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  • Des orgues pas morts et vivants

    Des orgues pas morts et vivants

    by Michaela Preiner | Sep 25, 2010 | Festival Musica 2010, Festival Musica 2010

    João Messias141

    Wolfgang Mitterer accompagne Nosferatu (©Casa da Musica : Joao Messias14)

    Wolfgang Mitterer au Festival Musica à Strasbourg

    Le 21 septembre dernier le Festival Musica a ouvert ses portes avec un concert du OPS sous le baguette de Bruno Mantovani à Saverne.
    Ce n’est que deux jours plus tard, que le public eut l’occasion d’assister à une autre représentation à Strasbourg qui fut en même temps le coup d’envoi pour le festival dans la capitale alsacienne. Le compositeur et organiste autrichien Wolfgang Mitterer mit en musique le film muet « Nosferatu », une œuvre de Friedrich Wilhelm Murnau, créée en 1921.

    Les organisateurs ont trouvé l’endroit parfait pour ce concert : La belle salle de l’université du 19e siècle construite sous l’empereur Guillaume était le théâtre idéal pour cette « symphonie de l’horreur » , titre que donne Mitterer à son œuvre qui accompagne ce film d’épouvante d’une autre époque. Et ce titre est bien trouvé. Tel un magicien, Mitterer renforce justement toutes les émotions qui vous glacent le sang. Il travaille en direct devant un petit orgue électrique, soutenu par du matériel digital qui tisse le fond sonore du film. Même les scènes d’intimité entre le jeune Hutterer et sa femme qui se sacrifie et se donne au vampire pour sauver la ville sont accompagnées par des sons chargés de mauvais pressentiments.

    Mitterer n’a jamais permis à son public de se détendre. Il le maintenait plutôt dans une sorte de tension permanente qui allait crescendo. Grâce à son interprétation à couper le souffle, il a réussi à charger ce matériel cinématographique de «l’âge de pierre» de telle sorte que même le public rompu aux dernières techniques et aux effets spéciaux de toutes sortes ne s’est jamais ennuyé, ne serait-ce qu’une seule seconde.

    Lors de sa deuxième performance dans la petite « église du bouclier », située à deux pas du centre touristique « Petite France », Mitterer est resté fidèle à son principe d’une tension de plus en plus forte. Il a joué sa dernière œuvre «stop playing», écrite cette année. Cette création ne s’articule qu’autour de sons d’orgue. Le compositeur avait fait des enregistrements en Autriche de trois orgues différents. Le soir du concert, le remix de ces enregistrements a formé l’arrière-fond sonore pour son improvisation à l’orgue.
    Sa propre improvisation, au cours de laquelle il a laissé libre cours à ses associations, était « entourée » de deux morceaux de Johann Sébastian Bach, le prélude et une fugue (BWV 522). Une projection sur un écran permettait au public d’observer Mitterer en plein «travail d’orgue». Grâce à cela, il pouvait bien mieux faire la part des choses de ce qui était enregistrements et performance en direct.

    Un schéma structurel porte cette œuvre impressionnante jusqu’à sa fin: les augmentations et diminutions de volume permanentes allant jusqu’à la perception physique alternent avec de petits interludes, tous conçus différemment. De temps à autre, des sons qui font penser à la « vraie vie » à l’extérieur s’y mêlent : Le sifflement d’une locomotive à vapeur, des klaxons de voitures et des sirènes lointaines s’efforcent à ramener les pensées de l’auditoire sur le sol des présumées réalités. Quand le son de l’orgue augmente et qu’on entend en même temps en fond sonore une respiration toute en pulsations, on a l’impression que Mitterer donne vie à son instrument. Par moment, sa précision dans le travail fait penser à celui d’un machiniste dans les profondeurs du ventre d’un cargo qui se soucie en permanence de la surveillance et de l’ajustement de ses machines.
    Des transitions tout en douceur caractérisent les différentes ambiances, capables de susciter aussi bien des états méditatifs que des angoisses, comme par exemple, quand un bruissement douteux fait naître des associations noires.
    Des sons qui semblent arriver à travers un mur ou passer par un filtre sont remplacés par un son d’orgue qui semble se réveiller tout en se rappelant ses qualités sonores originelles.
    Les passages brefs, tout en puissance, ne durent qu’un court moment. En un rien de temps, Mitterer transforme son orgue en instrument rythmique. Comme précédemment décrit, à ces passages infernaux, pendant lesquels quelques « âmes sensibles » se bouchent les oreilles, suit de façon prévisible un sautillement léger et joyeux, un jeu avec des sons « au souffle court ». Synthèse et antithèse, sinus et cosinus alternent dans un beau rythme, même si le compositeur conçoit chaque séquence différemment.

