{"id":45127,"date":"2022-05-30T16:54:24","date_gmt":"2022-05-30T14:54:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.european-cultural-news.com\/?p=45127"},"modified":"2022-05-30T18:35:11","modified_gmt":"2022-05-30T16:35:11","slug":"lhorreur-ne-se-joue-pas-seulement-au-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/lhorreur-ne-se-joue-pas-seulement-au-theatre\/45127\/","title":{"rendered":"L&rsquo;horreur ne se joue pas seulement au th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p>Ils sont immobiles, allong\u00e9s ou assis sur un lit, devant, mais aussi \u00e0 c\u00f4t\u00e9, sur le sol de la sc\u00e8ne. La pi\u00e8ce est blanche et semble st\u00e9rile, \u00e0 l&rsquo;exception d&rsquo;un d\u00e9sordre de journaux et de morceaux de papier sous la couchette. Il y a sept jeunes en tout, qui n&rsquo;\u00e9changent pas un mot entre eux. Alors que le public cherche encore sa place, les jeunes gens restent immobiles &#8211; jusqu&rsquo;\u00e0 ce que l&rsquo;on se rende compte qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;\u00eatres humains, mais de poup\u00e9es grandeur nature. Celles-ci sont la marque de fabrique de la chor\u00e9graphe, artiste et metteur en sc\u00e8ne franco-autrichienne <a href=\"https:\/\/www.g-v.fr\/en\/agenda\/\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Gis\u00e8le Vienne.<\/a> De 1996 \u00e0 1999, elle a \u00e9tudi\u00e9 la marionnette \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole sup\u00e9rieure nationale des arts de la marionnette de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res et a utilis\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des marionnettes ainsi que des \u00e9l\u00e9ments chor\u00e9graphiques dans ses travaux sc\u00e9niques.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00c9TANG \/ DER TEICH a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 pour la premi\u00e8re fois l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 la Ruhrtriennale et a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 cette ann\u00e9e en premi\u00e8re autrichienne au <a href=\"https:\/\/www.european-cultural-news.com\/de\/category\/festwochen\/\">Wiener Festwochen<\/a>. La pi\u00e8ce, bas\u00e9e sur un texte de Robert Walser ainsi que sur des passages de Vienne elle-m\u00eame, a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par la cr\u00e9atrice de th\u00e9\u00e2tre dans un langage formel tr\u00e8s original. Les deux actrices, Ad\u00e8le Haenel et Henrietta Wallberg, s&rsquo;approchent ou s&rsquo;\u00e9loignent l&rsquo;une de l&rsquo;autre &#8211; \u00e0 quelques moments pr\u00e8s &#8211; au ralenti. Des mouvements isol\u00e9s, comme l&rsquo;allumage d&rsquo;une cigarette, durent une \u00e9ternit\u00e9 et produisent une sensation de temps que les gens ressentent souvent dans des situations d&rsquo;exception o\u00f9 ils sont menac\u00e9s. Ce qui dure quelques secondes en temps mesur\u00e9 s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;infini, alors que l&rsquo;on sait que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ces moments-l\u00e0 que se produisent des \u00e9v\u00e9nements graves que l&rsquo;on ne peut plus fuir.<\/p>\n<p>Ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces moments que Vienne raconte \u00e0 travers les personnages de Robert Walser. Elle transpose dans notre pr\u00e9sent l&rsquo;histoire de Fritz, un adolescent qui fait semblant de se noyer uniquement pour que ses parents prennent enfin conscience de son existence. Ad\u00e8le Haenel se glisse dans ce r\u00f4le, mais aussi dans celui de sa s\u0153ur et de son fr\u00e8re. Elle le fait toujours dans la m\u00eame tenue, mais avec des voix diff\u00e9rentes. Le fait qu&rsquo;il faille s&rsquo;habituer \u00e0 ce changement au d\u00e9but est intentionnel. Il se produit parfois en quelques secondes, surtout lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de dialogues. Mais au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;action progresse, on commence \u00e0 mieux distinguer les diff\u00e9rents personnages. D\u00e8s sa premi\u00e8re apparition, Henrietta Wallberg donne le sentiment d&rsquo;\u00eatre une m\u00e8re extr\u00eamement dominatrice, dont le style d&rsquo;\u00e9ducation fonctionne en grande partie avec des coups et de la duret\u00e9. On ne comprendra que peu avant la fin du spectacle qu&rsquo;elle est elle-m\u00eame une victime de la violence dans son mariage.<\/p>\n<p>La r\u00e9f\u00e9rence contemporaine n&rsquo;est pas seulement obtenue par les costumes (Gis\u00e8le Vienne, Camille Queval, Guillaume Dumont). Dans une sc\u00e8ne, il appara\u00eet clairement que Fritz se d\u00e9fonce \u00e0 la drogue uniquement pour que \u00ab\u00a0\u00e7a s&rsquo;arr\u00eate enfin\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0\u00c7a\u00a0\u00bb, ce sont les insultes et les ch\u00e2timents corporels dont il est victime et contre lesquels il ne peut pas se d\u00e9fendre. A cela s&rsquo;ajoute le climat empoisonn\u00e9 entre les fr\u00e8res et s\u0153urs, qui ne s&rsquo;aident pas entre eux, mais qui doivent au contraire lutter chacun pour leur propre place dans la famille.