{"id":18047,"date":"2010-01-18T15:57:27","date_gmt":"2010-01-18T14:57:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.european-cultural-news.com\/?p=18047"},"modified":"2018-07-26T10:15:23","modified_gmt":"2018-07-26T08:15:23","slug":"tempest-without-a-body","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/tempest-without-a-body\/18047\/","title":{"rendered":"Tempest &#8211; without a body"},"content":{"rendered":"<div id=\"attachment_1720\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><a href=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/TEMPEST-_16-21.jpg?ssl=1\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-1720\" class=\"size-medium wp-image-1720\" title=\"TEMPEST _16 (2)\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2010\/01\/TEMPEST-_16-21.jpg?resize=300%2C188&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"188\"><\/a><p id=\"caption-attachment-1720\" class=\"wp-caption-text\">Tempest &#8211; without a body (c) Maillon- P\u00f4le-Sud<\/p><\/div>\n<p>La lumi\u00e8re s\u2019\u00e9teint. Au m\u00eame moment un vacarme terrifiant sort des haut-parleurs et effraie le public. Cet enfer acoustique sans fin met l\u2019auditoire dans une incertitude \u00e9motionnelle pour un temps certain. Doucement la lumi\u00e8re revient sur la sc\u00e8ne. L\u2019effroi \u00e9prouv\u00e9 par tous est encore pr\u00e9sent, se dissipe peu \u00e0 peu mais reviendra \u2013 mais on verra plus tard.<br \/>\nIls viennent d\u2019un autre continent, d\u2019une culture diff\u00e9rente. Ils nous montrent dans une esp\u00e8ce de condens\u00e9 m\u00e9taphorique la disparition de leur culture, mais quelque part le public sent que ce jeu effrayant le concerne aussi.<br \/>\n\u00ab\u00a0Ils\u00a0\u00bb ce sont les acteurs maoris de la troupe MAU sous la direction de Lemi Ponifasio.<\/p>\n<p>La troupe est compos\u00e9e de 10 hommes et une femme qui montrent \u00e0 l\u2019aide d\u2019images marquantes et dans un tempo tr\u00e8s lent \u00e0 leur public ce que celui-ci n\u2019a aucune envie de voir la plupart du temps\u00a0: la destruction d\u2019une culture par des facteurs ext\u00e9rieurs, mais la destruction de cette m\u00eame culture aussi de l\u2019int\u00e9rieur, caus\u00e9e par l\u2019ignorance. Une destruction totale, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne subsiste plus rien que des d\u00e9bris. C\u2019est un spectacle, \u00e0 une exception pr\u00e8s, sans mots, avec un caract\u00e8re plut\u00f4t mus\u00e9al que th\u00e9\u00e2tral. Les images qu\u2019il \u00e9voque sont si marquantes &#8211; certains acteurs bougent avec une telle lenteur &#8211; que le spectateur per\u00e7oit ce qu\u2019il voit comme un ralenti ou bien elles s\u2019ancrent \u00e0 force de r\u00e9p\u00e9tition d\u00e9finitivement dans sa t\u00eate. Ainsi par exemple l\u2019apparition de l\u2019homme-animal \u00e0 quatre pattes. Il arrive lentement sur la sc\u00e8ne, tout comme un fauve qui se faufile \u00e0 travers la jungle. Le dos de ses mains lui sert d\u2019appui, les genoux restent raides. Ses pas exag\u00e9r\u00e9ment lents et son regard per\u00e7ant font oublier qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un \u00eatre humain qui bouge sur la sc\u00e8ne. Plusieurs fois il trace de grands cercles, jette des regards insistants dans le public, ce qui a un effet ind\u00e9niablement effrayant et finit par s\u2019allonger par terre pour mourir. Le petit oiseau f\u00e9minin ou l\u00b4ange du temps, qui pouvait jusque l\u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme inoffensif, s\u2019accapare du corps sans vie, l\u2019\u00e9loigne du faisceau du projecteur et le fait disparaitre de la sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de la repr\u00e9sentation les cris avaient effray\u00e9 le public. Mais les spectateurs ont fini par se calmer en pensant qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un mode d\u2019expression propre \u00e0 une certaine esp\u00e8ce. Mais ce n\u2019est pas le seul facteur de perturbation dont le jeune metteur en sc\u00e8ne Lemi<br \/>\nPonifasio se sert. Il fait avancer un homme nu \u00e0 reculons tel une chenille sur une rampe de verre \u00e9cla r\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur. Ses mouvements sont presque imperceptibles. Cet homme a un corps superbe, mais ce n\u2019est pas sa beaut\u00e9 qu\u2019on per\u00e7oit mais sa d\u00e9tresse qui le fait finalement glisser vers la mort. Quand on le tire du podium en verre dans le n\u00e9ant noir, l\u2019image reste grav\u00e9e dans la t\u00eate comme une photographie surdimensionn\u00e9e qu\u2019on aurait vue dans un mus\u00e9e d\u2019art contemporain. Une m\u00e9taphore tr\u00e8s forte qui repr\u00e9sente l\u2019humanit\u00e9 dans son ensemble et non seulement les maoris.