    Une séquence tendre, initialement conçue comme un petit cluster, commence au bout d’un moment à se comporter comme un troll de montagne capricieux qui finit par se noyer dans le nuage de sons qu’il a provoqué lui-même. Des effets électroniques soulignent cette entreprise destructrice. Finalement ce sont des fragments sonores, transparents et ballottants, soutenus par un tendre corset de basses, qui prennent la relève.

    Les torrents sonores de Mitterer emplissent la salle jusqu’au dernier petit recoin. Ils s’en emparent physiquement et la mènent au bord de la rupture. Dans le decrescendo qui suit, on reconnaît à nouveau un schéma sonore ressemblant aux pulsations d’un cœur humain.

    En introduction de l’œuvre de Mitterer, a été joué un morceau de Bach qui semblait terreux, presque cahotant et qui avait du mal à avancer. A présent, celui-ci paraissait beaucoup plus léger et enlevé. L’œuvre intercalée de Mitterer lui avait fait pousser des ailes et ce petit morceau de Bach finissait presque par s’enfuir en laissant l’orgue derrière lui.
    Une manœuvre stratégique astucieuse, avec un clin d’œil suffisant pour la postmoderne qui, au regard des visages satisfaits des autres critiques, fonctionnait à merveille. Chapeau Monsieur Mitterer !

    Texte traduit de l’allemand par Andrea Isker

  • Propaganda – mange plus de légumes!

    Propaganda – mange plus de légumes!

    by Michaela Preiner | Mai 16, 2010 | Theater, Theater

    Propaganda

    Die Gruppe Acrobat aus Australien (c) Karen Donnelly


    La scène ressemble à un entrepôt pour êtres humains en transit, totalement en désordre. Seulement la barre dressée au milieu, arrimée par des cordes partant dans tous les sens est là pour annoncer les évènements qui se préparent. Deux hommes entrent en scène. Ils portent des chemises marrons et des collants gris surdimensionnés qui leur arrivent pratiquement à la poitrine. Les deux commencent le jeu comique d’Auguste et de son assistant. Celui-ci, en essayant de faire des acrobaties, fait d’innombrables tentatives pour grimper sur son partenaire tout en muscles. Une entreprise qui finit à chaque fois de la même façon : – aille – par terre ! Malgré tout, c’est du grand art acrobatique que montrent les deux hommes – avec des clins d’œil et beaucoup de malice.

    La surprise est d’autant plus grande quand on découvre, quelques instants plus tard, que l’assistant est en vérité une femme, toute fine, sanglée telle une sirène dans un pantalon moulant, vert pomme. Elle grimpe encore et encore, sans jamais toucher terre, jusqu’à l’extrémité de la corde pour se laisser tomber ensuite ou alors pour redescendre à toute allure. Prisonnière des boucles de cette même corde elle s’en extrait, en tournant, dans une manœuvre périlleuse, en direction du sol.