<\/p>\n<div class=\"et_pb_slider et_pb_slider_fullwidth_off et_pb_gallery_post_type\">\n\t\t\t\t<div class=\"et_pb_slides\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"et_pb_slide\" style=\"background: url(https:\/\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/84_LEtang_Gisele_VienneJeanLouisFernandez.jpg);\"><\/div><div class=\"et_pb_slide\" style=\"background: url(https:\/\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/87_LEtang_Gisele_VienneEstelle_Hanania.JPG.jpg);\"><\/div><div class=\"et_pb_slide\" style=\"background: url(https:\/\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/80_LEtang_Gisele_VienneJeanLouisFernandez.jpg);\"><\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t<\/div>\n<p>Une strat\u00e9gie d&rsquo;\u00e9clairage sophistiqu\u00e9e (Yves Godin) plonge sans cesse la pi\u00e8ce dans diff\u00e9rentes couleurs. Tout comme le ralentissement des mouvements et l&rsquo;accompagnement sonore, cela a un effet presque hallucinog\u00e8ne. On obtient ainsi une illusion dont on ne sait pas si ce que l&rsquo;on voit se passe r\u00e9ellement ou si ce sont plut\u00f4t des bribes de souvenirs traumatiques de Fritz. La derni\u00e8re image, dans laquelle la m\u00e8re entre dans la chambre de mani\u00e8re mena\u00e7ante &#8211; comme au d\u00e9but &#8211; plaide en ce sens. La boucle est lanc\u00e9e, l&rsquo;horreur \u00e0 laquelle Fritz est expos\u00e9 semble sans fin.<\/p>\n<p>Le lieu de la repr\u00e9sentation, le <a href=\"https:\/\/events.at\/venue\/jugendstiltheater\" rel=\"nofollow noopener\" target=\"_blank\">Jugendstiltheater am Steinhof<\/a>, fait le reste pour stimuler encore plus le propre cin\u00e9ma de l&rsquo;esprit. Ce n&rsquo;est pas seulement le m\u00e9morial \u00e9rig\u00e9 devant le b\u00e2timent pour les enfants qui ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s dans cette zone pendant l&rsquo;\u00e9poque nazie. C&rsquo;est aussi le fait que l&rsquo;on commence soudain \u00e0 se douter qu&rsquo;\u00e0 quelques m\u00e8tres du th\u00e9\u00e2tre se trouvent peut-\u00eatre des personnes qui doivent \u00eatre trait\u00e9es ici en raison d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements traumatisants survenus dans l&rsquo;enfance et l&rsquo;adolescence. L&rsquo;horreur qui est montr\u00e9e ici sur sc\u00e8ne a lieu dans la vie r\u00e9elle et se r\u00e9percute directement sur l&rsquo;environnement imm\u00e9diat. Ce n&rsquo;est pas un destin individuel que subit Fritz, comme le montrent, on ne le comprend qu&rsquo;apr\u00e8s coup, les sept poup\u00e9es. L&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, elles ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es de la sc\u00e8ne vers le hors-champ par un homme portant des gants de cuir noir, sans aucune \u00e9motion. Le fait de soulever les corps inanim\u00e9s, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait de sacs lourds, mais aussi les gants de cuir noir, illustrent le d\u00e9s\u00e9quilibre de pouvoir entre l&rsquo;homme et les jeunes.<\/p>\n<p>Les moments de perturbation, qui laissent toujours planer des incertitudes sur la compr\u00e9hension de ce qui vient d&rsquo;\u00eatre montr\u00e9, permettent en m\u00eame temps des moments d&rsquo;identification hautement empathiques avec Fritz. Il n&rsquo;y a rien dans son monde auquel il puisse se raccrocher, mais beaucoup de choses qui le d\u00e9stabilisent profond\u00e9ment.\u00a0 Le jeu intense d&rsquo;Ad\u00e8le Haenel et le fait que l&rsquo;adolescent sombre finalement dans la folie y contribuent \u00e9norm\u00e9ment.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tang peut \u00eatre v\u00e9cu \u00e0 plusieurs niveaux. On peut s&rsquo;engager dans la pi\u00e8ce uniquement sur le plan \u00e9motionnel et ressentir ce que les images, les textes, la musique et le son provoquent en soi. Mais, on peut aussi analyser les sc\u00e8nes a posteriori et conclure que l&rsquo;on montre ici quelque chose dont on ne parle pas, parce qu&rsquo;une telle chose \u00ab\u00a0ne doit pas \u00eatre\u00a0\u00bb. Gis\u00e9le Vienne a r\u00e9ussi un travail \u00e0 la hauteur de l&rsquo;esth\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale contemporaine et s\u00e9duit par une mise en sc\u00e8ne intelligente aussi des prestations d&rsquo;acteurs exceptionnelles.<\/p>\n<p>Cet article a \u00e9t\u00e9 traduit automatiquement par deepl.com<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;abus de pouvoir commence dans la famille et se transmet \u00e0 partir de l\u00e0. Avec &lsquo;L&rsquo;etang \/ Der Teich&rsquo;, Gis\u00e8le Vienne a r\u00e9ussi \u00e0 transposer de mani\u00e8re tr\u00e8s \u00e9motionnelle la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre du m\u00eame nom de Robert Walser. Elle montre comment les enfants sont livr\u00e9s \u00e0 leurs parents sur le plan \u00e9motionnel et combien ils souffrent du manque d&rsquo;amour. <\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":44961,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3925,3926,3420],"tags":[],"class_list":["post-45127","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-2021-fr","category-theater-fr","category-festwochen-fr"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2022\/05\/80_LEtang_Gisele_VienneJeanLouisFernandez.jpg?fit=2500%2C1666&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2NpeJ-bJR","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45127","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=45127"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/45127\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/44961"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=45127"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=45127"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=45127"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}