beaucoup de facult\u00e9s. Cet orchestre pense comme moi. Il  aime la combinaison entre tradition et modernit\u00e9. Les musiciens sont extraordinairement virtuoses.<\/em><\/p>\n<p>Avez-vous des souhaits personnels  pour l\u2019avenir ? Y a-t-il des orchestres avec lesquelles vous aimeriez travailler ?<\/p>\n<p><em>Oui, bien sur que j\u2019ai des souhaits et des envies. Mais je ne veux pas en parler.<\/em><\/p>\n<p>Aimeriez-vous dire quelque chose \u00e0 nos lectrices et lecteurs ?<\/p>\n<p><em>Oh, je n\u2019avais pas envisag\u00e9 cette possibilit\u00e9. Mais oui, il y a quelque chose qui me soucie beaucoup et dont je voudrais bien parler. Il s\u2019agit de l\u2019avenir de notre travail. Nous vivons \u00e0 une \u00e9poque paradoxale. La formation dans le domaine de la musique s\u2019am\u00e9liore sans cesse. La qualit\u00e9 des orchestres n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi bonne qu\u2019actuellement. Et malgr\u00e9 cela, le public nous fait d\u00e9faut. Nous constatons, que les traditions, qui nous ont transmis la musique depuis des centaines d\u2019ann\u00e9es, se meurent. Dans les \u00e9coles, l\u2019enseignement de la musique est r\u00e9duit au strict minimum, ce qui est tr\u00e8s regrettable. Sans les d\u00e9cisions importantes qui s\u2019imposent, nous perdrons tout simplement notre public pour \u00e9couter le fruit de notre travail.<\/em><\/p>\n<p><em>La musique est une partie indispensable de notre culture et absolument n\u00e9cessaire. J\u2019appelle \u00e0 tous ceux qui ont la possibilit\u00e9 d\u2019agir. Je demande instamment aux responsables politiques de faire leur possible pour soutenir et promouvoir cette culture. Ils n\u2019ont pas le droit d\u2019enlever la musique aux hommes ! Au contraire, c\u2019est \u00e0 eux de faire en sorte que les concerts retrouvent leur public et qu\u2019ils soient retransmis \u00e0 la radio ainsi qu\u2019\u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Ces m\u00e9dias qui jouent un r\u00f4le tellement important de nos jours.<\/em><\/p>\n<p>Merci infiniment pour cet entretien et beaucoup de succ\u00e8s pour la suite de votre travail !<br \/>\nCette interview du 27 octobre 2009 \u00e9tait accord\u00e9e \u00e0 Michaela Preiner<\/p>\n<p><strong>Traduit de l&rsquo;allemand par Andrea Isker<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A l\u2019occasion de sa prestation en collaboration avec l\u2019OPS, l\u2019orchestre philharmonique de Strasbourg, le chef d\u2019orchestre finlandais, John Storg\u00e5rds a accord\u00e9 une interview exclusive. Pour vous faire conna\u00eetre davantage par nos lecteurs, il serait int\u00e9ressant de savoir, si vous avez \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 musicalement parlant par votre contexte familial. 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