    Le duo de cirque australien « Acrobat », Jo Ann Lancester et son mari Simon Yates, créateurs de « Propaganda » semblent avoir des muscles qui ne connaissent pas la fatigue. Ce qu’elle montre à la corde, ses multiples façons, pour certaines incroyables, de monter et de redescendre, lui, il le montre le long de la barre – et c’est à couper le souffle : La tête en bas, il se hisse quelques mètres plus haut – ou plutôt il « saute » plus haut à la seule force de ses bras. Peu après, tel un jouet d’enfant qui, désarticulé, descend un bâtonnet en bois, Yates descend le long de sa barre. Il montre des mouvements dont on ignorait l’existence jusqu’ici. Il prouve qu’il est possible de dormir contre une corde en biais, à peine tendue, comme dans un lit et de se changer après son réveil pour être prêt à partir au travail. Cette preuve, il la donne sans aucune prétention, comme si ce n’était même pas la peine d’en parler. A la fin du spectacle, le numéro d’acrobatie autour d’un vélo, pour lequel les deux acrobates portent des collants blancs à fines côtes, fait renaître une certaine nostalgie – tout comme au début de la pièce. Mais à coté de ça existent toutes sortes de rapports théâtraux, faisant allusion au titre de la production. Au cours du spectacle on apprend, que « propaganda » peut signifier autre chose qu’un orateur hurlant sur un podium des paroles censées « motiver les troupes ».

    Formidable Yates, qui ouvre et ferme sa bouche telle une marionnette, « accompagné » par le haut-parleur derrière lui qui diffuse des annonces guerrières. La propagande ne signifie pas seulement, comme suite logique du « turbo » capitalisme, qu’on est censé manger des billets de banque et des pièces de monnaie, comme s’ils étaient une délicieuse salade. On peut définir comme « propagande » aussi toutes les méthodes subtiles qui incitent à éduquer les enfants dans l’idée d’une vie saine, vraie, authentique et belle.

    Grover, le fils des acrobates en costume d’ange, s’envole sur sa balançoire d’enfant dans les airs pour présenter, les unes après les autres, des pancartes au public : On pouvait y lire entre autres « Mange plus de légumes ! » « Sois gentil » ou encore « Circule en vélo ». Une façon de rajouter à ce spectacle éreintant une bonne dose de prise de conscience.
    La propagande commence à l’âge tendre de l’enfance! Qui l’eût cru ? Dans le petit programme, une simple feuille format A 4 est dit, que Grover mange beaucoup de légumes, mais concernant la betterave rouge, il avait encore du chemin à faire ! Une jolie preuve que « Acrobats » communiquent ouvertement et humainement avec leur public – sans oublier les clins d’œil!

    La démonstration d’une maîtrise totale et parfaite du corps humain. Présentée, comme si les choses les plus difficiles étaient les plus évidentes à réaliser, c’était une soirée très touchante : en grande partie grâce à sa mise en scène « familiale » mais aussi de par le regard aiguisé qu’elle portait sur les limites de l’homme, y compris dans le domaine artistique.

    Le spectacle à Strasbourg fut le coup d’envoi pour leur tournée européenne. « Propagande » sera jouée à Londres, Madrid, Toulouse, Karlsruhe, Saint Etienne, Grugliasco, Paris, Croningen et Norsborg.

    Texte traduit de l’allemand par Andrea Isker

  • L´interview avec Ivan Stanev

    L´interview avec Ivan Stanev

    by Michaela Preiner | Fév 2, 2010 | Begegnungen, Begegnungen

    L´interview avec Ivan Stanev, l´auteur et régisseur de la production «Meurtre au Burgtheater »

    stanev

    Ivan Stanev (photo: Le-Maillon)

    Monsieur Stanev, est-ce que votre production «Meurtre au Burgtheater » est la première que vous faites ici à Strasbourg ?

    Non, sous la direction de Bernard Fleury j’ai déjà créé la pièce « Hollywood forever », je connais donc déjà cette maison. Mais j’ai également créé d’autres représentations en France. La production actuelle « Meurtre au Burgtheater » sera présentée à Lille et ensuite à Paris.