<\/p>\n<p>Tempest \u2013 without a body &#8211; est une apocalypse en gris et noir avec la m\u00e9moire temporaire du sang. Cela devient visible, quand l\u2019immense cadre tendu de soie grise suspendu au dessus des t\u00eates des acteurs comme un tableau sans image, se teint brutalement en rouge-sang. De son cot\u00e9, le petit oiseau f\u00e9minin ou l\u00b4ange qui appara\u00eet de temps \u00e0 autre pour traverser le terrain \u00e0 pas lent a lev\u00e9 sa main bless\u00e9e, ou plut\u00f4t ses griffes, comme une mise en garde. Mais l\u2019image qui \u00e9voque le sang et la destruction n\u2019est pas encore arriv\u00e9e \u00e0 son paroxysme. Des hommes v\u00eatus de noir continuent \u00e0 courir \u00e0 travers la sc\u00e8ne \u00e0 tout petits pas rapides pour danser de fa\u00e7on m\u00e9canique leurs danses rituelles. Ils restent jusqu\u2019\u00e0 la fin l\u2019\u00e9l\u00e9ment continu qui traverse l\u2019action tel un fil noir. Rien ne leur fait perdre leur \u00e9quilibre, mais ils ne remarquent rien non plus. Quand Tame Iti un maori \u00e2g\u00e9 et tr\u00e8s impressionnant entre en sc\u00e8ne, ils disparaissent et font place \u00e0 son chant. Les yeux maquill\u00e9s en rouge, affubl\u00e9 d\u2019un costume gris d\u2019homme d\u2019affaires, il ressemble \u00e0 une sorte d\u2019hermaphrodite constitu\u00e9e de deux cultures. Sa litanie accompagn\u00e9e par un gestuel impressionnant \u00e9voque un autre temps, des \u00e9v\u00e8nements d\u2019un pass\u00e9 lointain de ce peuple qui depuis longtemps \u2013 et le costume le montre plus que clairement \u2013 a int\u00e9gr\u00e9 la civilisation occidentale.<br \/>\nAvec Tame Iti, Ponifasio a r\u00e9ussi \u00e0 faire participer un personnage \u00e0 son spectacle qui en Nouvelle Z\u00e9lande figure au premier rang dans la lutte pour l\u2019ind\u00e9pendance des Maoris. Une autorisation sp\u00e9ciale lui permet d\u2019aller en tourn\u00e9e avec la troupe. Le fait d\u2019avoir tir\u00e9 avec une carabine \u00e0 plombs sur le drapeau n\u00e9oz\u00e9landais lui a valu d\u2019\u00eatre accus\u00e9 de terrorisme ce qui implique automatiquement l\u2019interdiction de quitter le territoire. Ceci montre aussi le fond politique explosif derri\u00e8re cette repr\u00e9sentation. \u00ab\u00a0Tempest\u00a0\u00bb est la r\u00e9ponse probante de Lemi Ponifasion natif Samoa \u00e0 la question\u00a0: comment peut-on rendre visible la mis\u00e8re d\u2019une culture en voie de disparition\u00a0? Avec ses images m\u00e9taphoriques, profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans sa propre culture, il attire l\u2019attention sur ce qui a exist\u00e9 pendant des mill\u00e9naires et qui est perdu pour toujours. M\u00eame des rituels tr\u00e8s stricts comme ceux des Haka maoris n\u2019y changent rien. Apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re acoustique plus que dramatique et les cris d\u2019oiseaux stridents, c\u2019est un grand Maori qui vers la fin de la pi\u00e8ce fait encore une fois r\u00e9gner la peur. Il soul\u00e8ve tout doucement une grande plaque blanche jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle se trouve au dessus de sa t\u00eate. D\u2019un mouvement brusque, il la casse sur son cr\u00e2ne ras\u00e9 en mille morceaux. D\u2019une seconde \u00e0 l\u2019autre, tout est couvert d\u2019un blanc surnaturel. Ceci d\u00e9cha\u00eene les danseurs rituels\u00a0: les uns apr\u00e8s les autres, ils apportent d\u2019autres plaques de pl\u00e2tre sur la sc\u00e8ne et comme dans un furieux final destructeur ils les cassent de toutes leurs forces jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne reste plus que des d\u00e9bris. Seulement quand le chaos est total ils se figent. La consternation et l\u2019\u00e9garement restent.<\/p>\n<p>Ponifasio a r\u00e9ussi faire r\u00e9gner un sentiment de destruction qui ne concerne pas seulement les Maoris mais toutes les cultures sur notre terre, y compris la notre. Les Maoris ne peuvent trouver meilleurs ambassadeurs pour d\u00e9fendre leur cause que Tame Iti et toute la troupe. Ils r\u00e9ussissent \u00e0 montrer le statu quo de la situation tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment, sans l\u2019embellir, sans sentimentalisme, et sans index lev\u00e9.<br \/>\nUne pi\u00e8ce extr\u00eamement complexe et tr\u00e8s, tr\u00e8s simple \u00e0 la fois. Elle nous touche profond\u00e9ment et nous fait r\u00e9fl\u00e9chir. Lemi \u2013 go on and touch the world as hard as you can!<\/p>\n<p>Texte traduit de l\u2019allemand par Andrea Isker<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ponifasio a r\u00e9ussi faire r\u00e9gner un sentiment de destruction qui ne concerne pas seulement les Maoris mais toutes les cultures sur notre terre, y compris la notre.<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":18279,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[3706],"tags":[],"class_list":["post-18047","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-danse"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/european-cultural-news.com\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/TEMPEST-_16-21.jpg?fit=640%2C402&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack-related-posts":[],"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p2NpeJ-4H5","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18047","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18047"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18047\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18279"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18047"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18047"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/european-cultural-news.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18047"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}