    Vous vivez à Berlin. Les premières de beaucoup de vos pièces ont lieu là-bas. Mais vous avez aussi la possibilité de faire des comparaisons avec la scène culturelle en France. Avez-vous constaté des différences ?

    Oui, bien sur. Comme vous le savez, la France est une nation centralisée. Contrairement à l’Allemagne, où il y a beaucoup de différents centres indépendants. L’une des conséquences de la centralisation est qu’il y a bien moins de place pour la culture dans les différents médias. Le Monde, Libération ou le Figaro ont une position dominante sur le marché. En Allemagne en revanche on peut aussi compter sur des médias beaucoup plus petits. Le public français par contre est très instruit, très intellectuel et possède une toute autre tradition que le public allemand. La France se considère toujours comme une nation culturelle. Les scènes par contre sont un peu plus petites, il faut donc savoir s’adapter. Ce qui est important en Allemagne, c’est de jouer des classiques. Les classiques remplissent les salles.

    Qu’est-ce qui vous a donné l’idée de la pièce « Meurtre au Burgtheater » ?

    Ce sont des recherches concernant un attentat à Marseille. Le mystérieux arrière grand-père de l’actrice Jeanette Spassova, dit Wlado Tschernosemski (le nom veut dire « terre noire » en bulgare) y avait été mêlé. Cela l’a rendue curieuse et elle a voulu en savoir plus. A l’époque, le roi yougoslave Alexandre I et le ministre français des affaires étrangères ont été tués par balles. Dans les archives nous avons trouvé des indications concernant le meurtre au « Burgtheater ». Ivan Michajlow, un des meneurs dans la lutte pour l’indépendance de la Macédoine était le mari de Mencia Karniceva, la meurtrière du Burgtheater. Le père et le frère de Michajlow ont été assassinés sur ordre du gouvernement serbe. L’attentat à Marseille en était la conséquence directe. C’est par ce biais que notre attention a été attirée sur cette histoire à Vienne. En Autriche, plus personne ne se souvenait de cet incident au Burgtheater. Spassova a fait sa trouvaille dans les archives du théâtre même : Là, tout était minutieusement noté. Ce que j’ai trouvé intéressant c’est qu’à l’époque déjà il y a eu des attentats qui ont eu un effet important sur le public. Comme aujourd’hui où on détourne des avions, ou on occupe un théâtre à Moscou. Que ces endroits ont un coté « théâtral » n’est pas le fruit du hasard. J’y vois des parallèles historiques que je voudrais mettre en exergue. Mon travail est montré sur une scène comme une œuvre d’art. Je ne m’occupe pas à préserver la tradition. J’ai une approche beaucoup plus large en ce qui concerne la présentation. Pour illustrer la « vraie » histoire, j’ajoute du matériel d’archives comme par exemple des documentaires ou des coupures de presse qui occupent une place importante. Une autre parallèle est pour moi le fait qu’à l’époque où les pays du Balkan étaient en période de transition et s’approchaient de l’Europe. Aujourd’hui ce sont les pays arabes qui s’approchent du monde occidental. Au moment de l’attentat un « nettoyage » ethnique a eu lieu en Autriche bien qu’à l’époque de la monarchie une vie libre des différents peuples avait été tout à fait possible.

    Ne pensez-vous pas qu’il s’agit là d’une vue plutôt embellie de l’histoire?

    Non, si vous considérez que des gens
    des pays de l’est qui venaient à Vienne pour y faire leurs études avaient le droit de voyager librement. Tout ceci n’était plus possible après la deuxième guerre mondiale. L’histoire du meurtre au Burgtheater montre très bien le « cultural clash », le choc des cultures. Ici on joue Peer Gynt, une pièce du grand nord, là, des macédoniens vont au théâtre en plein centre de Vienne – c’est un point de départ passionnant.

    Comprenez-vous cette pièce comme un constat politique ?

    Non, je ne vois pas les choses ainsi. Bien que l’art sans politique ne soit pas concevable.

    Vous sentez-vous responsable de la pièce et de ses répercussions sur le public ?

    Bien entendu je me sens responsable. C’est ma pièce. Mais l’effet qu’elle a sur les gens et leur façon de le gérer, ça je ne peux pas l’influencer. D’une façon ou d’une autre il faut qu’ils gèrent cet effet. Mais comment ils s’y prennent c’est en dehors de mon influence 
    Vous essayez d’explorer le théâtre par des moyens nouveaux et plus larges. Dans les années 70 et 80 Hans Haake par exemple a essayé de changer totalement l’image d’une ville comme Graz à l’aide d’une installation. Dans cet environnement différent, le public était censé devenir acteur. Mais malgré leur envie de changement, ils restaient sur la scène face au public.
    Oui, c’est mon média. Dans les années 70 c’étaient aussi les actionnistes viennois qui ont tenté une forme artistique nouvelle en dehors des sentiers battus. Aujourd’hui on peut observer un retour en arrière. Le théâtre politique touche à sa fin. Exception faite de quelques cercles spécialisés. Le théâtre doit accepter cela. Après la chute du mur on a eu l’impression que de nouvelles dimensions pouvaient surgir. Mais aujourd’hui, les gens se retirent dans leurs appartements et mènent une existence privée, chez eux. Ils consomment ce qui a été fabriqué pour un marché global. Le contenu politique en a complètement disparu. La stratégie pour aller à l’encontre de tout cela est d’en parler et de mettre cette situation sur une scène. Là on devrait réussir à réveiller du moins les têtes des gens! En ce moment je me pose la question, comme le montre ma pièce « Meurtre au Brugtheater » : Qu’est-ce qui est fictif, qu’est-ce qui est réel ? La réalité est-elle différente de l’art théâtral?

    Mais vous vous exprimez aussi au cinéma !

    Oui, j’ai fait un film « Moon Lake » et j’ai prévu de tourner un autre film tout de suite après la fin de la tournée avec « Meurtre au Burgtheater ». Le défi consiste à ne pas aller en dessous de son propre niveau, à ne pas céder au chant des sirènes du marché globalisé. Je pense que le théâtre et le film ont toujours le droit d’être intelligents. Mais la pression économique est énorme. Plus personne n’ose lutter contre cela. On change les scénarii jusqu’à ce qu’elles paraissent « conformes au marché », le coté l’artistique est mis de coté. Tout le monde plie sous la dictature du marché.

    Est-ce que les artistes sont opportunistes s’ils obéissent pour pouvoir survivre ?

    Bien sur que oui! Qui refuse de survivre ? Les artistes possèdent une sorte d’autocensure, car ils savent qu’il s’agit d’une question de survie.

    Avez-vous tissé un filet de contacts stables avec lesquels vous travaillez continuellement au cours des années ?

    Non, c’est de plus en plus difficile. Je dois chercher un nouveau producteur pour chacun de mes travaux. Mon filet de contacts est tout sauf stable, car avec le temps il rétrécit de plus en plus. Actuellement, le classique est plus vendeur que l’art contemporain. Ici par exemple, au Maillon, mon contact c’est M. Fleury, qui poursuit lui-même un but. C’est lui personnellement, grâce à sa façon de diriger le théâtre, qui me permet de travailler ici.

    Ce sont donc toujours quelques individus qui permettent de faire avancer les choses sur un plan culturel, ou y a-t-il des mouvements qui montrent des changements initiés par un plus grand segment sociétal ?

    Les deux existent. Le mouvement 68 par exemple a apporté beaucoup de changements, idem pour la chute du mur. Mais actuellement, je ne vois aucun mouvement de ce genre. Aujourd’hui il s’agit effectivement de quelques personnes isolées qui s’engagent et qui réussissent à faire bouger les choses.

    Votre travail s’adresse à un public relativement restreint, on pourrait dire à une élite. Peu de représentations, des sujets contemporains – une minorité de gens s’intéresse à ce genre de créations. Ecrivez-vous pour une élite ?

    Non, pas forcément. Mais je n’y suis pas opposé non plus. Tout ce que l’on ne saisit pas instantanément est vraiment incompréhensible. Plus la forme artistique est complexe, plus long est le laps de temps dont nous avons besoin pour comprendre. Hölderlin est magnifiquement incompréhensible jusqu’aujourd’hui. Je ne suis pas prêt à travailler en dessous d’un certain niveau. Théâtre ou film – peu importe ! Spécialement le film a vécu une commercialisation extrême. Il faut donc être deux fois plus vigilant pour rester à un niveau de qualité élevé.

    Etes-vous en train de travailler à un nouveau projet ?

    J’y réfléchis, mais je ne peux pas encore d’idée précise. Je voudrais continuer à faire du théâtre et du film, m’exprimer dans des médias différents. Je m’intéresse aux différentes langues en Europe. L’Europe est en ce moment un carrefour ou s’accumulent différentes influences de toutes sortes. Par exemple on peut observer, que les langues nationales régressent, qu’elles sont sur la défensive. Malgré tout on peut constater qu’il y a un méli-mélo linguistique babylonien. Je trouve cela très intéressant. Mais je trouve très important de ne pas se fixer sur un seul média, comme par exemple le théâtre – du moins c’est très important pour moi !

    Je vous souhaite beaucoup de succès pour vos représentations au Maillon et je vous remercie pour cet entretien.

    L’interview a été réalisée le 26.1.2009 par Dr. Michaela Preiner à Strasbourg
    Texte traduit de l’allemand par Andrea Isker

  • Encore du rhum! Encore du rhum!

    Encore du rhum! Encore du rhum!

    by Michaela Preiner | Jan 27, 2010 | Konzert, Konzert

    PIRATES EDUCATIF@Pascal Ba..

    Piraten (c) OPS

    « Encore un tonneau de rhum ! » ont crié les élèves du primaire. « Encore un tonneau de rhum » a hurlé l’OPS , l’Orchestre Philharmonique National de Strasbourg de toutes ses forces. Dans la salle Erasme à Strasbourg, les pirates ont été incontrôlables : Les petits avec leurs moustaches peintes et leurs sabres en carton, les grands sur la scène, avec – en partie – des barbes authentiques et leurs instruments. Au milieu de ce joyeux vacarme on pouvait entendre de la musique – et – il y avait Alasdair Malloy, dit « Al le terrible » pour la circonstance : Il accompagnait le tout en racontant, en chantant et en dansant! On jouait des morceaux de Rossini, de Johann Strauss fils et de Mendelssohn Bartholdi. Mais on pouvait aussi entendre la musique que des millions de gens reconnaissent, écrite par des compositeurs dont les noms sont pourtant inconnus : Alan Menken, Klaus Badelt ou Hans Zimmer. Ils ont créé la bande sonore de films comme « Le trésor des caraïbes » ou « La petite sirène », promus depuis longtemps au rang des classiques incontournables pour la jeunesse.
    Ceux qui pensent, qu’un concert est au-delà de ce que des enfants entre 6 et 10 ans peuvent comprendre et apprécier, se trompent totalement.
    L’OPS a récidivé pour la quatrième fois – cette fois-ci sous la direction de Geoffrey Styles – et il a montré une fois de plus, qu’une heure dans une salle de concert n’est pas trop longue pour des élèves en primaire grâce à Alasdair Malloy ! Le musicien britannique, premier batteur du BBC Philharmonic Orchestra a imaginé un programme autour du thème des pirates – toujours aussi passionnant. Déguisé en pirate, il accompagnait la représentation et de temps en temps il « se servait » de Geoffrey Styles en lui demandant de l’aider à traduire son texte anglais en français. Comme par exemple quand il a raconté la découverte du trésor des pirates. Ayant pris la précaution de convenir d’un signe secret avec les enfants à l’aide duquel ils pouvaient lui faire remarquer qu’il avait oublié de faire traduire son récit. Tout excités, ils gesticulaient avec leurs petites mains qu’ils mettaient à coté de leurs oreilles pour lui faire comprendre qu’il devait leur parler en français. Quelques instants plus tard, Malloy leur a attribué le rôle du chef d’orchestre et leur faisait diriger l’ensemble. Les musiciens s’étaient détournés de leur chef d’orchestre pour se tourner vers son petit public. De cette façon tout le monde a mis les voiles pour faire une découverte musicale après l’autre sous un vent favorable. Les petits étaient ravis de faire partie du chœur pour chanter la vie sauvage des pirates à pleins poumons.
    Cette aventure restera encore pour longtemps dans la mémoire et dans les oreilles de tous ceux qui y ont participé. Et – qui sait ? Peut-être mettra-t-elle l’un ou l’autre des spectateurs hauts comme trois pommes devant un pupitre de chef d’orchestre – ou du moins dans un fauteuil d’abonné de l’OPS !

    Texte traduit de l’allemand par Andrea Isker

  • Madame de Sade

    Madame de Sade

    by Michaela Preiner | Nov 24, 2009 | Theater, Theater

    Un décor minimaliste mais néanmoins très esthétique, des costumes «extra» – ordinaires au sens propre du terme, de véritables objets d’art et des performances d’acteurs convaincants : le TNS (Théâtre National de Strasbourg) propose tout cela actuellement dans une production de la Compagnie Sirènes-Paris.

    Madame de Sade im TNS Strasbourg (Foto: Anne Gayan)

    Madame de Sade im TNS Strasbourg (photo: Anne Gayan)

    Madame de Sade, écrit par le Japonais Yukio Mishima en 1965 et mis en scène par Jacques Vincey peut servir d’exemple en ce qui concerne l’interaction réussie de différentes formes artistiques sur une scène. On ne célèbre pas seulement l’art dramatique, mais on jouit d’un tout dont on ne se lasse pas : Le décor extrêmement ingénieux, les costumes précédemment cités et l’utilisation sporadique mais très efficace de la musique forment un ensemble séduisant. L’histoire que l’on raconte, c’est à dire la façon dont Madame de Sade ainsi que d’autres figures féminines, avec ou sans lien de parenté vivent les excès sexuels de Sade, passe par moment en arrière-plan, tant les scènes sont sublimes. Yukio Mishima a écrit une pièce dans laquelle la complexité des caractères ne se dévoile que progressivement au cours de la soirée.

    Madame de Sade est incarnée par Hélène Alexandridis. Au début, c’est une femme naïve et têtue, qui se cramponne à son mari. Mais petit à petit elle se mue en un être qui réussit à se forger sa propre opinion concernant les évènements en dehors des conventions et qui finit par refuser au moment décisif la loyauté à son mari. Anne Prospére dans le rôle de la sœur, vit sa vie sans but précis, au jour le jour, profitant de tout sans contraintes, au delà des conventions. Mais elle est aussi la seule, qui prend son destin activement en main. Elle réussit avec l’aide de son mari à quitter la France pour Venise. Cette ville qu’elle décrit dans un premier temps en termes rêveurs, finit par devenir un refuge, nécessaire à sa survie. D’un point de vue théâtrale, la partie où elle imite les pigeons de Venise tout en démontrant sa propre personnalité volatile, est une parfaite réussite. Sa mère tapageuse, Madame de Montreuil jouée par Marilu Marini en revanche montre à la fin de la pièce, qu’elle ne pense qu’à elle et à son confort et qu’elle change d’opinion comme une girouette qui tourne en fonction de la direction du vent.

    Madame de Sade (Foto: Anne Gayan)

    Madame de Sade (photo: Anne Gayan)

    Ce genre de caractère se trouve fréquemment dans la bonne société en Europe de l’ouest. De sorte qu’il peut être considéré comme un archétype de notre société qui est transmis depuis des siècles de génération en génération jusqu’à nos jours.

    L’idée de voir son gendre en prison ne lui déplaisait pas. Mais à sa libération, la veille de la révolution française, elle espère tout de même pouvoir compter sur son aide au cas où, en tant que membre da la noblesse, elle aurait des comptes à rendre. La baronne de Simiane, une amie d’enfance du Marquis de Sade et bigote de surcroît, se bouche les oreilles pour ne pas être obligée d’entendre les horreurs que l’on raconte au sujet de celui-ci. Elle finit par fuir le monde pour trouver refuge dans la religion et au couvent. Au passage, elle essaie autant que possible de convaincre tous les autres que la voie du seigneur est la seule valable. La comtesse de Saint-Fond, le pendent de la baronne de Simiane, interprétée de façon ostentatoire par Julia Vidit est bien la seule qui reste fidèle à ses propres principes jusqu’à sa mort. Elle défend Sade et ses penchants. Elle le jalouse même pour ses expériences. Comme lui, elle vit sa vie de façon obsessionnelle jusqu’à sa dernière heure, tout en sachant que cela fait d’elle un être marginal. Elle va jusqu’à travailler incognito en tant que prostituée – non pas pour l’argent, mais pour l’excitation que cela lui procure. Pendant les premiers troubles révolutionnaires elle est tuée, écrasée par un mouvement de foule et – grâce à l’histoire – célébrée comme héroïne, car elle est prise pour une femme du peuple. Charlotte finalement, incarnée par un homme dans cette mise en scène – Alain Catillaz – se tient tout au long de la pièce, qui couvre une période de 18 ans, au rôle qui lui est attribué : elle/il est domestique sans avoir grand-chose à dire. C’est lui qui emporte vers la fin une à une les plaques de sol brillantes – une belle métaphore du déclin de la noblesse.

    La pièce de Mishima possède différents niveaux de lecture : Des phrases profanes des protagonistes, passant par des réflexions concernant le comportement de la société vis-à-vis d’individus qui outrepassent les limites dictées par les conventions en vigueur. Tout ceci permet des interprétations variées et nombreuses : Des réflexions sur la psychologie de l’être humain s’imposent tout autant que celles concernant la société actuelle en constante et rapide mutation. La traduction visuelle, très claire et à peine soulignée par des gestes ou des mouvements, qui trouve ses racines dans la tradition théâtrale japonaise, contribue à transposer l’action sur un niveau métaphorique : « Regardez ! Ce que l’on joue ici vous concerne tous d’une façon ou d’une autre!» c’est l’appel muet mais très compréhensible lancé au public.

    Les costumes de Claire Ristercucci sont des chefs-d’œuvre. Leur construction basée sur des structures de crinolines reste pratiquement entièrement visible. Seuls quelques morceaux de tissu la cachent partiellement. Le coté encombrant de ces monstres est à l’origine d’une distance peu naturelle entre les femmes. Une distance qui n’est franchie que pour de très courts moments. A savoir, quand de fortes émotions comme par exemple la compassion s’emparent de Madame de Sade. Quand elle veut consoler sa mère en détresse qui souffre. Agile, elle quitte son armure d’anneaux pour pouvoir la câliner sans obstacle. De petites cantates italiennes de différents siècles sont interprétées par l’ensemble de la troupe derrière un paravent sombre mais transparent. Elles marquent le début des nouvelles scènes, sans avoir recours au rideau traditionnel. Quelques accents rythmiques, joués par des instruments japonais, soulignent ou marquent les dires des personnages. Grâce à ces tours de mains artistiques et l’évidente connotation de l’esthétique théâtrale japonaise on peut admirer un spectacle qui, même s’il se situe à la fin du 18e siècle mérite l’appellation « intemporel ». Et c’est précisément pour cette raison qu’il est particulièrement beau.

    Traduit de l´allemand par Andrea Isker